Les combats continuent en RDC malgré les accords, selon l'ONU
13:55, 01/10/2026, jeudi
AA

X
Le représentant permanent de la RDC auprès de l'ONU, Zenon Ngay Mukongo.Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni mardi pour examiner la situation en RDC, où les affrontements persistent malgré les accords de paix, tandis qu'une épidémie d'Ebola a fait près de 3 900 morts selon les données présentées.
Kinshasa dénonce l'agression rwandaise
Le Conseil de sécurité s'est réuni mardi à New York pour évaluer la crise qui secoue l'est de la République démocratique du Congo, où les combats entre forces gouvernementales et rebelles du M23 continuent de faire rage en dépit des multiples accords signés ces derniers mois.
Selon les informations présentées lors de cette session, la RDC fait également face à sa pire épidémie d'Ebola, ayant déjà causé la mort de près de 3 900 personnes.
Le représentant permanent de la RDC auprès de l'ONU, Zenon Ngay Mukongo, a soumis une demande ferme aux membres du Conseil concernant la participation des contingents rwandais aux opérations de maintien de la paix.
Il a estimé que l'institution onusienne
"ne peut rester indifférent"
face à l'insécurité persistante qui frappe l'est de son pays, assurant que Kinshasa continuerait à défendre son territoire malgré ce qu'il a qualifié de "mauvaise foi manifeste"
des agresseurs. Le diplomate a notamment évoqué une frappe de drone attribuée aux Forces de défense du Rwanda contre une position congolaise à Pinga le 20 septembre, faisant cinq morts.
"Le Conseil ne peut pas exiger des engagements sans garantir leur mise en œuvre par toutes les parties"
, a-t-il déclaré. Il a ainsi plaidé pour la suspension immédiate de la participation, du déploiement et de la rotation des contingents rwandais dans les opérations onusiennes jusqu'au retrait effectif des forces rwandaises du sol congolais.
"Le Conseil ne peut pas tolérer, au sein de ses opérations de maintien de la paix, des membres qui jouent à la fois le rôle de pompiers et de pyromanes",
a-t-il ajouté, précisant que "l'autorité même de ce Conseil et la crédibilité de ses décisions sont en jeu"
.Appels régionaux à l'action humanitaire
Par ailleurs, le représentant permanent du Burundi, Zéphyrin Maniratanga, a rappelé que la région des Grands Lacs subit depuis des décennies des
"cycles dévastateurs de violence"
. Selon lui, les causes structurelles de cette instabilité sont connues et le Conseil a déjà adopté plusieurs résolutions pour y répondre.
"La question est désormais celle de la mise en œuvre effective des décisions déjà adoptées"
, a-t-il déclaré, ajoutant que "nous ne pouvons pas attendre une nouvelle flambée de violence pour adopter une nouvelle résolution alors que les engagements précédents restent insuffisamment appliqués".
Le diplomate burundais a appelé à passer
"de la réaction à la prévention, à la mise en œuvre et à la responsabilisation"
. Il a également attiré l'attention sur les conséquences humanitaires de la crise pour les pays voisins, notamment le Burundi qui accueille un nombre important de réfugiés congolais. "Cette solidarité fait peser une lourde charge sur un pays aux ressources limitées et sur les communautés qui accueillent ces familles"
, a-t-il souligné, appelant la communauté internationale à "pleinement prendre en compte" cette réalité.De son côté, le représentant permanent de la Tanzanie, Togolani Edriss Mavura, s'est inquiété des pertes civiles, des déplacements massifs et de l'augmentation des violences sexuelles et fondées sur le genre. Il a également pointé la gravité de l'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement dans le pays.
Le diplomate a appelé à renforcer le soutien au plan de réponse humanitaire pour 2026, qui reste à moitié financé.
"Le manque de financement devrait interpeller notre conscience"
, a-t-il déclaré. Sur le plan sécuritaire, il a estimé que le plein respect des accords de cessez-le-feu constituait un élément essentiel pour parvenir à une désescalade, saluant les opérations de surveillance menées par la MONUSCO dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Kigali met en avant la menace des FDLR
