La rédaction
17:49, 30/09/2026, mercredi

Pourquoi la colère monte-t-elle au Maroc contre la normalisation avec Israël ?

L'annonce de l'élévation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël au rang d'ambassades a ravivé la contestation dans plusieurs villes marocaines. Les manifestations des 25, 26 et 27 septembre ont notamment été marquées par des tensions à Tanger et des interpellations rapportées par plusieurs médias. Dans le même temps, Rabat maintient son soutien officiel aux Palestiniens et participe à la Force internationale de stabilisation de Gaza. Cette double orientation, entre rapprochement avec Israël et engagement en faveur de Gaza, alimente un débat majeur au sein de la société marocaine.

Depuis l'annonce de l'élévation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël au rang d'ambassades, la contestation gagne plusieurs villes marocaines. Les manifestations organisées les 25, 26 et 27 septembre ont notamment donné lieu à des rassemblements à Tanger, où les autorités avaient interdit une mobilisation avant l'intervention des forces de l'ordre.

Le mouvement intervient quelques jours après une nouvelle étape dans le rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv. Le 16 septembre 2026, à New York, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a participé à une réunion avec son homologue israélien Gideon Sa'ar, organisée avec l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz. Les deux pays ont confirmé leur accord pour élever leurs représentations diplomatiques au rang d'ambassades et nommer des ambassadeurs.

Cette décision marque une évolution importante depuis le rétablissement des relations entre le Maroc et Israël en décembre 2020. Jusqu'à présent, les deux pays fonctionnaient avec des bureaux de liaison et non avec des ambassades de plein exercice. Les nouvelles annonces prévoient également le développement des liaisons aériennes ainsi que le renforcement des relations économiques et commerciales.

La nouvelle étape diplomatique intervient cependant dans un contexte de forte mobilisation autour de la question palestinienne.

Des manifestations dans plusieurs villes marocaines

Le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation a appelé à des manifestations, marches et autres actions les 25, 26 et 27 septembre. Des rassemblements ont notamment été organisés dans plusieurs villes du Royaume.

À Tanger, les autorités locales avaient annoncé l'interdiction d'une manifestation prévue le 27 septembre. Malgré cette décision, des militants se sont rassemblés avant l'intervention des forces de l'ordre. Des arrestations ont été rapportées par plusieurs médias, tandis que des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des opérations de dispersion et des manifestants emmenés par les policiers.

Ces événements donnent une nouvelle visibilité à la contestation de la normalisation avec Israël. Le sujet dépasse les seuls collectifs militants : plusieurs formations politiques marocaines et organisations de la société civile ont également exprimé leur opposition à l'élévation des représentations diplomatiques.

Pour les organisations opposées à la normalisation, l'ouverture d'ambassades représente une institutionnalisation supplémentaire des relations avec Israël. Elles réclament la rupture de ce processus et dénoncent notamment le développement des relations diplomatiques, économiques et commerciales avec Tel-Aviv.

Une mobilisation ancienne

La mobilisation s'inscrit dans une contestation plus ancienne. Depuis le rétablissement des relations en 2020, des mouvements de soutien à la Palestine et d'opposition à la normalisation organisent régulièrement des manifestations au Maroc. La guerre à Gaza, déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, a considérablement renforcé cette mobilisation.

La position du gouvernement marocain est toutefois différente de celle des mouvements opposés à la normalisation. Rabat maintient officiellement son soutien aux droits du peuple palestinien et à la solution à deux États, tout en poursuivant ses relations diplomatiques avec Israël.

Cette politique s'accompagne également d'une implication marocaine dans les initiatives internationales concernant Gaza.

Le 15 juillet 2026, le Maroc a signé un accord avec le dispositif international lié au Board of Peace pour participer à la Force internationale de stabilisation de Gaza. Selon les autorités marocaines et les informations rapportées par Reuters, cette participation prévoit notamment l'affectation d'officiers marocains au commandement de la force ainsi que des contributions de la police, de la gendarmerie et des forces armées. Un hôpital militaire de campagne est également prévu dans le dispositif.

Nasser Bourita a présenté cette participation comme faisant partie de l'engagement du Maroc en faveur de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient ainsi que de son soutien au peuple palestinien.

Quelques mois après son adhésion au dispositif, le rôle du Maroc s'inscrit donc dans une architecture internationale qui associe désormais aide humanitaire, stabilisation et reconstruction de Gaza. Le 23 septembre, le Board of Peace a présenté à New York un plan de reconstruction de 2,45 milliards de dollars portant sur 66 projets dans les domaines des infrastructures, de la santé, de l'éducation, de l'hébergement et de la sécurité alimentaire.

Cette double position constitue l'un des éléments centraux du débat actuel au Maroc : d'un côté, Rabat poursuit l'approfondissement de ses relations avec Israël ; de l'autre, le Royaume affirme son soutien aux Palestiniens et participe aux mécanismes internationaux consacrés à Gaza.

Pour une partie de la société marocaine et les organisations opposées à la normalisation, ces deux orientations restent incompatibles. Les mobilisations de septembre montrent que la question continue de susciter une forte réaction dans la rue.

La contestation ne se limite donc plus à la question de l'ouverture d'une ambassade. Elle porte plus largement sur la nature et l'avenir des relations entre le Maroc et Israël, ainsi que sur la place de la cause palestinienne dans la politique étrangère marocaine.

Le débat entre la diplomatie officielle de Rabat et les revendications des mouvements opposés à la normalisation reste ainsi ouvert.

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