Kenya : MSF forme des soignants contre Ebola
10:27, 12/07/2026, dimanche
AFP

Photo par TONY KARUMBA / AFP
Un professionnel de santé simule les protocoles de sécurité à respecter lors du retrait des équipements de protection individuelle (EPI) lors d'une formation organisée par l'organisation humanitaire médicale Médecins Sans Frontières (MSF) visant à renforcer les capacités régionales d'intervention d'urgence face au virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), à Ongata Rongai, dans le comté de Kajiado au Kenya, le 10 juillet 2026.Selon Médecins sans Frontières, une formation intensive se déroule à Nairobi pour préparer des professionnels de santé à lutter contre l'épidémie d'Ebola qui a fait plus de 600 morts en République démocratique du Congo, dans un contexte marqué par la propagation rapide du virus et la dangerosité des zones de conflit.
Une épidémie record dans l'est de la RDC
Selon Médecins sans Frontières (MSF), une formation d'urgence s'est ouverte à Nairobi pour préparer des professionnels de santé à affronter la flambée épidémique qui frappe le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Déclarée le 15 mai, cette épidémie d'Ebola se propage à une vitesse inédite, dépassant déjà les 600 décès recensés dans une zone marquée par la pauvreté extrême et l'insécurité chronique, où opèrent de nombreux groupes armés qui compliquent l'accès aux populations. Par ailleurs, les données sanitaires révèlent que sur plus de 1 700 cas confirmés, 112 concernent des personnels soignants dont 35 sont décédés, soulignant la dangerosité particulière de ce virus hémorragique extrêmement contagieux transmis par les fluides corporels des malades, vivants ou morts.
Protocoles stricts et équipement contraignant
Dix professionnels suivent actuellement cette préparation au centre de formation de MSF, apprenant à maîtriser l'équipement de protection individuelle (EPI) qui constitue leur seule barrière contre l'infection mortelle. Cette tenue comprend une combinaison jaune étanche, des bottes en caoutchouc, un tablier, une cagoule avec collerette, un masque, des lunettes et deux paires de gants, transformant chaque intervention en épreuve d'endurance sous les climats chauds et humides de la région.
"On a des connaissances et on pense qu'on peut gérer ce genre d'épidémie, mais une fois qu'on est dans un EPI (Equipement de Protection Individuelle), là c'est une autre réalité"
, a affirmé Cissé Papa Ndiaga, responsable de la promotion de la santé sur le terrain.De plus, les participants doivent effectuer leurs missions obligatoirement en binôme, le partenaire restant constamment vigilant pour détecter les signes de malaise ou les erreurs de manipulation. L'habillage et le déshabillage constituent des phases critiques où le moindre faux mouvement peut entraîner une contamination fatale, notamment lors du retrait méticuleux des couches de protection imprégnées de sueur sous le regard attentif du collègue qui pulvérise en continu une solution désinfectante sur les surfaces et les équipements.
Gestion du stress et dimension psychologique
La dangerosité du virus Ebola, qui a fait plus de 15 000 victimes en Afrique au cours des cinquante dernières années, engendre une pression psychologique intense que les soignants doivent apprendre à dominer pour rester efficaces.
"Il faut gérer le stress, ainsi que celui des collègues et du patient"
, a souligné Cissé Papa Ndiaga, âgé de 43 ans et vétéran de l'épidémie d'Afrique de l'Ouest qui avait fait 28 000 morts entre 2013 et 2016. Toutefois, la confiance mutuelle au sein des équipes apparaît comme un élément fondamental pour garantir la sécurité de tous, surtout dans un contexte où l'isolement des patients et la prise en charge des cadavres hautement contagieux suscitent la peur.Diana Corben, coordinatrice médicale adjointe de MSF en Centrafrique et médecin de 37 ans sans expérience préalable d'Ebola, a insisté sur cette dimension humaine.
"Je ne considère pas effrayant de devoir s'occuper d'Ebola si l'on est conscient des mesures à prendre",
a-t-elle indiqué, ajoutant que "c'est plus effrayant si l'on ne fait pas confiance aux membres de son équipe"
. Selon la même source, un projet MSF situé à proximité immédiate de la frontière congolaise nécessite cette préparation rigoureuse pour anticiper toute propagation du virus vers d'autres territoires.Simulation et engagement communautaire
En outre, la formation met l'accent sur les techniques d'approche des communautés locales, cruciales pour l'acceptation des mesures sanitaires et la rupture des chaînes de transmission. Angela Thiong'o, responsable du centre de MSF, a expliqué qu'un contact bien établi
"aide à établir la confiance"
et que "quand la population comprend la nécessité de mesures sanitaires, elle est plus susceptible de coopérer".
Les participants simulent ainsi des scénarios réalistes, examinant une femme se plaignant de fièvre et de vomissements ou procédant au déplacement d'un corps avec les précautions requises, tout en apprenant à convaincre les patients récalcitrants de se soumettre aux tests et à l'isolement.Le centre nairobiot a déjà formé une centaine de membres du personnel MSF et devrait accueillir prochainement des employés du ministère kényan de la Santé et d'autres organisations non gouvernementales.
"Ici on pouvait se permettre de faire des erreurs"
, a rappelé Cissé Papa Ndiaga alors qu'il prépare son déploiement imminent à Bunia, épicentre de l'épidémie en RDC, où "les erreurs ne sont pas permises".
Pour rappel, l'épidémie actuelle constitue la deuxième plus meurtrière de l'histoire après celle d'Afrique de l'Ouest, soulignant l'impérieuse nécessité de ces préparatifs intensifs face à un virus qui ne tolère aucune négligence.À lire également:

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