Martinique : sécheresse exceptionnelle et crise agricole
14:32, 22/08/2026, samedi
AFP

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Sécheresse exceptionnelle et crise agricoleLes Antilles françaises n'ont reçu que la moitié des précipitations normales durant les mois de juin et juillet, plongeant la Martinique en alerte sécheresse et menaçant l'ensemble des filières agricoles, selon Météo-France et les services de l'État.
Un déficit pluviométrique historique
Selon les données de Météo-France, les départements français de la Martinique et de la Guadeloupe ont enregistré environ 50 % des précipitations attendues sur la période juin-juillet.
"Sur la période juin-juillet, on n'a eu environ que la moitié des pluies attendues",
a précisé Emmanuel Cloppet, directeur interrégional de Météo-France aux Antilles et en Guyane française, évoquant "un manque d'eau généralisé".
Par ailleurs, la Guadeloupe a connu son deuxième mois de juin le plus sec depuis 1991 suivi d'un mois de juillet non seulement exceptionnellement sec mais également le plus chaud depuis 1995.La préfecture de la collectivité ultramarine a placé l'île en alerte sécheresse le 17 juillet, après une première alerte en mai, soulignant que la Martinique
"connaît depuis le mois de juin une sécheresse exceptionnelle pour la saison"
et "une situation hydrologique sous grande tension".
Ce phénomène s'explique par l'influence d'El Niño, qui perturbe les cycles météorologiques habituels dans la région des Caraïbes.L'élevage touché de plein fouet
Les conséquences se font particulièrement sentir sur le secteur de l'élevage bovin. La Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique (Codem) a constaté une augmentation de plus de 25 % de la mortalité animale par rapport à 2025. "Plus de 25% de mortalité en plus", a indiqué André Prosper, président de la Codem, précisant que les bêtes
"meurent de faim"
sur des pâturages où l'herbe ne pousse plus. Selon la même source, plus de mille têtes de bétail sur les 6.000 recensées dans les exploitations affiliées se trouvent "en grande difficulté".
José Maurice, président de la chambre d'agriculture de la Martinique et exploitant agricole dans le centre de l'île, a confirmé l'ampleur du désastre.
"D'une façon globale, on est dans une situation assez catastrophique"
, a-t-il déclaré, ajoutant que le manque d'eau pénalise l'ensemble des filières. Les éleveurs font face à une raréfaction du fourrage et une hausse des coûts d'alimentation, tandis que les cultivateurs subissent des baisses de rendements et des pertes de récoltes significatives.Les cultures en détresse
La filière de la canne à sucre offre un spectacle de désolation selon les professionnels. Depuis la fin de la récolte en juin, les cultivateurs n'ont pu procéder au replantage de leurs parcelles faute d'humidité suffisante.
"J'ai perdu ce que j'ai planté"
, a témoigné Justin Céraline, président de l'Union des producteurs de canne, expliquant que les tiges destinées à la replantation "se sont desséchées".
Les agriculteurs n'ont pas pu épandre d'engrais, ce qui compromet la prochaine saison.Cette situation intervient alors que l'île avait déjà subi une sécheresse en 2025, ayant entraîné une perte d'environ 40.000 tonnes sur la récolte, soit 20 % du volume annuel. La filière accuse désormais un retard considérable. En outre, des actions de solidarité ont été mises en place entre filières : les producteurs bananiers ont ainsi livré plus de 20 m3 de fruits non commercialisables aux éleveurs pour nourrir le bétail.
Perspectives et adaptation
Les autorités travaillent à la reconnaissance de l'état de calamité agricole, comme l'a indiqué Bertrand Hateau, directeur adjoint à la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF). Une rencontre est prévue le 25 août entre le préfet Etienne Desplanques et les représentants des filières pour faire le point sur la situation.
Toutefois, ces épisodes de sécheresse risquent de devenir récurrents. Selon Météo-France, le dérèglement climatique devrait entraîner une intensification des périodes de sécheresse aux Antilles.
"Ce que l'on observe en 2026, ça préfigure ce que l'on attend dans les décennies à venir, avec une baisse des précipitations annuelles et une arrivée plus tardive de la saison des pluies",
a anticipé Emmanuel Cloppet. Les agriculteurs devront s'adapter durablement, notamment en stockant du fourrage chaque année pour faire face aux futures crises.A lire également:

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