Massacre de Tripolitsa : 205 ans après, la mémoire des victimes turques

La rédaction avec
09:30, 24/09/2026, jeudi
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Massacre de Tripolitsa : 205 ans après, la mémoire des victimes turques
Ministère des Affaires étrangères de TurquieX
Ruines et remparts d'une mosquée de Morée, dans le Péloponnèse, pour évoquer le siège de Tripolitsa en 1821.

Il y a 205 ans, les insurgés grecs prenaient Tripolitsa, en Morée. Des dizaines de milliers de Turcs y ont péri. Une étude de la Société d'histoire turque décrit un siège marqué par la faim, les bombardements et les pillages. Théodore Kolokotronis, figure de ces événements, est honoré comme héros national en Grèce. Cet anniversaire ravive le débat sur la mémoire des civils victimes de massacres.

Il y a 205 ans, la ville de Tripolitsa tombait aux mains des insurgés grecs. Des dizaines de milliers de Turcs y ont été tués. Cet épisode reste l'un des plus sombres de la révolte de Morée.

Cette insurrection contre l'Empire ottoman a éclaté en 1821. Elle a débouché sur la naissance de l'État grec. Cependant, son bilan humain pèse encore sur la mémoire de la Türkiye.

Tripolitsa avant 1821, une ville cosmopolite

Au début du XIXe siècle, les Turcs musulmans formaient l'essentiel de la population de Tripolitsa. Des Grecs et des Juifs vivaient aussi dans la ville. Ces communautés cohabitaient en paix depuis des siècles.

La cité accueillait par ailleurs de nombreux migrants. Beaucoup venaient de Roumélie, la partie européenne de l'Empire ottoman. Tripolitsa était donc un carrefour humain de la péninsule.

La révolte de Morée, une insurrection soutenue par l'Europe

Les soulèvements grecs avaient échoué jusqu'au XIXe siècle. En revanche, la révolte de Morée s'est étendue très vite. Le soutien de plusieurs pays européens a joué un rôle décisif.

Ce conflit a conduit à la séparation de la Grèce et de l'Empire ottoman. De 1821 à 1829, il a causé la mort de centaines de milliers de personnes. Ainsi, il a transformé durablement la carte de la région.

Selon les historiens, environ 90 000 Turcs vivaient en Morée en avril 1821. La grande majorité aurait été tuée par les insurgés. Très peu ont survécu à ces massacres.

Le massacre de Tripolitsa: siège, famine et pillage

Les insurgés ont assiégé Tripolitsa, comme d'autres places de Morée, dont Navarin. Une étude de la Société d'histoire turque (TTK) décrit ce siège. Son auteur est le professeur Ali Fuat Örenç, de l'université d'Istanbul.

Une population épuisée par la faim

Fin septembre, les habitants n'en pouvaient plus. La faim, la soif et les maladies les avaient épuisés. L'étude rapporte des scènes d'une extrême dureté.

"Chaque jour, des centaines de personnes mouraient de faim"
, écrit l'étude. Elle ajoute que les maisons et les rues étaient pleines de cadavres enterrés trop tard. Les insurgés ont, de plus, intensifié le bombardement de la ville.

Femmes et enfants parmi les victimes

Selon la même étude, les bandes grecques ont aussi tué des femmes, des bébés et des enfants. Elles ont profané les cimetières turcs, en déterrant les corps pour les brûler. La ville a ensuite été pillée de fond en comble.

Beaucoup de femmes et d'enfants turcs ont été capturés. Les membres des bandes se les seraient partagés comme butin. Par ailleurs, les familles de hauts responsables ont été prises en otage contre rançon.

L'étude cite enfin les mémoires du chef insurgé Théodore Kolokotronis. Après son entrée en ville, son cheval aurait marché jusqu'au siège du gouvernement sans toucher le sol. Les cadavres couvraient tout le trajet, selon ce récit.

Kolokotronis, génocidaire héros national en Grèce

Théodore Kolokotronis est l'une des figures majeures de ces événements. Il a été l'un des acteurs de premier plan des massacres de Morée. La Grèce le considère pourtant comme un
"héros national".

Ainsi, des statues à son effigie ont été érigées dans tout le pays. Ce contraste illustre le fossé entre deux mémoires. Chaque camp retient des faits différents, et les nomme différemment.

L'historiographie grecque replace ces événements dans une guerre d'indépendance. Elle souligne des violences commises des deux côtés. C'est pourquoi le débat reste ouvert entre historiens.

Une politique d'épuration

Yüksel Özgen, ancien président de la TTK, livre une lecture très sévère. Selon lui, la révolte grecque n'était pas un simple soulèvement. Il y voit un projet visant à "déraciner" les sujets turcs et musulmans.

Il affirme que ces événements ont ouvert la voie à des pratiques d'épuration ethnique. Elles se seraient poursuivies en Thrace, sur la mer Noire et en Anatolie. Il cite notamment les exactions commises entre 1919 et 1922 en Anatolie occidentale.

Ces jugements engagent leur auteur. Ils reflètent la position de l'historiographie turque officielle. Ils doivent donc être lus comme tels.

Pourquoi la mémoire des massacres de civils compte

Deux siècles plus tard, le massacre de Tripolitsa pose une question simple. Quelles victimes civiles l'histoire retient-elle, et lesquelles oublie-t-elle ? La réponse dépend trop souvent du rapport de force.

Cette question dépasse la Morée. Aujourd'hui, à Gaza, des dizaines de milliers de civils palestiniens sont morts sous les bombes. Leur mémoire fait déjà l'objet de batailles de récits et de dénis.

Reconnaître les victimes d'hier n'efface pas celles d'aujourd'hui. En revanche, un principe vaut pour toutes: la vie d'un civil ne dépend ni de sa religion, ni de son origine. C'est aussi une exigence de justice.

Le massacre de Tripolitsa reste une plaie ouverte pour la mémoire turque. Les sources turques décrivent un siège brutal, des pillages et la volonté de tuer tous les civils turcs. La Grèce, elle, honore les chefs de cette révolte.

Cet anniversaire rappelle un fait essentiel. Sans regard honnête sur toutes les victimes, l'histoire reste une affaire de camps. Il faut donc nommer chaque drame, avec ses sources et ses nuances.

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