Sénégal : interdiction d'une rencontre d'opposants guinéens à Dakar
10:34, 12/07/2026, dimanche
AFP

Photo par PATRICK MEINHARDT / AFP
Des habitants assistent à la régate annuelle de Ngor, au large de l'île de Ngor, à Dakar, le 4 juillet 2026.Les autorités sénégalaises ont interdit une rencontre d'opposants guinéens prévue jeudi à Dakar pour dénoncer les violations des droits humains en Guinée, sur décision de la Direction générale de la surveillance du territoire nationale (DST), ont indiqué les organisateurs.
Interdiction de la rencontre par les autorités sénégalaises
Selon les organisateurs, les autorités sénégalaises ont exigé l'annulation de cette rencontre prévue jeudi à Dakar, sur décision de la Direction générale de la surveillance du territoire national (DST), sans que les autorités ne se soient exprimées publiquement sur les motifs de cette interdiction. Cette rencontre devait marquer le deuxième anniversaire de la disparition des activistes Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, critiques du régime de Conakry, dans un contexte où les enlèvements et disparitions forcées se multiplient dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.
Multiplication des disparitions forcées
La rencontre visait à dénoncer les violations des droits de l'homme sous le régime du président Mamadi Doumbouya, qui a pris le pouvoir par un putsch en 2021. Par ailleurs, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dont faisaient partie les deux opposants disparus, a publié cette semaine une liste de 24 personnes qu'il tient pour responsables des cas de disparitions forcées dans le pays, avec en tête le président Doumbouya. De plus, l'organisation Tournons La Page, qui regroupe des mouvements citoyens d'une dizaine de pays africains, a documenté une trentaine de cas de disparitions forcées en Guinée.
Réactions des organisations de défense des droits humains
Sept ONG et mouvements citoyens ont exprimé leur
"profonde préoccupation face à cette interdiction"
dans un communiqué publié samedi, signé notamment par Africajom center et la section sénégalaise d'Amnesty. "Cette situation est d'autant plus préoccupante que le Sénégal a historiquement joué un rôle important dans l'accueil de nombreux Africains persécutés. Empêcher la tenue d'une manifestation pacifique consacrée aux droits humains et à la recherche de la vérité constitue une rupture avec cette tradition"
, ont-ils affirmé. Les signataires réclament également une "enquête indépendante"
sur la disparition de MM. Menguè et Bah ainsi que la "libération immédiate et sans condition de toutes les personnes détenues arbitrairement"
.Contexte répressif et actions judiciaires
Depuis la prise de pouvoir de M. Doumbouya, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations sont interdites depuis 2022 et réprimées, tandis que de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil. Les avocats des épouses de Billo Bah et Foniké Menguè ont de nouveau saisi la justice française jeudi, visant nommément le président Doumbouya et assurant disposer d'éléments attestant de sa nationalité française. Pour rappel, les disparitions forcées et enlèvements des voix dissidentes et de leurs proches se sont multipliés dans ce pays, où le régime militaire dirigé d'une main de fer par le président Doumbouya fait l'objet de critiques croissantes de la part de la communauté internationale.
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