Canicule: l'extrême droite s'en prend aux écologistes en France
11:08, 17/08/2026, lundi
Yeni Şafak

Philippe LopezAFP
Malgré un été 2026 record en France avec canicules, incendies, sécheresse, l'extrême droite vise les écologistes plutôt que les énergies fossiles.uillet 2026 devient le mois le plus chaud jamais mesuré en France, avec 3,8 °C au-dessus des normales. Incendies, sécheresse et canicules s'enchaînent. Pourtant, le débat politique cible les écologistes. Le Rassemblement national les accuse d'entraver la prévention des feux, tandis qu'il propose la climatisation de masse. Les Écologistes dénoncent une diversion. Cette stratégie d'inversion du blâme se retrouve aussi en Espagne et aux États-Unis.
La France vit un été hors norme. Les canicules s'enchaînent, les incendies ravagent des dizaines de milliers d'hectares et la sécheresse frappe presque tout le territoire. Pourtant, le débat politique ne porte pas sur le climat. Il porte sur les écologistes, désignés comme responsables par une partie de la droite et de l'extrême droite.
Un été 2026 qui bat tous les records
Les chiffres de Météo-France ne laissent aucune place au doute. Juillet 2026 devient le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis 1900. La température moyenne atteint 24,9 °C, soit 3,8 °C au-dessus des normales de saison.
Par ailleurs, la vague de chaleur du 4 au 19 juillet a duré seize jours. C'est la deuxième plus longue depuis 1947. Le 12 juillet, 37 départements sont passés en vigilance rouge et 46 en vigilance orange.
La sécheresse accompagne cette chaleur. En effet, le déficit de pluie atteint 70 % sur l'ensemble du pays. Juillet 2026 se classe ainsi au troisième rang des mois de juillet les plus secs jamais mesurés.
Les incendies suivent la même courbe. L'été a détruit environ 120 000 hectares selon les bilans disponibles. Le seul feu de Gironde, parti le 22 juillet, a brûlé près de 42 000 hectares. De plus, 98 départements sur 101 subissent des restrictions liées au manque d'eau.
Canicule et extrême droite: l'inversion de la responsabilité
Face à ce constat, les écologistes pensaient tenir un argument politique. La réalité s'avère différente. Le Rassemblement national et une partie de la droite ont retourné l'accusation contre eux.
Le député RN Julien Odoul a ainsi affirmé que les Verts avaient
"refusé les débroussaillages"
. Les Écologistes démentent cette version. Selon eux, l'accusation s'appuie sur une polémique locale de 2022, en Gironde, sortie de son contexte.Cependant, la manœuvre fonctionne. Le débat glisse du climat vers la responsabilité supposée des militants environnementaux. C'est ce que les chercheurs appellent l'inversion du blâme.
Cette stratégie n'est pas française. En Espagne, après les inondations de Valence d'octobre 2024 et leurs deux cents morts, des responsables d'extrême droite ont qualifié les écologistes d'
"écocriminels"
. Le slogan "le fanatisme climatique tue"
a circulé, en miroir du message gouvernemental "le changement climatique tue".
Du climatoscepticisme au techno-solutionnisme
La position du Rassemblement national a évolué. Le parti ne nie plus frontalement le dérèglement climatique. Le député Thomas Ménagé a même reconnu que sa formation n'avait
"pas été clairs"
et avait "même dit des bêtises"
sur le sujet.En revanche, le discours reste favorable aux énergies fossiles. La proposition phare du RN consiste à équiper massivement le pays en climatisation. Autrement dit, il s'agit de s'adapter aux symptômes sans toucher aux causes.
L'eurodéputé David Cormand résume cette bascule. Selon lui,
"concentrer le débat sur la climatisation"
en début d'été "a été un moyen pour l'extrême droite ou la droite de ne pas parler de climat"
. La technique déplace le terrain de la discussion.Aux États-Unis, la logique se répète. Après les incendies de Los Angeles de janvier 2025, Donald Trump a relancé des projets hydrauliques en Californie. Là encore, la défense du pétrole et du gaz reste intacte.
Les écologistes dénoncent une diversion
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, refuse ce rôle de bouc émissaire. Pour elle, cet été
"confirme tout ce que les écologistes disent depuis cinquante ans".
Elle dénonce surtout une opération politique.
"La colère des Français est réelle et légitime"
, explique-t-elle. Et "les libéraux et les droites climatosceptiques cherchent une diversion car ils ont beaucoup à perdre".
L'ingénieure en environnement Amandine Richaud Crambes propose une lecture voisine. Selon elle,
"la critique vient essentiellement de partis politiques qui n'ont longtemps pas eu de programme écologique"
. Le procès en incompétence viserait donc à masquer un vide.De leur côté, les Écologistes mettent en avant plusieurs mesures. Ils défendent un ISF climatique, la suppression de niches fiscales et une taxation des superprofits pétro-gaziers. Ils proposent aussi des congés climatiques, une idée soutenue par 58 % des Français selon un sondage cité par le parti.
Un affrontement qui dépasse la France
Le phénomène traverse les frontières. En France, en Espagne et aux États-Unis, les mêmes ressorts reviennent. D'abord un renoncement au climatoscepticisme pur, ensuite une désignation de coupables et enfin des réponses techniques sans rupture énergétique.
La Türkiye connaît elle aussi des étés de plus en plus violents. Les incendies y mobilisent chaque année des moyens considérables. Le bassin méditerranéen se réchauffe en effet plus vite que la moyenne mondiale.
Dès lors, la question posée dépasse la politique intérieure française. Elle porte sur la capacité des démocraties à débattre des causes plutôt que des coupables. Le débat de cet été montre que cette capacité reste fragile.
L'été 2026 restera comme un marqueur climatique en France. Records de chaleur, sécheresse généralisée et incendies massifs se sont additionnés. Le constat scientifique, lui, ne fait pas débat.
Le débat politique, en revanche, s'est déplacé. Plutôt que d'affronter la question des énergies fossiles, une partie de la classe politique a choisi une cible plus commode. Les écologistes, accusés d'entraver la prévention, occupent désormais ce rôle.
Cette bataille de récits pèsera sur les prochaines échéances électorales. Elle déterminera aussi la vitesse à laquelle la France affrontera ses vulnérabilités. Or le temps, sur ce terrain, ne se rattrape pas.
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