Mondial 2026: ne critiquez plus jamais la CAN !
10:42, 14/07/2026, mardi
Yeni Şafak

ROBERTO SCHMIDTAFP
Arbitrage contesté, billets à 11 000 dollars, visas refusés, ICE dans les stades: le fiasco du Mondial 2026 rend toute critique de la CAF indécente.Arbitrage contesté par cinq fédérations, billets à 11 000 dollars, tarification dynamique sous enquête judiciaire, supporters haïtiens, iraniens, sénégalais et ivoiriens privés de visas, agents de l'ICE déployés dans les stades, chaleur dangereuse et tournoi le plus polluant de l'histoire : la Coupe du monde 2026 accumule les scandales. Cette tribune renvoie le miroir à ceux qui raillent la CAF depuis des décennies et dénonce un double standard devenu indéfendable.
Tribune. Pendant des décennies, la Coupe d'Afrique des nations a servi de punching-ball à la presse européenne. Pelouses "indignes", organisation "chaotique", arbitrage "de village": chaque édition de la CAN offrait son lot de condescendance, souvent avant même le coup d'envoi.
Puis est arrivée la Coupe du monde 2026, organisée par la première puissance mondiale et ses deux voisins, présentée comme le sommet du professionnalisme. Un mois plus tard, le verdict est tombé: plus personne, nulle part, n'a le droit de critiquer la CAF.
Un arbitrage qui ferait rougir n'importe quelle CAN
Commençons par le terrain. Cinq sélections ont officiellement saisi la FIFA pour contester des décisions arbitrales et l'usage de la VAR. Cinq. Le Brésil, après l'annulation d'un but de Vinicius Junior contre l'Écosse. L'Algérie, après que Lionel Messi a échappé au moindre carton pour une semelle au-dessus de la cheville d'Aïssa Mandi. La Croatie, éliminée par le Portugal sur un hors-jeu millimétrique, qui dénonce un "abus de technologie". La Colombie, privée d'un but de Davinson Sánchez dans les dernières minutes pour un hors-jeu invisible à l'œil nu. L'Égypte, enfin, sortie par l'Argentine dans un match où l'arbitre a refusé de consulter les images.
Ajoutons le cas d'école Angleterre-Ghana: une sortie manquée de Jordan Pickford transformée en faute en faveur des Three Lions, un tacle d'Ezri Konsa sur le genou de Prince Kwabena Adu resté impuni, et Jude Bellingham reproduisant sans sanction le geste qui avait valu une expulsion au Paraguayen Miguel Almiron trois jours plus tôt. Et que dire de l'arbitrage chaotique de France-Paraguay.
Deux poids, deux mesures, sous les yeux du monde entier. Quand une telle accumulation se produit en Afrique, on parle de "scandale structurel". En Amérique du Nord, on parle de "débats d'arbitrage".
Une billetterie transformée en salle des marchés
En dehors du terrain, le tableau est pire. La FIFA a inauguré pour ce Mondial la tarification dynamique: le prix du billet grimpe avec la demande, comme une action en bourse. Résultat, des demi-finales affichées entre 3 000 et plus de 9 000 euros la place, un billet pour la finale du MetLife Stadium monté jusqu'à 11 000 dollars, et une place revendue près de 2 millions d'euros sur le marché secondaire officiel. Gianni Infantino a défendu ce système en expliquant qu'il fallait
"appliquer les prix du marché".
Les procureures générales de New York et du New Jersey ont ouvert une enquête pour pratiques commerciales trompeuses. Selon le Telegraph, la FIFA aurait même écoulé une partie de ses stocks sur des plateformes de revente non officielles, à des tarifs inférieurs à ceux de son propre site.
Pendant ce temps, les hôtels des villes hôtes ont augmenté leurs prix de 300 % en moyenne, avec un pic à +961 % à Mexico pour le match d'ouverture. Et malgré des affluences officielles frôlant le guichet fermé, des milliers de sièges vides s'étalaient à l'écran, comme à Guadalajara où la FIFA annonçait 700 places inoccupées quand les tribunes en montraient des milliers.
Imaginez une seconde la CAF annonçant des stades pleins devant des tribunes vides. Imaginez le titre des éditoriaux.
Des supporters interdits de Coupe du monde
Il y a plus grave que l'argent: l'exclusion. Le travel ban américain frappe 39 pays, dont quatre qualifiés pour le tournoi: Haïti, l'Iran, la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Leurs joueurs ont pu entrer, pas leurs peuples. Les supporters algériens, tunisiens, capverdiens, ivoiriens et sénégalais ont longtemps été soumis à une caution de 15 000 dollars pour espérer un visa, dispositif suspendu du bout des lèvres à quelques semaines du tournoi. Plus de 40 membres d'associations de supporters marocains, billets et hôtels en poche, se sont vu refuser leurs visas.
Le symbole le plus cruel restera Omar Abdulkadir Artan, qui devait devenir le premier arbitre somalien de l'histoire de la Coupe du monde: refoulé à la frontière avec un visa en règle. L'attaquant irakien Aymen Hussein, lui, a été retenu et interrogé sept heures à l'aéroport de Chicago.
Dans les stades, le département de la Sécurité intérieure a confirmé le déploiement d'agents de l'ICE, la police de l'immigration, sans exclure des arrestations. Les employés du SoFi Stadium ont voté la grève par peur d'être arrêtés sur leur lieu de travail. Plus de 120 organisations de défense des droits ont publié un avertissement aux voyageurs. La sélection de la RD Congo, elle, a dû passer par une quarantaine de 21 jours en Belgique avant d'avoir le droit de fouler le sol américain.
Une Coupe du monde dont des peuples entiers sont bannis pendant que leurs équipes jouent: voilà l'innovation de 2026.
Pollution record et mi-temps publicitaire
Restait à maltraiter les joueurs. Des scientifiques avaient prévenu dès 2025 que la température ressentie dans plusieurs villes hôtes dépassait celle du Qatar en hiver. La FIFA a répondu par des pauses hydratation de trois minutes par mi-temps, aussitôt ouvertes aux coupures publicitaires des diffuseurs.
Même la survie des joueurs est devenue un espace commercial. Ce Mondial à 48 équipes, éclaté sur un continent, s'annonce par ailleurs comme le plus polluant de l'histoire, avec environ 9 millions de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre. Et pour parachever l'américanisation du football, la finale s'offrira le premier show de mi-temps de l'histoire de la compétition, avec Madonna, Shakira et BTS, au mépris de la récupération des joueurs et du rythme du match.
Le miroir que personne ne veut regarder
Que l'on soit clair: il ne s'agit pas d'absoudre la CAF de ses défaillances réelles. Il s'agit de nommer un double standard. Quand un stade africain présente une pelouse abîmée, c'est
"l'Afrique qui n'y arrive pas"
. Quand la première économie du monde vend des billets à 11 000 dollars, interdit ses tribunes aux supporters du Sud, déploie sa police de l'immigration dans ses stades et laisse cinq fédérations contester son arbitrage, ce sont "des couacs d'organisation"
. Le mépris n'a jamais été une analyse.Alors la prochaine fois qu'une CAN se jouera sous les ricanements des plateaux parisiens, souvenons-nous de l'été 2026. La CAF organise, avec une fraction des moyens de la FIFA, des tournois où aucun supporter n'est banni en raison de son passeport.
À tout prendre, entre une pelouse imparfaite et une Coupe du monde de l'exclusion, le vrai amateurisme n'est pas là où on le criait.
David Bizet
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