Dépasser le détroit d’Ormuz ne suffit pas à mettre fin à la guerre

Kadir Üstün
Kadir ÜstünAuteur Nouvelle Aube
08:22, 18/09/2026, vendredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Dépasser le détroit d’Ormuz ne suffit pas à mettre fin à la guerre

Alors que l’administration Trump diffuse l’espoir d’une fin prochaine de la guerre contre l’Iran avant les élections de novembre, la pression exercée par le conflit sur les économies régionales et le système financier mondial prend de nouvelles dimensions.


Les avancées des Houthis sur les côtes du Yémen et leurs attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes accentuent le fossé entre le calcul de Washington visant à réduire les effets de la guerre et les préoccupations sécuritaires de ses alliés dans la région.
Malgré les déclarations du Pentagone affirmant que le détroit d’Ormuz reste ouvert et les affirmations de Trump selon lesquelles la paix serait proche, l’Iran tente d’accroître la pression. Même en cas d’accord, rien ne garantit que le pétrole puisse être exporté en toute sécurité.

À ce stade de la guerre, le conflit dépasse les limites du détroit d’Ormuz. Les pays qui cherchent à réduire la capacité de l’Iran et de ses alliés à perturber les flux énergétiques régionaux et mondiaux se tournent vers des itinéraires alternatifs. Comme l’a montré la prise de Bab el-Mandeb par les Houthis, la menace pesant sur les routes énergétiques rend plus difficile la maîtrise du coût économique de la guerre.


La hausse des taux d’intérêt annoncée par la Fed, alors même que Trump exerce une pression pour une baisse des taux, peut également être interprétée dans le contexte des coûts financiers de la guerre. Constatant que la persistance de l’inflation et le niveau élevé des prix du pétrole pourraient avoir un coût politique important lors des élections de mi-mandat de novembre, certains responsables politiques ont obtenu l’adoption à la Chambre des représentants d’une décision visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran, ce qui témoigne d’une pression croissante sur Trump.


La recherche d’alternatives au détroit d’Ormuz


L’annonce de l’armée américaine indiquant que les passages commerciaux se poursuivent dans le détroit d’Ormuz et que le blocus contre l’Iran est appliqué montre que Washington cherche à envoyer le message qu’il conserve le contrôle de la situation.


Cependant, le fait que les pétroliers puissent continuer à passer ne signifie pas que le commerce est revenu à la normale. L’obligation d’une protection militaire, les coûts élevés des assurances et les retards dans les livraisons créent une pression économique même lorsque le détroit n’est pas totalement fermé.


Du point de vue iranien, il n’est pas nécessaire de parvenir à stopper totalement les flux. Le simple fait de rendre leur fiabilité incertaine constitue déjà un avantage permettant d’accroître son pouvoir de négociation.


Le pipeline est-ouest de l’Arabie saoudite, développé comme une alternative au détroit d’Ormuz, revêt à cet égard une importance stratégique. Reliant les champs pétroliers de l’est du pays au port de Yanbu, sur la mer Rouge, cette infrastructure pourrait permettre aux Saoudiens de réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz. Toutefois, sa capacité maximale reste limitée, avec environ 7 millions de barils par jour.


Disposer d’une telle infrastructure ne constitue pas à lui seul une garantie d’exportation. Ce pipeline fait partie d’une chaîne de sécurité plus large. Le transport du pétrole, son stockage, son chargement dans les ports et son acheminement vers les acheteurs représentent autant d’étapes où une menace peut se transformer en problème sécuritaire.


Les menaces créées par l’Iran à travers ses alliés comme les Houthis sur différents points des routes géographiques alternatives réduisent les options sûres et économiques des exportateurs. Il faut souligner que les différentes routes de transport présentent des niveaux de risque différents. Par exemple, une cargaison allant de Yanbu vers le nord en passant par l’Égypte ne présente pas les mêmes risques qu’une expédition se dirigeant vers le sud par Bab el-Mandeb.


Le pipeline des Émirats arabes unis reliant les installations pétrolières à Fujaïrah permet également de contourner le détroit d’Ormuz sans utiliser la mer Rouge. Les différents profils de risque impliquent des exigences sécuritaires différentes selon les points concernés. Mais l’Iran n’a pas besoin de fermer toutes les routes en une seule action.


Le coût de la guerre


Du point de vue iranien, les bénéfices stratégiques de la pression sécuritaire et économique créée grâce à ses alliés en Irak et au Yémen sont évidents. Le message envoyé à Washington par les attaques de ces acteurs est que le coût de la pression militaire exercée sur l’Iran se répercutera également sur les pays alliés des États-Unis dans la région et sur l’économie mondiale.


Au-delà de leur soutien à l’Iran, les Houthis renforcent leur position dans leur lutte au Yémen en obtenant des gains sur les côtes et les îles stratégiques de la région, tout en augmentant leur poids dans les négociations régionales.


Le fait que le président français Emmanuel Macron souligne la nécessité de développer des routes pétrolières alternatives montre que les conséquences de la confrontation régionale affectent également directement l’Europe. Alors que les conflits et l’instabilité dans le Golfe se traduisent par une pression économique et un mécontentement des électeurs dans les capitales occidentales, il apparaît clairement que la création de nouvelles routes nécessitera du temps.


Le problème pour Washington est de savoir comment réduire la pression sur ses alliés tout en diminuant les risques qui pèsent sur lui-même. L’ouverture d’un nouveau front en mer Rouge contre les Houthis pourrait également créer une nouvelle dynamique augmentant les coûts en ressources et en munitions.


Les objectifs américains visant à mettre fin à la guerre pourraient diverger des attentes sécuritaires de leurs alliés comme l’Arabie saoudite.


Une alliance pour la paix et la stabilité


La proposition d’une coopération militaire entre l’Arabie saoudite, Israël et l’Égypte évoquée dans l’éditorial du Wall Street Journal montre qu’au-delà de la recherche d’une réponse militaire à l’impasse régionale, l’espoir d’un retour aux Accords d’Abraham n’a pas totalement disparu.


Cependant, il faut constater que la perception commune d’une menace face à l’Iran et à ses alliés ne suffit pas nécessairement à créer un objectif militaire commun. La protection des exportations de pétrole, la réduction des capacités balistiques des Houthis et leur recul au Yémen représentent des objectifs différents, perçus de manière différente par ces trois pays.


Il n’est pas facile pour ces États de parvenir à un accord sur le niveau de risque que chacun est prêt à prendre et sur l’ordre régional à établir après une éventuelle réussite militaire.


Le fait que des acteurs comme la Türkiye soient exclus des débats sur la sécurité et la stabilité régionales dans ce type d’articles montre que la perspective privilégiée est davantage celle de savoir avec qui Israël peut coopérer et comment, plutôt qu’une approche fondée sur les dynamiques régionales.


La réduction des tensions, la recherche de stabilité économique, la limitation des coûts énergétiques et l’ouverture du commerce font partie des priorités économiques de la Türkiye. Par ailleurs, comme l’a montré l’Accord de La Mecque, la Türkiye est prête à soutenir la sécurité des Saoudiens.


Si une normalisation durable doit voir le jour dans la région, elle passera par la suppression de l’environnement de méfiance créé par l’Iran et ses alliés ainsi que par l’instauration d’une normalisation permanente. Cet équilibre ne pourra être atteint que par la réunion des forces œuvrant à établir une sécurité régionale et à lever les pressions pesant sur le commerce.

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