Guadeloupe: la sécheresse met en péril la culture cannière
15:46, 06/09/2026, dimanche
AFP

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La sécheresse met en péril la culture cannièreLa mise en terre des plantules de canne à sucre peine à démarrer en Guadeloupe en raison d'une sécheresse sévère persistant depuis plusieurs mois, tandis que la récolte 2026 s'est déjà soldée par une baisse de 35%, selon les professionnels de la filière.
Une saison de plantation compromise
Selon les bulletins climatiques de Météo-France, la région fait face à une sécheresse exceptionnelle depuis le mois de mai, avec des rapports accumulant les superlatifs pour décrire la situation. Juillet a ainsi été qualifié de mois le plus chaud depuis 1995, et les prévisions anticipent des conditions arides jusqu'en février prochain. Par ailleurs, cette période de déficit pluviométrique persistant s'inscrit dans un contexte de dérèglement climatique global qui frappe l'ensemble de la région Caraïbes, alors même que la saison des pluies a officiellement commencé.
Face à ces conditions extrêmes, les planteurs n'ont pu procéder aux semis prévus depuis plusieurs semaines, retardant dangereusement le calendrier agricole.
"Il fait trop chaud, il ne pleut pas assez, les plantules brûleraient si on mettait en terre maintenant",
a expliqué Alex Bandou, secrétaire général de l'Union des producteurs de l'île de Guadeloupe. De plus, certains champs présentent déjà un aspect jauni, presque brûlé par l'insolation intense, tandis que d'autres restent labourés mais vierges de toute plantation, attendant des conditions météorologiques favorables qui tardent à venir.Des récoltes en déclin
La campagne 2026, achevée en juillet, s'est révélée particulièrement décevante avec seulement 312 700 tonnes de cannes récoltées, soit une réduction d'environ 35% par rapport à l'exercice précédent, selon la coopérative Union cannière de Guadeloupe. Cette organisation s'inquiète par ailleurs de la pérennité même de la filière face à ces aléas climatiques récurrents qui menacent l'activité des milliers d'exploitants dépendants de cette culture traditionnelle.
En outre, la canne à sucre occupe une place prépondérante dans l'agriculture locale puisqu'elle représente près de 50% des sols agricoles de l'archipel. Toutefois, cette domination contraste avec les autres productions : les légumes ne couvrent que 6,9% de la surface agricole utilisée, les fruits environ 3% et la banane 6,6%, selon les chiffres de l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (Iédom), soulignant la dépendance économique et territoriale vis-à-vis de cette monoculture.
L'irrigation, un défi structurel
Le manque d'infrastructures d'irrigation constitue une faiblesse majeure pour l'agriculture guadeloupéenne, particulièrement pour la culture de la canne qui reste sensible aux variations climatiques, a indiqué Sydney Henery, secrétaire générale des Jeunes agriculteurs de Guadeloupe.
"Le manque d'irrigation est un vrai sujet pour l'agriculture guadeloupéenne, et singulièrement pour la culture de la canne, ce qui la rend sensible à la sécheresse",
a-t-elle précisé. Cette problématique s'aggrave par la mobilisation fréquente des ressources agricoles pour pallier les carences du réseau d'eau potable, vétuste et mal géré, qui assèche régulièrement les robinets des habitants.Adaptation et perspectives
Les professionnels anticipent déjà une récolte 2027 tout aussi mauvaise que la précédente et préfèrent miser sur l'année 2028 pour envisager un redressement.
"A ceux qui verraient dans cette situation la fin de la filière canne, je rappelle que toutes les filières ont leur place, notamment celles qui sont structurées et structurantes",
a souligné Olivier Degenmann, directeur de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt (Daaf) de Guadeloupe. Selon la même source, le changement climatique impose d'ores et déjà d'envisager un repositionnement sur les marchés des sucres spéciaux ou le développement de variétés plus résistantes pour assurer l'avenir.Par ailleurs, une restructuration profonde de la filière s'avère nécessaire compte tenu du morcellement foncier et de la multitude de petits producteurs, alors que des options comme le déplacement de la campagne sucrière ou l'ouverture d'une deuxième récolte peinent à émerger en raison de la coordination complexe entre planteurs, ramasseurs et usiniers.
"On peut se dire qu'avec un rendement de moins de 20 tonnes par hectare de canne, on est pas sur de l'agriculture professionnelle, qui permet de vivre de son activité",
a précisé Olivier Degenmann, évoquant également un changement du régime des subventions pour favoriser la professionnalisation. Pour rappel, le territoire importe actuellement 82% de sa nourriture, ce qui renforce l'enjeu de maintenir une agriculture locale performante malgré les contraintes hydriques.À lire également:

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