Le représentant permanent du Rwanda, Karoli Martin Ngoga, a concentré son intervention sur la menace que Kigali attribue aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Rappelant que les Nations unies ont consacré plus de 30 milliards de dollars depuis 1999 pour répondre à la crise sécuritaire dans l'est de la RDC, il a estimé que
"les principaux défis sécuritaires qui ont régulièrement conduit cette crise régionale devant le Conseil restent sans solution". "Les FDLR doivent être neutralisées, et cette neutralisation doit être effective, complète et vérifiable"
, a-t-il déclaré.Selon le diplomate rwandais, la présence persistante des FDLR dans l'est de la RDC, leur
"idéologie génocidaire"
ainsi que leur collaboration avec le gouvernement congolais constituent une "menace directe et existentielle pour la sécurité du Rwanda".
"C'est ainsi que le Rwanda comprend cette menace, et c'est ainsi que nous devons la traiter. C'est une menace immédiate, elle n'est pas lointaine"
, a-t-il insisté. Il a également rappelé que 120 anciens combattants des FDLR avaient été rapatriés vers le Rwanda le 8 septembre dernier.
Le commerce des minerais au cœur du conflit
En outre, la présidente du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, Néné Bintu Iragi, a dénoncé le rôle du secteur minier dans la perpétuation des hostilités.
"L'est n'est plus en crise, il est en train de s'effondrer"
, a-t-elle déclaré. Dans les zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu contrôlées par le M23, elle a affirmé qu'une
"administration parallèle taxe et extorque illégalement nos compatriotes sous la menace des armes"
, une situation qui s'inscrit selon elle dans une stratégie visant à "terroriser et réprimer la population locale".
"Il est impossible de comprendre cette guerre sans s'attaquer à ce qui l'alimente : nos minerais"
, a-t-elle affirmé. Elle a notamment cité la cassitérite, le coltan et l'or, dont l'extraction artisanale serait réalisée sous la contrainte de groupes armés. Le minerai serait ensuite taxé sur les sites d'extraction, transporté vers d'autres zones où il est mélangé afin de masquer son origine, avant d'être exporté par l'intermédiaire de maisons de négoce.
"Chaque tonne de coltan qui quitte illégalement le pays finance l'achat d'armes et le recrutement de nos enfants"
, a-t-elle dénoncé.Elle a également rappelé que les normes de l'OCDE imposent aux entreprises qui achètent des minerais congolais de vérifier leur origine.
"Sur le terrain, de nombreux acheteurs ferment les yeux"
, a-t-elle toutefois déploré. "Tant que des personnes pourront tuer pour contrôler une mine et vendre sa production à l'international sans subir de conséquences, cette guerre ne prendra jamais fin"
, a-t-elle conclu.Contexte des accords et bilan sanitaire
Les débats du Conseil de sécurité interviennent alors que plusieurs initiatives diplomatiques ont été engagées pour tenter de mettre fin aux combats.
Kinshasa et Kigali ont signé les Accords de Washington en décembre 2025, tandis que le gouvernement congolais et le M23 ont conclu un cadre de paix à Doha un mois auparavant. Malgré ces engagements, les affrontements se poursuivent dans plusieurs zones de l'est du pays.
La RDC accuse par ailleurs les forces rwandaises et le M23 d'avoir tué plus de 300 personnes en juin et juillet dans des zones sous leur contrôle, accusations rejetées par Kigali.
Selon les données présentées lors de la réunion, l'épidémie d'Ebola a touché sept provinces de la RDC et comptait, au 26 septembre, plus de 8 000 cas confirmés.
Pour rappel, le mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) doit être renouvelé en décembre prochain, alors que le dialogue entre la mission et le gouvernement congolais se poursuit sur sa future configuration.
A lire également:

International
RDC : 3 924 morts dans l'épidémie d'Ebola

International
RDC : 14 morts dans un crash aérien au sud-ouest

International
Ebola en RDC : Washington annonce 267 millions d'aide supplémentaire

International
RDC : Ebola dépasse 7 500 cas confirmés dans sept provinces

International
RDC : 33 morts dans un accident de camion au Haut-Katanga


