Roman Badanine : le FBI alerte le journaliste anti-Poutine
14:58, 26/09/2026, samedi
AFP

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le FBI alerte le journaliste anti-PoutineDeux agents du FBI ont averti Roman Badanine, journaliste russe exilé en Californie, que sa famille pourrait être la cible d'une attaque menée par un service de renseignement étranger, alors qu'il publie un ouvrage sur le système Poutine.
Alerte américaine et menace sourde
Deux agents du FBI se sont présentés au domicile de Roman Badanine en Californie à l'automne 2025 pour lui signifier une mise en garde de la plus haute importance. Le journaliste d'investigation, âgé de 49 ans et installé aux États-Unis depuis plusieurs années dans le cadre de son exil forcé, a reçu la visite de ces fonctionnaires fédéraux qui l'ont informé, ainsi que son épouse et ses quatre enfants, d'un risque d'attaque potentielle orchestrée par un service de renseignement étranger. Cette alerte intervient alors que le fondateur du média Proïekt poursuit depuis plus de deux décennies un travail d'enquête systématique sur les rouages du pouvoir de Vladimir Poutine et les réseaux qui structurent son entourage immédiat.
Interrogé jeudi à Paris par l'AFP au sujet de cette démarche inattendue des autorités américaines, Roman Badanine a réagi avec une certaine sérénité face à la menace pesant sur sa famille.
"Je n'avais pas peur, mais j'étais surpris",
a-t-il déclaré, avant de préciser : "C'était la première fois que je rencontrais des agents du FBI".
"Le Tsar en personne" et les révélations du système
"Le Tsar en personne"
et les révélations du systèmeRoman Badanine a co-signé avec son confrère Mikhaïl Roubine l'ouvrage
"Le Tsar en personne",
paru le 17 septembre aux éditions Les Arènes, qui déconstruit sans concession l'ascension politique et l'intimité du président russe. Ce pavé de 800 pages, élaboré à partir d'entretiens menés auprès de quelque 300 personnes dont des proches et des membres du premier cercle du Kremlin, démêle avec une précision méthodique les fils de la corruption systémique, des mensonges d'État, des liaisons extraconjugales et des connexions opaques avec le crime organisé qui caractérisent l'exercice du pouvoir poutinien depuis plus de vingt ans. L'enquête a récemment été couronnée par le Grand Prix Strasbourg/Crédit Mutuel, récompensant un travail journalistique jugé périlleux par les organisateurs du fait des risques encourus par les auteurs.Mathilde Reumaux, co-secrétaire générale du Prix, a souligné à l'AFP la dimension exceptionnelle de cette recherche documentaire. Selon elle, l'ouvrage montre notamment
"à quel point Vladimir Poutine est devenu prisonnier de son propre système",
tout en rappelant que l'engagement des auteurs "n'est pas juste un mot, mais une question de vie et de mort".
Analyse d'un régime et frustrations de l'exil
Par ailleurs, Roman Badanine observe avec une frustration constante l'évolution des analyses occidentales sur la Russie, qu'il juge souvent de médiocre qualité et déconnectées de la réalité des dynamiques internes au régime. Toutefois, il met en garde avec insistance contre la tendance répandue à sous-estimer le dirigeant de 73 ans, fermement au pouvoir depuis 2000.
"Il est devenu un sujet de moquerie. Mais malheureusement, Poutine n'est pas stupide. Et Poutine n'est, visiblement, pas lâche",
a-t-il affirmé lors de son entretien parisien. Selon ses informations recueillies auprès de sources proches du pouvoir, la majeure partie de l'entourage présidentiel souhaiterait l'arrêt des hostilités en Ukraine, les commandants militaires étant également sensibles au coût humain des opérations sur le terrain.De plus, le journaliste assure que personne au sein des services de sécurité fédéraux n'incite actuellement Poutine à des actions expansionnistes démesurées comme
"Attaquons la Lituanie"
ou "Allons jusqu'à Lviv"
. Il analyse plutôt le conflit comme le résultat d'ambitions personnelles démesurées et d'une volonté de démonstration de force : au départ, le chef du Kremlin visait une victoire éclair pour asseoir son autorité tant sur le plan intérieur qu'international, cherchant à prouver qu'il incarnait "un homme, un vrai",
selon le terme russe "moujik"
aux fortes connotations machistes et populaires.Impasse ukrainienne et avenir démocratique
En outre, Roman Badanine estime que le dirigeant russe s'est enlisé dans une posture belliqueuse sans issue apparente face à la résistance ukrainienne et au soutien occidental. Quatre ans et demi après le début de ce qui constitue le plus grand conflit armé en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, Poutine nourrirait selon lui une vision paranoïaque d'un encerclement généralisé de la Russie.
"Tout le monde est contre moi. Je ne peux pas faire machine arrière",
résume-t-il la pensée présidentielle actuelle, soulignant que le retrait militaire est désormais perçu comme politiquement impossible par le Kremlin, prisonnier de sa propre rhétorique guerrière.Les deux auteurs ont quitté la Russie en 2021, après une perquisition musclée de leurs domiciles par le FSB, les services de sécurité héritiers du KGB qui constituent selon eux l'ossature répressive du régime. Ils travaillent actuellement à un documentaire consacré à cette institution, que Roman Badanine considère comme l'obstacle majeur à toute démocratisation future du pays.
"C'est la plus grande menace pour tout ce qui vit là-bas",
a-t-il indiqué, précisant qu'il ne ramènera pas sa famille dans leur patrie d'origine tant que cette structure n'aura pas été entièrement démantelée et purgée de ses réseaux d'influence.Dans ce contexte de tensions géopolitiques persistantes, il a adressé un conseil solennel au futur locataire de l'Élysée, qui succédera à Emmanuel Macron après l'élection présidentielle française de l'an prochain.
"Souvenez-vous que tout ce que vous faites avec Poutine sera, d'abord et avant tout, utilisé par Poutine pour renforcer son emprise sur le pouvoir en Russie",
a-t-il conclu, mettant en garde contre l'illusion d'une coopération apaisante avec le Kremlin.À lire également:

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