Scandales à la FSF: l'arbre des boucs émissaires qui cache la forêt de l'incompétence
18:00, 16/07/2026, jeudi
Yeni Şafak

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Limogeages, plaintes, accusations: après le fiasco du Mondial 2026, la FSF cherche des coupables pour masquer l'incompétence de ses dirigeants.Depuis l'élimination du Sénégal en seizièmes de finale du Mondial 2026, la Fédération sénégalaise de football (FSF) enchaîne les annonces : limogeage du sélectionneur Pape Thiaw, mise en cause du médecin des Lions, plainte pour diffamation contre la presse. Une frénésie de sanctions qui ressemble moins à un sursaut de rigueur qu'à une opération de diversion. Car derrière chaque coupable désigné, c'est l'incompétence des dirigeants de la FSF qui affleure.
Un fiasco sportif transformé en chasse aux sorcières
Sur le terrain, les Lions de la Teranga ont quitté la Coupe du monde 2026 prématurément: battus par la France (3-1) et la Norvège (3-2), vainqueurs de l'Irak (5-0), puis éliminés par la Belgique en seizièmes de finale (3-2 après prolongation), alors qu'ils menaient 2-0 jusqu'à la 86e minute.
À peine rentrée de son périple américain, la fédération a dégainé.
Premier fusible: Pape Thiaw, démis de ses fonctions. Le président Abdoulaye Fall évoque une
"rupture de confiance"
et accuse le technicien d'avoir menacé de ne pas s'asseoir sur le banc face à la Norvège. Ce que le président omet de rappeler, c'est que son sélectionneur était sans contrat depuis février 2026, avec plusieurs mois d'arriérés de salaires, et qu'il n'a signé son engagement que quelques heures avant ce match décisif, selon les révélations du journaliste d'investigation Romain Molina. Quel salarié au monde accepterait de disputer une Coupe du monde sans contrat ni salaire ?
Deuxième fusible: le médecin des Lions, Alfred Fedior, dont Abdoulaye Fall a publiquement pointé le
"manque de profil académique"
, rappelant qu'il était "gynécologue de formation". Une sortie humiliante qui soulève une question évidente : qui a validé la composition du staff médical, sinon la fédération elle-même ?Quand les dirigeants s'exonèrent de leurs propres turpitudes
Pendant que le sélectionneur attendait son contrat, certains dirigeants menaient, selon plusieurs témoignages rapportés par Sport News Africa et relayés par Romain Molina, un train de vie fastueux aux États-Unis: soirées dans les hôtels de la délégation, invités personnels, dépenses somptuaires. Des joueurs, livrés à eux-mêmes en dehors des entraînements, auraient dû se rabattre sur des fast-foods. Des témoignages évoquent aussi un système de revente de billets alloués par la FIFA à des prix largement supérieurs à leur valeur initiale.
Le journaliste annonce désormais une vidéo consacrée aux "malversations, abus de biens sociaux, vols d'équipements et de nourriture des joueurs" au sein de la FSF. Des allégations que la fédération conteste. Sa réponse ? Non pas un audit, non pas des explications, mais une plainte pour diffamation déposée le 3 juillet 2026 auprès du procureur de la République. Attaquer le messager plutôt que répondre sur le fond: la méthode dit tout.
Des dettes qui racontent la vraie histoire
Car les faits, eux, sont têtus. La FSF traîne près de 100 millions FCFA de dettes, notamment auprès de la SOGIP. Conséquence directe: les Lions se sont vu refuser l'accès aux infrastructures de Diamniadio pour leur préparation au Mondial. Factures impayées, engagements financiers non honorés, logistique chaotique: le "fiasco programmé", pour reprendre le titre du journal EnQuête, n'est pas né sur la pelouse américaine. Il a été fabriqué, en amont, dans les bureaux de la fédération.
Réuni en urgence le 11 juillet 2026 à Dakar, le comité exécutif a bien été contraint d'aborder ces dossiers brûlants. Mais aucune démission, aucune remise en question. Au Sénégal, des voix de plus en plus nombreuses réclament un audit indépendant, voire un comité de normalisation sous l'égide de la FIFA.
Une stratégie du bouc émissaire vouée à l'échec
Le procédé est classique: face à l'échec, désigner des coupables périphériques pour préserver le sommet. Un entraîneur "ingrat", un médecin "incompétent", un journaliste "diffamateur". Mais la ficelle est grosse. Ce n'est ni Pape Thiaw, ni Alfred Fedior, ni Romain Molina qui ont creusé les dettes, laissé un sélectionneur sans contrat pendant cinq mois ou fermé les portes de Diamniadio aux Lions.
Tant que la gouvernance de la FSF ne sera pas assainie, les Lions de la Teranga continueront de payer sur le terrain les défaillances de leurs dirigeants en coulisses. Le peuple sénégalais, lui, mérite mieux que des fusibles: il mérite des comptes.
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