L’Iran a-t-il été invité à rejoindre l’alliance ? Pourquoi ces pays n’ont-ils pas signé la déclaration d’Abou Douhour ?

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
10:43, 25/08/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
L’Iran a-t-il été invité à rejoindre l’alliance ? Pourquoi ces pays n’ont-ils pas signé la déclaration d’Abou Douhour ?

Après l’attaque israélienne d’Abou Douhour, la tension est particulièrement élevée dans la région. Nous voyons néanmoins que la diplomatie en coulisses est entrée en action. Voici comment nous pouvons résumer les positions et les développements critiques :


Du point de vue de la Türkiye : Ankara garde son sang-froid. Elle ne veut pas offrir à Netanyahou un argument électoral. Le président Erdoğan n’a encore fait aucune déclaration sur le sujet en citant explicitement Israël. Aujourd’hui, à Ahlat, à l’occasion du 955e anniversaire de la victoire de Manzikert, il pourrait définir un cadre. Voilà pour la partie publique de la question. En coulisses, je pense que les messages ont été clairement transmis aux interlocuteurs concernés. Les déclarations successives de l’émissaire américain Thomas Barrack sont d’ailleurs en partie liées à cela.


Soulignons très clairement un point : la Türkiye ne reculera pas sur la politique qu’elle mène en faveur de la stabilité de la Syrie. Elle continuera d’apporter à la Syrie un soutien militaire, économique et politique. Elle soutiendra les projets de connectivité entre la Syrie et l’Irak ainsi que leur intégration. Elle ne renoncera pas au projet d’une Türkiye sans terrorisme.


Le temps joue en faveur de la Türkiye. Israël en a conscience. Son isolement s’accentue. Il reste à l’écart des corridors énergétiques et commerciaux. C’est pourquoi il cherche à précipiter les événements. Les élections qui se tiendront en Israël le 27 octobre constitueront un tournant important. Si Israël poursuit ensuite sa politique agressive, certaines lignes rouges devront être tracées face à Tel-Aviv. Cela ne signifie évidemment pas que les mesures militaires ne sont pas déjà renforcées aujourd’hui sur la ligne frontalière et en Syrie.


Washington, Israël et la gestion de la crise syrienne


Au nom de qui Barrack parle-t-il ?


Du point de vue des États-Unis : lorsque l’émissaire de Trump, Barrack, fait des déclarations accusant Israël, parle-t-il en son propre nom ou au nom de Trump ? Le président américain ne s’entretient plus avec Netanyahou depuis un certain temps. Nous constatons également que Trump n’a fait aucun commentaire sur l’attaque d’Abou Douhour. Il ne souhaite probablement pas adopter une position susceptible d’influencer les élections israéliennes. Il a d’ailleurs été écrit et rapporté qu’il n’apportait pas de soutien électoral à Netanyahou.


C’est pourquoi je pense que Barrack parle directement au nom de Trump. Son insistance sur le fait que le Golan est un territoire syrien était en contradiction avec Trump, raison pour laquelle il a ensuite fait marche arrière.


L’attaque d’Abou Douhour montre que l’administration américaine reste attachée à ses engagements concernant la Syrie. Le fait que le processus visant à retirer la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme approche de son terme constitue à cet égard un indicateur important.


Les États-Unis ne parviennent pas totalement à imposer leur volonté à Israël. Mais, afin de gérer la crise, ils ont réuni en Jordanie le directeur du Mossad, Roman Gofman, et le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani.


On dit ceci :
"Ces discussions destinées à mettre en place un mécanisme de non-confrontation sont importantes. Mais des discussions similaires ont déjà eu lieu auparavant. Les deux pays étaient presque parvenus à un accord. Israël s’assoit à la table sous la pression des États-Unis, mais ne signe pas l’accord final. Il veut continuer à agir comme bon lui semble."

