Inde: les étudiants défient les coupures d'internet
11:59, 25/07/2026, samedi
AFP

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La fronde estudiantine défie les coupures net.Des milliers d'étudiants occupent depuis six jours le centre de New Delhi pour réclamer la démission du ministre de l'Education, contournant par des applications décentralisées les coupures d'internet ordonnées par les autorités, a constaté l'agence.
Un mouvement contre la fraude et l'autoritarisme
Depuis six jours, des milliers d'étudiants et de jeunes Indiens de la Génération Z investissent une esplanade du centre de New Delhi pour exiger la démission du ministre de l'Education. Ce rassemblement fait suite à la répression de leur marche sur le Parlement lundi dernier. Organisés sous la bannière du
"parti du peuple des cafards",
un mouvement en ligne créé en mai, les protestataires dénoncent tout d'abord les fraudes aux examens qui secouent le système éducatif. Par ailleurs, la liste de leurs revendications s'est rapidement allongée pour inclure les difficultés croissantes d'accès à l'emploi après l'université, malgré les chiffres de forte croissance affichés par le pays, ainsi que les méthodes de gouvernance jugées de plus en plus autoritaires du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi. Toutefois, le quartier abritant leur campement fait l'objet d'une surveillance policière étroite et de restrictions régulières d'accès aux réseaux sociaux.Contournement des restrictions numériques
Face aux coupures d'internet ordonnées par le gouvernement pour tenter de briser la mobilisation, les manifestants assurent ne pas en dépendre pour autant.
"Plein de gens utilisent BitChat"
, a déclaré Kumar Shalabh, étudiant de 21 ans, en référence à cette messagerie créée par le cofondateur et ancien dirigeant de Twitter Jack Dorsey, accessible sans connexion internet grâce à la technologie Bluetooth. Il a affirmé que les autorités pensaient les jeunes incapables de communiquer sans connexion. "Oui, on connaît internet mais on sait aussi communiquer sans"
, a-t-il précisé. De plus, l'étudiant a souligné l'ingéniosité des protestataires face à ces obstacles: "Ils nous croient stupides, idiots, en fait on est plutôt intelligents"
. Khushi, une manifestante qui a souhaité n'être identifiée que par son prénom, a indiqué s'être adaptée à ces contraintes. "Faute de couverture internet ici, je prévois mes points de rendez-vous depuis chez moi"
, a-t-elle expliqué, ajoutant avoir également adopté BitChat pour ne jamais rester isolée.L'arsenal répressif et les coupures ciblées
Si l'Inde compte plus d'un milliard d'utilisateurs de téléphones portables, ce qui en fait le plus important réservoir national d'internautes de la planète, le pays figure également parmi ceux dont les autorités restreignent le plus fréquemment l'accès au réseau. Selon l'association Access Now, l'Inde occupait en 2025 la deuxième place mondiale avec 65 coupures recensées, juste derrière le premier. Dans ce contexte, le fondateur de BitChat a partagé vendredi un document présenté comme un ordre d'interdiction émanant du ministère de l'Intérieur.
"Le gouvernement indien n'aime pas les technologies comme BitChat et veut les interrompre"
, a-t-il écrit sur la plateforme. Par ailleurs, la Fondation pour la liberté d'internet (IFF) a indiqué soutenir "les développeurs (de l'application) et les jeunes manifestants que cet ordre essaie de faire taire"
, tandis que les autorités de New Delhi n'ont pas confirmé officiellement avoir sollicité cette mesure spécifique.Impact sur le quotidien et détermination
Plus que la simple communication, l'absence prolongée d'internet perturbe l'ensemble de la vie quotidienne des manifestants, notamment les transactions dématérialisées désormais essentielles dans la métropole.
"Plus personne n'utilise plus d'argent liquide"
, a déploré Khushi, évoquant l'impossibilité de payer quoi que ce soit avec son téléphone dans le quartier du campement. Toutefois, les protestataires restent convaincus de l'inefficacité totale de la censure gouvernementale. "Internet ou pas, notre message a déjà largement été diffusé dans la population",
a affirmé Gunver Singh, étudiant de 19 ans. En outre, Khushi a souligné que les jeunes continueraient de filmer les événements et de diffuser leurs vidéos une fois rentrés chez eux, précisant que "personne ne pourra les en empêcher"
. Selon le militant des droits numériques Nikhil Pahwa, ces coupures traduisent l'incapacité structurelle de l'Etat au dialogue. "C'est comme ça que l'Etat répond, car il n'a pas la capacité ou la volonté de discuter"
, a-t-il indiqué. Il a également ajouté que "la démocratie meurt dans les ténèbres et les coupures d'internet sont une forme de ténèbres"
.À lire également:

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