Il y a quelque temps, nous écrivions que qualifier ce qui se passe au Soudan de "guerre civile entre deux camps" revenait à masquer la réalité, et que la situation qui se présente à nous se transforme de plus en plus clairement en tentative d’occupation par procuration soutenue depuis l’étranger. Le document de travail daté du 30 juillet 2026, mis en circulation au Conseil de sécurité des Nations unies, porte précisément le problème conceptuel que nous avions souligné dans cet article au niveau du droit international et du régime de sanctions. Et malheureusement, il le fait sous l’effet des activités de lobbying menées par les forces qui se trouvent derrière le camp agissant comme occupant par procuration parmi ces prétendues "deux parties".
À première vue, le projet de l’ONU emploie des formulations tout à fait raisonnables : il réaffirme un "attachement indéfectible" à la souveraineté, à l’unité, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale du Soudan ; il demande la protection des civils ; il condamne l’afflux dans le pays d’armes, de munitions et d’aide militaire en provenance de l’étranger ; il exprime notamment son inquiétude face à l’acheminement et à l’utilisation de drones et de systèmes aériens sans pilote depuis des pays tiers.
Bien entendu, tout cela est juste. Le problème commence là où le responsable devient de plus en plus invisible. Le projet emploie constamment l’expression "warring parties", c’est-à-dire "parties belligérantes". Il demande que l’aide militaire extérieure destinée aux "parties" soit interrompue et ouvre la voie à une extension uniforme de l’actuel embargo sur les armes visant le Darfour à l’ensemble du Soudan et à toutes les parties qui y opèrent.
C’est précisément ici que réapparaît la question que nous posions dans notre précédent article : depuis quand l’État soudanais et une structure milicienne qui cherche à le détruire sont-ils devenus, juridiquement et politiquement, deux "parties" égales ?
Mettre l’État et la milice sur le même plan
Bien entendu, on ne peut pas considérer par principe que tout ce que font les Forces armées soudanaises est conforme au droit. L’armée de l’État est elle aussi tenue de respecter le droit international humanitaire ; les violations commises contre des civils doivent faire l’objet d’enquêtes, quel qu’en soit l’auteur. Mais exiger de rendre des comptes est une chose, mettre sur le même plan des statuts juridiques différents en est une autre.
D’un côté se trouvent les forces armées de l’État soudanais reconnu internationalement ; de l’autre, les Forces de soutien rapide (FSR), une structure milicienne composée de forces recrutées dans une logique de prédation totale et acheminées de l’extérieur, qui cherche à se soulever contre l’administration légitime de l’État et à occuper le pays. Le bilan des FSR, du Darfour à El-Fasher, comprend des accusations de massacres, de pillages, de déplacements forcés, de détentions arbitraires et de violations extrêmement graves des droits humains. Les autorités soudanaises montrent en outre depuis longtemps, preuves à l’appui, que cette structure est armée et financée depuis l’étranger.
Si la solution proposée consiste désormais à étendre l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan et à limiter ainsi également les capacités de défense de l’État, on aboutit à un résultat pour le moins étrange. La milice, alimentée par des réseaux clandestins d’approvisionnement en armes, ne respecte déjà pas les décisions de l’ONU. Les réseaux extérieurs qui l’alimentent contournent eux aussi l’embargo existant. En revanche, l’État, qui est obligé d’agir dans le cadre du système international, voit davantage restreinte sa possibilité d’acquérir des armes et des systèmes de défense. Autrement dit, la sanction est théoriquement égale pour tous, mais, dans la pratique, elle joue au détriment de celui qui respecte les règles.
La vraie question : d’où viennent les armes ?
Le projet lui-même reconnaît d’ailleurs quelque chose de très important. Il affirme qu’il existe au Soudan un "afflux continu d’aide militaire extérieure, d’armes et de munitions", et indique même que des systèmes de drones sont lancés et opérés depuis des pays tiers. Il faut donc poser la question ici même : quels pays tiers ?
D’où viennent les armes ? Qui les achète ? Qui les finance ? Quels aéroports, ports et corridors terrestres sont utilisés ? Quelles entreprises et quels réseaux financiers servent d’intermédiaires à ces transferts ? Restreindre l’approvisionnement en armes de l’État soudanais sans enquêter sur ces éléments ne reviendrait-il pas à couper l’eau des pompiers plutôt qu’à rechercher celui qui a allumé l’incendie ?
Dans notre précédent article, nous avions affirmé que les allégations concernant le soutien militaire, financier et logistique fourni par les Émirats arabes unis aux FSR devaient impérativement être clarifiées. Abou Dhabi rejette ces accusations. Dans ce cas, ce qu’il faut faire est encore plus évident : les mécanismes d’experts de l’ONU doivent mettre au jour, dans toute leur ampleur, les chaînes d’approvisionnement extérieures ; tout État, toute entreprise ou tout réseau qui enfreint l’embargo doit être directement sanctionné.
Le fait que le nouveau projet envisage de renforcer la coordination du groupe d’experts avec les mécanismes de suivi des sanctions en Libye, au Soudan du Sud, en Somalie et dans d’autres pays de la région montre d’ailleurs que l’ONU elle-même ne peut désormais plus ignorer les réseaux logistiques de cette guerre qui s’étendent au-delà des frontières soudanaises.
Dans ce cas, la solution ne consiste pas à placer également l’État soudanais dans le même dispositif de sanctions, mais à couper ces réseaux extérieurs.
DÉFENDRE LA SOUVERAINETÉ TOUT EN L’AFFAIBLISSANT
Une autre contradiction du projet apparaît ici. D’un côté, il proclame un attachement indéfectible à la "souveraineté, à l’unité, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale" du Soudan ; de l’autre, il envisage de restreindre les capacités de défense de l’institution étatique chargée de protéger cette souveraineté et cette intégrité territoriale.
De plus, le moment auquel ces nouvelles mesures prendraient fin n’est pas clairement défini. Un régime de sanctions initialement limité au Darfour pourrait ainsi se transformer en un mécanisme ouvert dans le temps et couvrant l’ensemble du pays. Cela montre pourquoi les objections du Soudan doivent être prises au sérieux.
Ce que disent les autorités soudanaises est en réalité simple : ne nous dispensez pas de rendre des comptes, mais ne mettez pas non plus notre État sur le même plan que la structure armée qui cherche à le désintégrer. Dans les conditions actuelles, cette demande est l’option la plus raisonnable.
La voie vers la paix au Soudan ne passe pas par le démantèlement de l’État, mais par son rétablissement en tant qu’institution fonctionnelle. Toutes les structures armées, y compris les FSR, doivent être soumises à l’autorité de l’État ; les canaux extérieurs d’armement et de financement doivent être coupés ; tous ceux qui ont commis des crimes contre des civils doivent rendre des comptes ; puis le peuple soudanais doit pouvoir établir librement son propre ordre politique.
Si la communauté internationale souhaite réellement préserver l’intégrité territoriale du Soudan, elle doit d’abord se rappeler cette distinction élémentaire : l’État et la structure armée qui cherche à le détruire ne sont pas la même chose.
Lorsque cette distinction disparaît, la "neutralité" ne produit pas la paix. Au contraire, elle offre aux structures agissant par procuration et alimentées depuis l’étranger l’égalité dont elles ont besoin face à l’État légitime.
Il ne faut pas oublier que, dans ce type de situation, se tenir à égale distance de tous revient également à placer l’agresseur et l’agressé sur un pied d’égalité.


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