Du point de vue d’Israël : il est soumis à une forte pression temporelle. La première échéance est celle des élections du 27 octobre. Mais au-delà de cette date, alors qu’une nouvelle architecture régionale est en train de se mettre en place, Israël cherche à agir rapidement pour atteindre ses objectifs prioritaires.


La plus grande crainte d’Israël est la possibilité de voir naître un État palestinien. La multiplication des violences commises par les colons en Palestine occupée vise à éliminer cette possibilité. La semaine dernière, les autorités ont également lancé l’appel d’offres concernant le plan de colonisation E1, qui avait suscité de très vives réactions par le passé et qui couperait la Palestine occupée en deux. Ont-elles pu vouloir détourner l’attention de la Palestine occupée en provoquant une crise plus importante, comme l’attaque d’Abou Douhour ? C’est une possibilité.


Concernant la Syrie, elles veulent une "capitulation". Elles disent : "Vous ne devez pas avoir d’armée." Elles font passer le message suivant : "J’utiliserai votre espace aérien comme bon me semble." Elles veulent que "la Syrie renonce à son rapprochement avec la Türkiye". À cet égard, l’insistance d’Assaad al-Chaibani sur le fait qu’"Israël ne doit pas dicter à Damas ses alliances ou ses partenariats" est importante.


Ces attaques n’éloigneront pas Damas d’Ankara. Elles l’en rapprocheront davantage.


Les fractures régionales révélées par Abou Douhour


La liste des pays qui ont évité de signer


Du point de vue des pays de la région : l’attaque d’Abou Douhour a servi de révélateur. Elle a permis de voir jusqu’où les pays de la région étaient prêts à aller dans les positions qu’ils peuvent adopter en période de crise.


Le 21 août, plusieurs pays ont publié des déclarations conjointes sur deux questions importantes. La première condamnait le plan E1 d’Israël. Huit pays, parmi lesquels la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan, ont signé cette déclaration.


Une deuxième déclaration a été publiée le même jour. Celle-ci condamnait l’attaque d’Abou Douhour. Cette fois, l’Égypte, la Jordanie et les Émirats arabes unis, qui avaient pourtant signé la déclaration concernant E1, ont refusé de la signer malgré l’invitation qui leur avait été adressée.


Les Émirats arabes unis sont un proche allié d’Israël. La Jordanie accueille également les discussions entre Israël et la Syrie et ne veut donc pas apparaître comme une "partie" au conflit. Il est pourtant parfaitement évident que ce n’est pas la véritable raison.


La véritable question concerne l’Égypte. Alors que des discussions ont lieu pour savoir si Le Caire rejoindra ou non l’Alliance de La Mecque, le fait que l’Égypte ne réagisse que sur la question palestinienne, en raison de la crainte que les habitants de Gaza soient expulsés vers le Sinaï, mais qu’elle soit incapable de prendre position face à une attaque qui concerne directement la stabilité générale de la région, constituera un enseignement précieux pour les analystes régionaux lors de leurs futures évaluations.


D’où vient l’affirmation selon laquelle l’Iran aurait été invité ?


Venons-en maintenant à l’affirmation selon laquelle
"l’Iran aurait été invité à rejoindre l’Alliance de La Mecque".

La source est Mehdi Rahimi, président d’une agence rattachée au Parlement iranien. L’affirmation a très rapidement pris de l’ampleur. Elle a été reprise par les médias internationaux. Les Israéliens ont eux aussi largement amplifié cette information.


Cette affirmation s’est également retrouvée dans les déclarations officielles. Un haut responsable iranien, le général de division Mohsen Rezaï, a déclaré que l’Iran ne pourrait rejoindre l’Alliance de La Mecque "qu’en tant que partenaire fondateur participant à la définition de ses principes".


Mais l’Iran a-t-il réellement été invité ?


D’après les informations que j’ai obtenues : non.


Cela ne signifie pas que les portes soient fermées à l’Iran. Mais Téhéran doit d’abord cesser de prendre pour cibles les pays voisins et modifier les politiques qui menacent la stabilité.

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