Kenya : la répression contre les commerçants étrangers suscite l’inquiétude au sein des communautés migrantes
11:41, 10/09/2026, jeudi
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SIMON MAINAAFP
Des ressortissants burundais se rassemblent devant leur ambassade pour demander des laissez-passer, alors qu'ils s'apprêtent à rentrer dans leur pays suite à la directive du gouvernement kenyan concernant les petits commerçants sans papiers, à Nairobi, le 7 septembre 2026.Le président kényan William Ruto a ordonné la fermeture des petits commerces exploités par des étrangers, suscitant l'inquiétude des communautés burundaise et congolaise, tandis que le gouvernement annonce une période de régularisation de 90 jours.
Mesures restrictives et régularisation
Selon des sources officielles, le chef de l'État kényan a instruit les autorités de fermer les petits commerces tenus par des ressortissants étrangers, considérant que ces activités de proximité devaient être réservées aux nationaux.
Face aux réactions suscitées par cette décision, une période de 90 jours a été annoncée pour permettre la régularisation des documents, notamment les permis de travail et les licences commerciales.
Le porte-parole de la présidence, Hussein Mohamed, a affirmé que les autorités ne toléreraient
"aucune forme de harcèlement, d'intimidation ou de xénophobie"
à l'égard des migrants. Il a précisé que ce délai visait notamment à permettre l'accès aux services essentiels et la mise en conformité avec la législation locale, selon la même source.Tensions dans les quartiers informels
Par ailleurs, les conséquences se font déjà sentir dans la capitale, notamment dans le quartier informel de Kibera.
Selon des témoignages recueillis par NPR, plusieurs migrants hésitent désormais à poursuivre leurs activités commerciales par peur d'éventuelles mesures de répression, et certains véhicules appartenant à des ressortissants étrangers ne circulent plus comme auparavant.
Dans une station de matatus, James Mogaka témoigne de l'absence des conducteurs étrangers.
"Aujourd'hui, ils ne sont pas venus. Leurs véhicules ne sont pas là",
a-t-il indiqué, selon NPR. Il a également raconté qu'un de ses chauffeurs avait cessé de travailler par crainte pour son épouse burundaise tenant un commerce de fruits.
"Le chauffeur a même peur que des gens viennent chasser sa femme. Je ne sais vraiment pas où tout cela va nous mener"
, a-t-il ajouté.De plus, des ressortissants burundais se sont rendus en nombre à leur ambassade à Nairobi pour obtenir des documents de voyage et envisager un retour au pays, certains affirmant craindre pour leur sécurité malgré l'annonce de l'amnistie de 90 jours par les autorités kényanes.
Clivages au sein de la société kényane
Toutefois, la décision présidentiale divise l'opinion publique kényane. Certains commerçants locaux soutiennent le chef de l'État, estimant que la présence de ressortissants étrangers dans le petit commerce accentue la concurrence et réduit les opportunités économiques pour les Kényans.
"Je suis d'accord avec lui. Le gouvernement doit protéger les commerçants et les petits entrepreneurs"
, a déclaré Kiprono Kutuny, cité par NPR.D'autres voix s'élèvent toutefois contre cette politique. Le commerçant Robert Kiberenge estime que le gouvernement devrait se concentrer sur les problèmes économiques structurels plutôt que de s'en prendre aux étrangers.
"Nous n'avons aucun problème avec les étrangers qui exercent de petites activités commerciales au Kenya"
, a-t-il déclaré, selon la même source.En outre, l'économiste Edward Kusewa a souligné que ces travailleurs contribuaient significativement aux recettes fiscales.
"Ces personnes contribuent beaucoup à l'économie. Elles paient directement des impôts et je pense que cela aura un impact sur l'économie kényane"
, a-t-il affirmé. Il estime également que cette politique pourrait entrer en contradiction avec les principes de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).Contexte économique et démographique
Selon des données citées par NPR, près de 993 000 migrants internationaux vivaient au Kenya en 2024.
Parmi eux, les ressortissants burundais et congolais sont particulièrement concernés par ces restrictions dans le secteur informel, et le gouvernement assure que les étrangers en situation régulière pourront continuer leurs activités dans les secteurs autorisés.
Pour rappel, cette mesure intervient dans un contexte de difficultés économiques et de préoccupations concernant l'emploi et le coût de la vie, à l'approche de l'élection présidentielle prévue l'année prochaine.
Les critiques du président l'accusent de chercher à faire porter aux étrangers une partie de la responsabilité des difficultés économiques du pays à l'approche du scrutin.
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