La visite en Iran des pays membres du Pacte de défense de La Mecque (PDM) a immédiatement attiré tous les regards vers Téhéran.
La première réaction a été de se demander si cette rencontre pouvait être interprétée comme le signe d'une éventuelle adhésion de l'Iran à l'alliance.
Mais cette interrogation s'est rapidement dissipée, car le contexte actuel rend une telle éventualité extrêmement improbable, pour ne pas dire inexistante.
D'une part, la composition des délégations ne se prêtait pas à des discussions sur une éventuelle adhésion. D'autre part, plusieurs obstacles empêchent les membres de l'alliance de donner facilement leur accord.
Alors que le poids que représenterait l'intégration d'un pays déjà engagé dans une guerre est évident, que les rumeurs d'une nouvelle phase du conflit se multiplient et que les frictions, directes ou indirectes à travers le Yémen, avec l'Arabie saoudite, membre de l'alliance, restent particulièrement explosives, nous ne dirons pas que cette adhésion est
"impossible"
, mais nous pouvons aisément affirmer qu'elle "ne semble pas envisageable".
Dans un contexte où même l'Égypte, pourtant le pays le plus proche du PDM, temporise concernant son adhésion à part entière en affirmant
"nous sommes déjà ensemble au sein du R4"
, il paraît peu probable que l'Iran soit invité ou qu'il s'empresse lui-même de rejoindre l'alliance.Nous pouvons donc laisser cette question de côté pour le moment.
Mais terminons sur une observation :
"L'adhésion à part entière de l'Iran au PDM modifierait la nature stratégique de l'alliance !"
Et cela aurait une portée mondiale.
À l'heure actuelle, aucune réalité géopolitique ne permet d'écarter cette affirmation.
Le rapprochement entre l'Iran et l'Alliance de La Mecque inquiète Israël
Cela étant dit, même si l'Iran ne rejoint pas l'alliance, Israël sera contrarié par cette évolution. Et il l'a déjà été.
La presse israélienne et grecque s'est d'ailleurs immédiatement emballée.
Car les déclarations faites à Téhéran par les représentants des deux parties racontent une histoire de
"rapprochement et de nouveau départ".
Une telle évolution complique les politiques visant à isoler l'Iran et à accentuer les pressions sur lui.
Lorsque l'on examine la carte du Pacte de La Mecque, on observe une configuration dans laquelle l'Iran se retrouve encerclé sur trois côtés.
Or, même un simple rapprochement entre l'alliance et l'Iran rendrait ces barrières plus perméables.
D'ailleurs, les dossiers abordés lors de cette rencontre étaient bien plus importants que la recherche de nouveaux partenaires.
Il s'agissait très clairement d'une réunion consacrée à la sécurité.
Nous pouvons affirmer que des discussions ont eu lieu sur la guerre opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël, ses conséquences négatives pour les pays du Golfe et de la région, qui ne veulent pas en payer le prix, la recherche d'une solution à la question du Yémen et des Houthis, et enfin la réouverture des voies de circulation dont la perturbation a gravement affecté les flux énergétiques mondiaux.
Bien entendu, personne ne pourrait contester l'hypothèse selon laquelle les membres du PDM auraient également adressé à l'Iran le message suivant :
"Concernant l'Arabie saoudite, nous avons pris parti. Vous nous placez également dans une situation difficile."
Même si telle n'était pas leur intention, la composition même de la délégation implique ce message.
Il s'agit donc aussi d'une forme de
"pression".
L'Iran le comprendra. Mais il faut également qu'une "porte" ait été ouverte dans le même temps. Sans cela, cette démarche ne fonctionnera pas. D'autre part, il faut reconnaître que le gouvernement de Téhéran n'est pas opposé à l'élaboration d'une vision régionale commune. L'Iran a toujours souhaité, et souhaite encore aujourd'hui, la mise en place d'un "système de sécurité reposant sur les pays de la région".
Cependant, ce système ne correspond pas au PDM!
Téhéran encourage la création d'une structure régionale plus large, comprenant également des acteurs qui lui sont proches.
Il ne s'opposerait peut-être pas à ce qu'Ankara, Riyad et Islamabad en fassent partie.
