17 octobre 1961: Abdallah Zekri refuse l'oubli, 65 ans après
17:59, 20/10/2026, mardiM: Mise à jour: 09:25, 21/10/2026, mercredi
Yeni Şafak

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Abdallah Zekri, dan sune interview exclusive revient sur les commémorations du 7 octobre 2026.Soixante-cinq ans après le massacre du 17 octobre 1961, Abdallah Zekri, recteur de la mosquée de Nîmes et vice-président du CFCM, s'exprime sur Nouvelle Aube. Il dénonce une reconnaissance française tardive, l'impunité de Maurice Papon et une algérophobie entretenue par l'extrême droite. Il refuse que cette mémoire s'efface et appelle à la transmettre aux jeunes générations. Il évoque aussi le rôle des mosquées et les enjeux électoraux de 2027.
Soixante-cinq ans plus tard, le massacre du 17 octobre 1961 reste une plaie ouverte. Nouvelle Aube a reçu Abdallah Zekri, recteur de la mosquée de Nîmes, vice-président du CFCM et président du Collectif des Mozabites en Europe.
Il revient sur la mémoire de cette nuit, sur l'attitude de l'État français et sur ce qu'il appelle l'algérophobie. Son discours est sans détour.
Pourquoi la commémoration du 17 octobre 1961 reste essentielle
Abdallah Zekri rappelle d'abord les faits. Nous sommes alors en pleine guerre d'Algérie. Le préfet de police de Paris, Maurice Papon, impose un couvre-feu qui vise uniquement les Algériens de la région parisienne. Cette mesure est
"naturellement discriminatoire".
Pourtant, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens à braver l'interdiction. Des hommes, des femmes et même des enfants descendent alors dans la rue. La répression est immédiate. Les manifestants sont arrêtés en masse et enfermés dans des centres de rétention. Certains ont même été jetés vivants dans la Seine, rappelle le recteur. Il parle d'un
"massacre assez important".
Pour lui, il ne faut surtout pas laisser cette page tomber dans l'oubli. Elle appartient à l'histoire de l'Algérie. En effet, les Algériens de France ont pris part à la lutte de libération nationale. La guerre ne s'est pas jouée seulement dans les maquis algériens.
C'est pourquoi il défend une mémoire transmise aux jeunes.
"Il faut qu'ils connaissent l'histoire de leur pays"
, insiste-t-il. Cette mémoire est douloureuse, mais elle doit rester vivante.Une reconnaissance tardive et incomplète par la France
Abdallah Zekri juge insuffisant le travail des autorités françaises. Il rappelle d'abord le sort de Maurice Papon. L'ancien préfet a été jugé pour son rôle sous la Seconde Guerre mondiale, car cela concernait des Juifs. En revanche, aucun procès n'a eu lieu pour les crimes commis contre les Algériens.
La reconnaissance officielle est arrivée très tard. En 2012, le président François Hollande a reconnu
"du bout des lèvres"
la gravité des faits. Ensuite, en 2021, Emmanuel Macron a condamné à son tour les violences. Il a parlé d'une tragédie longtemps occultée et passée sous silence.Selon Abdallah Zekri, ce silence avait un but précis : éviter d'impliquer les autorités françaises dans le massacre. Voilà pourquoi il refuse de se taire. Chaque année, il publie des déclarations et informe la jeunesse. Il veut qu'elle sache ce que ses parents et ses grands-parents ont vécu.
Algérophobie: pourquoi la réconciliation franco-algérienne est-elle bloquée ?
La France et l'Allemagne se sont fait la guerre pendant des siècles. Aujourd'hui, elles s'entendent bien. Pourquoi pas la France et l'Algérie ? Abdallah Zekri répond sans hésiter: à cause d'un lobby.
Il vise d'abord celui des pieds-noirs, qui n'a
"jamais accepté l'indépendance"
. Il cite aussi d'anciens membres de l'OAS, qu'il qualifie d'"organisation des animaux sauvages"
. À ses yeux, ce courant d'extrême droite entretient une hostilité durable. L'Algérie reste pour eux, dit-il, "une arête à travers la gorge".
Le recteur y voit une véritable algérophobie, qu'il dénonce en permanence. Il assure que cette hostilité sert aussi des visées électorales. Ainsi, à l'approche de la présidentielle de 2027,
"on continue à taper sur l'Algérie".
Il pointe également le traitement médiatique des récents événements. Certaines chaînes, comme CNews, attribuent tous les troubles aux banlieues. Or, selon lui, ce ne sont pas les jeunes de banlieue qui ont lancé les appels à manifester. Il dénonce un réflexe: chaque fois,
"c'est la faute de l'immigré".
Entre la France et l'Allemagne, de Gaulle et Adenauer ont su se réconcilier. Mais comment faire de même, demande-t-il, avec des héritiers de généraux à l'esprit toujours colonial ? Il le dénonce, et il le combat.
Tourner la page de l'Algérie française
Peut-on un jour tourner cette page ? Abdallah Zekri se montre prudent. Il faudra attendre
"encore une génération ou deux"
, estime-t-il, le temps que s'éteignent ceux qui "cherchent à allumer le feu"
.Il cite nommément Bruno Retailleau, Éric Zemmour et Marine Le Pen. Il refuse de recevoir des leçons de morale de leur part. Il rappelle que Jean-Marie Le Pen, père de Marine, a servi comme officier en Algérie. Selon lui, il y a reconnu avoir pratiqué la torture.
Il reproche aussi à Éric Zemmour des propos qui, dit-il, expriment une haine envers les Algériennes. Il cite l'idée de remplacer des femmes par des robots dans les EHPAD. Pour lui, un climat malsain persiste dès qu'on évoque l'Algérie.
Par ailleurs, il regrette le silence de certains responsables religieux. Il vise ceux qui se disent représentants de l'Algérie ou recteurs de grandes mosquées, et qui se taisent face à ces événements.
Le rôle d'une mosquée selon Abdallah Zekri
Interrogé sur la Grande Mosquée de Paris, il répond:
"C'est la réalité."
Il estime que certaines mosquées sont devenues des centres sociaux. On y soigne le diabète, on y fait des dépistages du cancer du sein. Or la France ne manque pas, dit-il, de médecins ni d'hôpitaux pour cela.Pour lui, la mission d'une mosquée est autre. Elle doit éduquer les jeunes à leur religion. Elle doit aussi rester un lieu de rencontre, d'échange et de fraternité. Ce n'est pas, conclut-il, un lieu où l'on s'exhibe devant les caméras.
Pour Abdallah Zekri, le 17 octobre 1961 n'est pas un simple anniversaire. C'est un devoir envers les victimes et envers les générations futures. Tant que la reconnaissance restera partielle, il continuera de parler. Nouvelle Aube poursuivra, de son côté, ce travail de mémoire et de vérité.
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