Il existe une tension unilatérale et non déclarée entre l'Azerbaïdjan et la Türkiye.
Tout a commencé le 2 octobre, lorsque le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a déclaré, lors du congrès de son parti :
"Que chacun reste à sa place, ne se mêle pas de nos affaires, ne mette pas son nez dans notre mode de vie et ne cherche pas à nous donner des leçons. Que chacun s'occupe des problèmes de son propre peuple et de son propre État."
Il a également souligné que l'Azerbaïdjan avait remporté seul la victoire au Karabakh et qu'il avait acheté ses armes en les payant.
À qui Aliyev adressait-il ces paroles ? Qui visait-il ? Nous l'ignorons encore. Mais plusieurs commentaires affirment que ses propos s'adressaient à la Türkiye et à Erdoğan.
Après ces déclarations dont les destinataires restent incertains, l'interdiction du port du voile a commencé à être appliquée dans les écoles azerbaïdjanaises.
En Türkiye, cette interdiction a suscité de vives critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Les autorités azerbaïdjanaises, les partis politiques, les organes de presse officiels ainsi que les médias et réseaux sociaux contrôlés par l'État ont réagi avec virulence à ces critiques.
Du côté azerbaïdjanais, la polémique est allée jusqu'à remettre en question la Türkiye, la fraternité entre les deux pays, et même leur histoire commune.
Et cela ne s'est pas arrêté là.
Des mandats d'arrêt internationaux ont été émis contre sept personnes résidant en Türkiye en raison de leurs commentaires.
Cela ne suffisait toujours pas :
31 autres personnes, parmi lesquelles nos amis İsmail Kılıçarslan, Yusuf Kaplan et Yaşar Yavuz, ont été frappées d'une interdiction d'entrée en Azerbaïdjan pour leurs prises de position.
Face à cette montée des tensions, délibérément et systématiquement entretenue, la Türkiye conserve son sang-froid et fait même preuve de retenue.
En signe de bonne volonté, certains comptes sur les réseaux sociaux ont été fermés et des responsables ont même été démis de leurs fonctions.
Le gouvernement et le Parti de la justice et du développement (AK Parti) multiplient les déclarations insistant sur la fraternité entre les deux pays.
Dernièrement
, le président Erdoğan a téléphoné à Aliyev et lui a personnellement renouvelé son invitation au sommet de l'Organisation des États turciques.Les communiqués publiés par les deux parties à l'issue de cet entretien sont positifs. Toutefois, la participation d'Aliyev au sommet demeure incertaine.
Türkiye-Azerbaïdjan : derrière les tensions, un enjeu géopolitique plus vaste
Il est parfaitement évident que les tensions alimentées par l'Azerbaïdjan, auxquelles la Türkiye répond avec retenue, ne trouvent pas leur origine dans l'interdiction du voile ni dans les réactions qu'elle a suscitées.
Il y a autre chose. Quelque chose se prépare. Un scénario est en train d'être mis en scène. Pour reprendre une célèbre réplique de cinéma,
"quelque chose approche".
Notre région connaît des bouleversements à une vitesse vertigineuse.
Les tensions entre l'Arabie saoudite et le Yémen, les rumeurs d'une nouvelle attaque contre l'Iran, les élections israéliennes, l'Alliance de La Mecque, l'accord Badr, l'accord de délimitation maritime avec la Libye, les réactions de l'Union européenne à cet accord, le rapprochement croissant entre la partie grecque de Chypre, la Grèce et Israël, ainsi que l'escalade des tensions en mer Égée, et bien d'autres événements encore…
Mais le plus important reste le projet d'encerclement de la Türkiye présenté par Netanyahu à travers une carte en couleurs, sur laquelle l'Azerbaïdjan apparaît partiellement comme un
"allié d'Israël".
Ajoutons également à cette liste la réconciliation soudaine entre Trump et Netanyahu.
Il reste 18 mois avant la date limite à laquelle les prochaines élections générales doivent obligatoirement se tenir en Türkiye.
Il ne fait aucun doute que le scrutin sera anticipé.
Cela signifie qu'il nous reste environ un an.
Certains des événements évoqués précédemment sont directement liés aux élections en Türkiye, tandis que l'issue d'autres événements sera déterminée par les résultats de ce scrutin.
Autrement dit, tout sera mis en œuvre pour empêcher Erdoğan de se présenter ou d'être réélu.
Les opérations d'origine internationale qui ont été mises en scène avant de nombreuses élections précédentes seront, sans aucun doute, également activées avant ce scrutin.
L'encerclement autour de la Türkiye se resserrera progressivement.
La véritable cible sera la Türkiye, mais l'argument selon lequel la cible serait Erdoğan sera avancé comme prétexte, tant sur le plan international que national.
Il ne fait aucun doute que la
"crise des fonds"
constitue un instrument particulièrement propice à cette opération d'encerclement.Même si l'opposition ne parvient pas à l'exploiter, les services de renseignement internationaux n'hésiteront pas à utiliser cette crise contre Erdoğan.
Une attaque économique pourrait même être déclenchée sous prétexte de cette crise des fonds.
Des provocations visant les dossiers sensibles, à commencer par le projet "Une Türkiye sans terrorisme", pourraient également être organisées, tout comme des crises politiques.
Élections en Türkiye : Erdoğan face aux risques d'un encerclement intérieur et extérieur
À vrai dire, le président Erdoğan semblait se diriger vers l'élection la plus facile de sa carrière politique, comme s'il avançait dans une roseraie sans épines.
Mais à mesure que le scrutin approche, les risques commencent à se multiplier.
L'encerclement va encore se resserrer.
Tout au long de sa carrière politique, le président Erdoğan a surmonté de nombreux risques similaires, brisé les encerclements et conduit le pays vers des jours meilleurs.
Sur l'échiquier international, il parvient, grâce à des décisions judicieuses, à tenir à distance les tentatives d'encerclement venues de l'extérieur.
Sur le plan intérieur, il prendra certainement les mesures nécessaires pour empêcher que la crise des fonds ne se retourne contre lui et ne devienne un instrument efficace de cet encerclement.
Espérons qu'il parviendra également à neutraliser avec calme et discernement les éventuelles crises économiques et politiques.
Nous entrons une nouvelle fois dans une période électorale difficile.
Mais cette fois, avant de chercher les fautes chez les autres, il faut commencer par faire le ménage chez nous et, pour reprendre les mots d'Erdoğan, extraire le virus avec la précision d'un chirurgien afin d'assainir le terrain.
Nous ne doutons pas qu'Erdoğan analyse parfaitement les tentatives d'encerclement intérieures et extérieures.
Il prendra certainement les mesures nécessaires.
Il sait sans doute mieux que nous qu'il n'a pas d'autre choix que d'agir.

