L’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), l’organisation la plus influente du
"lobby israélien"
aux États-Unis, traverse la période la plus fragile de son histoire. L’AIPAC menait ses activités auprès des deux ailes de la politique américaine, les républicains et les démocrates. Mais depuis l’époque de Barack Obama, le fait que l’AIPAC ait davantage orienté son soutien vers les républicains est critiqué même par des milieux juifs favorables aux démocrates.Pour les responsables politiques américains, apparaître dans la vitrine de l’AIPAC était considéré comme un avantage. Les généreux dons provenant de l’organisation étaient attractifs pour les candidats. Tout ce qu’ils avaient à faire était d’adapter leur position au Congrès américain lorsque les intérêts d’Israël étaient en jeu.
Gaza et l’érosion de l’influence de l’AIPAC
Les réactions de l’opinion publique américaine au génocide mené par Israël à Gaza ont commencé à éroder la puissance du lobby israélien. Le changement de perception à l’égard d’Israël, en particulier au sein de la base démocrate, a placé les dirigeants centristes du parti dans une position difficile. La multiplication des critiques contre Israël parmi les démocrates du Congrès américain a rendu plus visibles les activités que l’AIPAC menait jusqu’alors dans l’ombre. Cette visibilité a également rendu plus perceptible l’ingérence d’Israël dans les élections américaines.
Nous traversons désormais une période où il n’est plus aussi facile pour Israël d’orienter la politique américaine par l’intermédiaire des lobbies et de l’argent. Je dois également souligner qu’outre les jeunes démocrates, une part importante des jeunes républicains se révolte elle aussi contre l’influence d’Israël sur la politique américaine.
Par rapport aux périodes précédentes, le lobby israélien dépense beaucoup plus d’argent lors des primaires et des élections. Malgré tout cela, l’influence de l’AIPAC continue de s’effriter. La victoire de l’Arabo-Américain Dr Abdul El-Sayed lors des primaires démocrates pour le Sénat américain dans l’État du Michigan a constitué un coup majeur pour l’AIPAC. Il est affirmé que les sommes injectées directement et indirectement par l’AIPAC afin de faire gagner son adversaire pro-israélien ont atteint 70 millions de dollars. Ces dépenses, d’une ampleur sans précédent pour une primaire, montrent que le lobby est pris de panique.
Recevoir des dons de l’AIPAC est devenu politiquement brûlant pour les responsables démocrates. L’organisation des jeunes électeurs à la base et l’augmentation des dons individuels compliquent l’adoption de positions pro-israéliennes par les responsables politiques. De nombreux candidats sont désormais contraints de s’engager à ne pas accepter de dons de l’AIPAC. C’est pourquoi, lorsque l’organisation ne souhaite pas apparaître directement, elle utilise d’autres groupes de lobbying comme paravent. Cela se produit surtout lorsqu’il s’agit de candidats de l’aile la plus à gauche du Parti démocrate, les socialistes démocrates, qui bénéficient du soutien des jeunes démocrates.
Dans le même temps, certains responsables républicains craignent eux aussi qu’un soutien trop visible de l’AIPAC puisse devenir un handicap électoral. La tentative de l’AIPAC de soutenir Mike Rogers, adversaire républicain du Dr Abdul El-Sayed dans le Michigan, s’est retournée contre l’organisation. Rogers, un responsable politique fermement pro-israélien qui avait auparavant présidé la commission du renseignement de la Chambre des représentants, s’est révélé gêné par le soutien public de l’AIPAC à sa candidature.
La forte hostilité à Israël dans le Michigan a poussé Rogers à prendre ses distances avec l’AIPAC. Selon des informations rapportées par les médias américains, Rogers a rencontré le président de l’AIPAC et lui a demandé de mettre fin à la campagne publicitaire préparée en son nom. Il aurait également demandé que le soutien financier de l’AIPAC passe par des groupes de donateurs républicains.
L’AIPAC, contraint de suspendre la publicité en faveur de Rogers, n’aurait pas apprécié cette demande. Désormais, des donateurs juifs républicains proches des deux camps tenteraient de réconcilier l’AIPAC et Rogers afin d’empêcher la victoire du Dr El-Sayed.
Des revers électoraux de plus en plus coûteux
De même, mardi dernier, la victoire d’Aisha Wahab, d’origine afghane, lors de l’"élection spéciale" organisée en Californie pour pourvoir un siège vacant à la Chambre des représentants a également fortement ébranlé l’AIPAC. Comme le Dr El-Sayed, Wahab est une jeune responsable politique démocrate qui affirme ouvertement qu’Israël commet un génocide.
Lors de cette élection spéciale, l’AIPAC a dépensé des millions de dollars pour tenter de faire gagner Melissa Hernandez, adversaire démocrate de Wahab et candidate pro-israélienne. Wahab, première responsable politique d’origine afghane élue au Congrès américain, exercera temporairement ses fonctions à la Chambre des représentants jusqu’en janvier 2027.
Le coût supporté par le lobby israélien afin que le Congrès américain reste pro-israélien ne cesse d’augmenter. Le fait que des candidats souhaitant mettre fin au soutien inconditionnel des États-Unis à Israël parviennent à gagner avec de faibles sommes provenant de donateurs individuels, tout en affrontant les milliards de dollars de l’AIPAC, constitue une évolution accablante pour le lobby israélien. Cette évolution aura naturellement des conséquences.


Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.