Mais il reste à savoir dans quelle mesure l'Iran trouverait un intérêt à rejoindre après coup un partenariat dont le "noyau" a déjà été défini.
Enfin, il est également possible que la rencontre de Téhéran serve à transmettre une nouvelle proposition aux États-Unis dans la perspective d'une "médiation".
Cette hypothèse paraît d'autant plus plausible que l'organisation de la rencontre aurait été assurée par le Pakistan.
Un tel processus pourrait même, cette fois, se dérouler avec le soutien et sous la supervision des pays concernés.
Les élections israéliennes pourraient-elles ouvrir une nouvelle phase régionale ?
Nous devons nous demander ce que cette rencontre annonce pour l'avenir de la géopolitique régionale et comment Israël et les États-Unis envisagent cette évolution.
Mais les réponses à ces questions ne pourront véritablement apparaître que si les résultats des élections israéliennes, qui se déroulent presque simultanément, provoquent la chute de Netanyahu.
Au moment où ces lignes sont écrites, aucun indice ne permet encore de savoir qui sortira vainqueur des urnes en Israël, ni dans quelle position.
La seule chose que nous savons, c'est qu'il semble difficile, aussi bien pour Netanyahu que pour ses adversaires, de former un gouvernement, seuls ou en réunissant une coalition.
Plusieurs analyses et sondages sérieux indiquaient que Netanyahu et sa coalition pourraient ne pas obtenir la majorité nécessaire pour gouverner, et même arriver en deuxième position en nombre total de sièges.
Nous ne pouvons pas le savoir avec certitude.
Mais lorsque vous lirez ces lignes, vous le saurez.
Si Netanyahu perd le pouvoir et qu'un nouveau gouvernement de coalition entre en fonction, la rencontre avec l'Iran commencera à prendre la dimension d'un nouveau départ.
Une nouvelle possibilité émergera concernant l'organisation de la région.
C'est précisément ce qu'il faut observer.
Si ce scénario se réalise, le nouveau gouvernement israélien cherchera à modifier l'image du pays sur la scène internationale.
Cela ne signifie pas que ses préoccupations et ses conceptions en matière de sécurité régionale seront différentes de celles de Netanyahu.
Cela ne signifie pas non plus qu'il procédera à des changements spectaculaires dans son approche de la Türkiye et de la question palestinienne.
Mais sa "propension à la guerre" pourrait diminuer.
L'agressivité de Netanyahu, qui affirme
"je combats sur sept fronts"
, pourrait ne pas être reprise par le nouveau gouvernement.La rivalité géopolitique avec la Türkiye ne disparaîtrait pas, mais le risque d'affrontement pourrait diminuer.
La volonté de poursuivre la guerre contre l'Iran pourrait également s'affaiblir.
(Il est aussi possible que les nouveaux dirigeants lancent rapidement une initiative offensive pour montrer, dès le départ, qu'ils ne sont pas "faibles" !)
Les relations avec les autres pays de la région pourraient retrouver une tonalité plus diplomatique.
Les positions perdues en Europe et aux États-Unis pourraient être consolidées, et un travail de reconstruction de l'influence israélienne pourrait commencer.
Enfin, Israël pourrait de nouveau explorer les moyens de vivre en paix dans la région, une ambition symbolisée par les "accords d'Abraham" (accords de normalisation diplomatique conclus à partir de 2020 entre Israël et plusieurs pays arabes).
Mais même si un nouveau gouvernement était formé dès aujourd'hui, ces mécanismes ne se remettraient pas immédiatement en marche.
Dans le cas contraire, il n'y aurait de toute façon aucune situation nouvelle permettant de mener une analyse ou de formuler des perspectives.
Les synergies stratégiques ne sont pas déterminantes à elles seules.
Elles ne prennent véritablement leur élan que lorsqu'elles s'inscrivent dans un projet précis.
Nous percevons cette concordance comme une simple coïncidence, alors qu'il s'agit le plus souvent d'étapes intermédiaires.
Les résultats des élections israéliennes et américaines pourraient, par exemple, renforcer les fonctions du PDM.
Mais celui-ci ne pourra pas dépasser les limites imposées par le contexte géopolitique mondial.

