17:14, 30/10/2026, vendredi
Sophie Djigo: l'extrême droite contre les profs
Le 8 octobre, Sophie Djigo a présenté à Montreuil le livre collectif "L'extrême droite contre les profs", entourée de ses avocats. La professeure de philosophie revient, dans une interview exclusive pour Nouvelle Aube, sur la campagne de cyberharcèlement subie en novembre 2022 après une sortie pédagogique à Calais. En mars 2026, cinq personnes ont été condamnées, alors que les responsables politiques poursuivis pour diffamation ont échappé à toute condamnation.
Le jeudi 8 octobre, la librairie des éditions Libertalia, à Montreuil, a accueilli
Sophie Djigo
. La professeure de philosophie et chercheuse y présentait l'ouvrage collectif "L'extrême droite contre les profs"
. Ses avocats, Raphaël Kempf et Romain Ruiz, l'accompagnaient. Christine Voltaire, qui a contribué à l'écriture du livre, était également présente.Dans une interview exclusive pour Nouvelle Aube, l'enseignante revient sur une campagne de haine. Elle a subi ce cyberharcèlement en novembre 2022. Reconquête et le Rassemblement national y ont pris part, après une sortie pédagogique sur les questions migratoires à la frontière franco-britannique.
Une soirée à Montreuil autour d'un livre collectif
Le titre de l'ouvrage annonce clairement son sujet. Il porte sur les attaques de l'extrême droite contre les enseignants. Ainsi, la rencontre de Montreuil dépasse le seul cas de Sophie Djigo. Elle pose une question plus large: comment protéger celles et ceux qui enseignent ?
Les avocats de l'enseignante étaient aussi sur place. Me Raphaël Kempf l'a représentée comme partie civile lors du procès pour cyberharcèlement. Me Romain Ruiz fait également partie de son équipe juridique.
Qui est Sophie Djigo, philosophe de terrain ?
Sophie Djigo est agrégée et docteure en philosophie. Elle enseigne en classe préparatoire au lycée Watteau, à Valenciennes (Nord). En parallèle, elle mène des recherches sur l'exil et les frontières.
Ses travaux portent notamment sur Calais. Elle a publié
"Les migrants de Calais"
en 2016. Puis "Aux frontières de la démocratie" est paru en 2019. Selon Libération, elle a aussi fondé l'association Migractions 59, qui aide les exilés de Calais.Un projet pédagogique devenu cible
Pendant l'année scolaire 2022-2023, Sophie Djigo prépare une sortie à Calais. Ses étudiants d'hypokhâgne y participent dans le cadre d'un projet intitulé
"Exil et Frontières"
. Le programme prévoit une rencontre avec des bénévoles proches des migrants.Selon Libération, le rectorat et l'inspection avaient validé ce déplacement. Pour l'enseignante, il s'agissait d'un travail ethnographique. C'est donc une démarche de recherche et de pédagogie.
Fin novembre 2022, les détails de la sortie circulent sur les réseaux sociaux. Le réseau Parents vigilants, proche de Reconquête, les diffuse. Ensuite, Reconquête et Éric Zemmour dénoncent un
"grand endoctrinement"
. Un communiqué de Reconquête puis un autre de la section Hauts-de-France du RN suivent.Une campagne de haine et de cyberharcèlement
Les messages hostiles se multiplient alors en ligne. Selon Libération, ils comprennent des menaces de mort et de viol. D'après le SNES-FSU, des informations permettant d'identifier l'enseignante circulent aussi.
Le rectorat de Lille annule la sortie
"par sécurité"
et porte plainte. Sophie Djigo vit ensuite six semaines sous protection policière avec sa famille. Elle dépose elle-même plainte.Du côté politique, le ton reste offensif. Le député RN Sébastien Chenu a jugé que l'enseignante avait agi "en militante" et non en éducatrice. Reconquête, de son côté, affirme avoir fait son devoir d'alerte.
Pourtant, l'institution avait validé le projet. Le rectorat a d'ailleurs soutenu l'enseignante en portant plainte. Cette réalité contredit l'accusation d'endoctrinement.
Sophie Djigo face à la justice
Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision en mars 2026. Six personnes, âgées de 53 à 71 ans, étaient jugées pour harcèlement moral. Le tribunal en a condamné cinq et relaxé une.
Deux prévenus écopent de huit mois de prison avec sursis pour harcèlement aggravé et menaces de mort. Trois autres reçoivent cinq mois avec sursis. De plus, chaque condamné doit suivre un stage de sensibilisation, et l'amende solidaire atteint 9 000 euros au total.
La présidente a rappelé la différence entre l'opinion et les propos violents. Selon elle, chacun a ajouté sa voix à une campagne de haine, en connaissance de cause. Pour Me Kempf, ce harcèlement reste possible grâce à des leaders d'opinion. Leurs propos semblent plus polis, mais ils attaquent tout aussi durement.
Une décision sans condamnation pour les responsables politiques
Un second procès visait neuf prévenus pour diffamation. Parmi eux figuraient Éric Zemmour et deux élus du RN. Il s'est tenu les 30 et 31 mars, et le tribunal a rendu sa décision en juin 2026.
Aucun prévenu n'a été condamné. Selon une tribune publiée par Politis, le tribunal a estimé que les propos relèvent du débat d'idées. Il les juge blessants, mais non diffamatoires. Les auteurs de la tribune, des enseignants et des chercheurs, dénoncent une décision qui menace la liberté pédagogique.
Ce contraste est frappant. D'un côté, des auteurs de messages violents sont condamnés. De l'autre, les responsables politiques qui ont relayé l'accusation d'endoctrinement sortent sans condamnation.
Pourquoi cette affaire inquiète tout le monde éducatif
Le cas de Sophie Djigo n'est pas isolé. Selon une question écrite à l'Assemblée nationale, Reconquête a créé le réseau Parents vigilants en 2022. Depuis, ce réseau a visé d'autres établissements.
Par exemple, il a réclamé l'annulation d'une rencontre entre collégiens et migrants à Creully, dans le Calvados, d'après France 3. En Vendée, il a aussi ciblé les lectures d'une professeure de collège, rapporte ActuaLitté. Ces campagnes peuvent pousser les enseignants à l'autocensure.
En effet, la liberté pédagogique s'érode sans qu'aucune loi ne change. C'est pourquoi les syndicats réagissent. Le SNES-FSU s'est ainsi porté partie civile dans le procès visant les auteurs de menaces contre Sophie Djigo.
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