Ils ont encore oublié Srebrenica

David Bizet
16:33, 13/07/2026, lundi
Yeni Şafak
Ils ont encore oublié Srebrenica
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31 ans après Srebrenica, les politiques français n'ont pas commémoré ce génocide. Un silence qui interroge.

Trente et un ans après le génocide de Srebrenica, reconnu par la justice internationale et commémoré par l'ONU chaque 11 juillet, la classe politique française est restée silencieuse, en pleine période électorale. Cette tribune dénonce un deux poids deux mesures mémoriel : prompts à qualifier 1915 de "génocide" pour accabler la Türkiye, les mêmes ignorent Srebrenica, les Tcherkesses, les Tatars et les musulmans des Balkans. Les musulmans refusent ces leçons sélectives.

Le 11 juillet dernier, des milliers de personnes se sont recueillies à Potocari, en Bosnie-Herzégovine, pour le 31e anniversaire du génocide de Srebrenica. En France, ce jour-là, le silence. Un silence qui en dit long.


Un génocide à deux heures d'avion de Paris


Rappelons les faits, puisqu'il faut visiblement les rappeler chaque année. En juillet 1995, plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques ont été systématiquement exécutés par les forces serbes de Bosnie, sous les yeux d'une communauté internationale qui avait proclamé Srebrenica "zone protégée".

Ce massacre a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, puis par la Cour internationale de justice. Depuis 2024, une résolution des Nations unies que la France a votée fait du 11 juillet la Journée internationale de commémoration de ce génocide.

Tout y est: la qualification juridique, la reconnaissance internationale, la journée officielle. Et pourtant, ce 11 juillet, la classe politique française a regardé ailleurs. Ce génocide n'a pas eu lieu au bout du monde. Il a eu lieu en Europe, à deux heures d'avion de Paris, cinquante ans après la Shoah et le "plus jamais ça".


Le silence des donneurs de leçons


Nous, musulmans français, avons droit toute l'année aux leçons de mémoire, aux injonctions à la vigilance, aux procès en séparatisme dès que nous relevons la tête. De gauche comme de droite, les moralistes ne manquent jamais une occasion de nous expliquer ce que commémorer veut dire.

Or ces mêmes donneurs de leçons ont, cette année encore, "oublié" Srebrenica. Nous sommes en pleine période électorale, les candidats déclarés à la présidentielle multiplient les déclarations mémorielles à destination de tous les électorats. Combien d'entre eux ont eu un mot, un seul, pour les 8 372 victimes de Srebrenica ? Aucun. Les élus et officiels qui ont marqué cette journée se comptent sur les doigts d'une main.

Faut-il en conclure que les musulmans sont électoralement invisibles ? Ou pire, que leurs morts ne pèsent rien dans la balance mémorielle de la République ?


Une unanimité à géométrie variable


Le contraste est d'autant plus saisissant que cette même classe politique retrouve toute son énergie mémorielle dès qu'il s'agit d'attaquer la Türkiye. Sur la tragédie de 1915, qu'ils n'hésitent pas à qualifier de "génocide", tous sont unanimes, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Là, plus d'oubli, plus de silence: des lois mémorielles, des journées nationales, des condamnations rituelles, et la volonté affichée de contraindre par la force quiconque émet des réserves sur l'emploi du terme.

Nous ne demandons pas moins de mémoire pour les uns. Nous constatons qu'il n'y en a aucune pour les autres. Un génocide reconnu par deux juridictions internationales, commis au cœur de l'Europe il y a trente et un ans, pèse moins dans le débat public français qu'une qualification contestée portant sur des événements vieux de plus d'un siècle, survenus dans un empire en guerre, à des milliers de kilomètres.

Car Srebrenica n'est pas une exception. C'est la règle. Qui, parmi nos moralistes, a jamais commémoré le génocide des Tcherkesses, exterminés et déportés par l'Empire russe en 1864 ? Celui des Tatars de Crimée, déportés en masse par Staline en 1944 ? Celui des Abkhazes, chassés de leurs terres au XIXe siècle ? Qui a eu un mot pour les millions de musulmans des Balkans massacrés et expulsés lors des guerres de 1877-1878 et de 1912-1913 ? Qui a dénoncé la tentative d'assimilation forcée des musulmans de Bulgarie, ce "processus de renaissance" qui, dans les années 1980, interdisait jusqu'à leurs prénoms et a contraint des centaines de milliers d'entre eux à l'exil ?

Personne. Ces tragédies n'existent pas dans la conscience mémorielle occidentale. Elles n'ont ni journée, ni loi, ni minute de silence. Leurs victimes ont un tort: elles étaient musulmanes.


Sommes-nous des humains comme les autres ?


Alors la question mérite d'être posée, calmement mais fermement : sommes-nous des humains ou des sous-humains aux yeux de la bien-pensance ? Nos morts valent-ils moins que les autres ? Ou bien le véritable crime de la Türkiye est-il d'avoir résisté, hier comme aujourd'hui, à ceux qui voulaient rayer les musulmans de la carte ?

Nous, musulmans, n'avons pas attendu les leçons des uns et des autres pour honorer toutes les victimes, sans distinction de foi. Mais qu'on ne vienne plus nous parler de devoir de mémoire à géométrie variable. Tant que Srebrenica restera un angle mort de la conscience française, tant que les génocides subis par les musulmans seront traités comme des notes de bas de page de l'Histoire, nous le dirons sans trembler : nous n'avons de leçon à recevoir de personne.


David Bizet

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