15:40, 14/08/2026, vendredi
Soudan: les accusations de trafic d’organes qui émergent de la guerre
Alors que la guerre au Soudan provoque massacres, déplacements forcés et disparitions, de graves accusations font émerger une autre réalité : celle d’un possible trafic d’organes humains. Le gouvernement soudanais accuse notamment les Forces de soutien rapide (FSR) de prélèvements sur des détenus. Des personnels médicaux étrangers sont également mis en cause. En Égypte, des recherches universitaires documentent depuis plusieurs années l’exploitation de migrants soudanais vulnérables par des réseaux de trafic d’organes.
Ce que vous allez entendre figure parmi les accusations les plus glaçantes liées à la guerre au Soudan.
Derrière les massacres, les déplacements forcés et les disparitions, un autre marché est évoqué: celui du trafic d’organes humains.
Des prisonniers seraient victimes de prélèvements forcés. Des réfugiés et des migrants seraient également ciblés par des réseaux d’exploitation.
Des intermédiaires et des personnels médicaux sont accusés d’être impliqués. Des ressortissants de plusieurs pays sont également cités dans les accusations formulées par les autorités soudanaises.
Depuis le début de la guerre, les Forces de soutien rapide sont accusées de nombreuses atrocités contre les civils. Une accusation particulièrement grave concerne désormais de possibles prélèvements d’organes sur des détenus.
Des accusations visant des prisons contrôlées par les FSR
Le gouvernement soudanais affirme que des personnels médicaux étrangers auraient été présents dans des centres de détention contrôlés par les FSR.
Selon les autorités soudanaises, des médecins venus notamment d’Israël, de Colombie et de Serbie auraient opéré dans une prison de Nyala.
Les autorités affirment également que certains prisonniers civils auraient subi des prélèvements d’organes avant d’être tués.
Toujours selon ces accusations, certains détenus auraient ensuite été enterrés clandestinement. L’objectif aurait été de dissimuler les corps et d’effacer les éventuelles preuves.
Ces accusations ont été transmises aux Nations unies par le gouvernement soudanais en juin 2026, selon le Sudan Tribune.
Les autorités soudanaises affirment que des personnels médicaux étrangers auraient participé à des prélèvements d’organes sur des détenus à Nyala. Elles soutiennent également que certains corps auraient été enterrés clandestinement.
Les FSR ont, de leur côté, rejeté les accusations d’atrocités systématiques contre les civils.
À ce stade, les accusations de trafic d’organes au Soudan restent donc à établir. Une enquête indépendante est nécessaire pour déterminer si ces faits ont réellement eu lieu.
Égypte: un trafic d’organes déjà documenté
Ces accusations prennent une autre dimension lorsqu’elles sont mises en perspective avec la situation de migrants soudanais en Égypte.
Le trafic d’organes impliquant des populations soudanaises vulnérables y fait l’objet de recherches universitaires depuis plusieurs années.
Le chercheur Seán Columb a notamment étudié les réseaux de trafic d’organes au Caire. Ses travaux reposent notamment sur des entretiens avec des migrants soudanais et d’autres populations vulnérables.
Ses recherches montrent comment la précarité économique, le statut migratoire et les réseaux de passeurs peuvent exposer certaines personnes à l’exploitation de leurs organes.
Certains témoignages recueillis dans ses travaux évoquent des prélèvements réalisés dans des conditions de contrainte, de tromperie ou d’exploitation.
Dans une étude plus récente, Columb documente notamment le cas de migrants auxquels des intermédiaires auraient proposé de vendre un rein pour financer leur voyage vers l’Europe.
Certains témoignages décrivent également des personnes trompées ou contraintes avant de subir une opération.
Quand la vulnérabilité devient une marchandise
Les victimes potentielles appartiennent souvent aux populations les plus vulnérables: personnes ayant fui la guerre, migrants sans ressources et réfugiés séparés de leurs familles.
Un témoignage étudié par Seán Columb rapporte qu’un intermédiaire aurait proposé 10 000 dollars pour un rein. La victime n’aurait finalement pas reçu la somme promise.
Les recherches de Columb montrent que certains migrants ont été confrontés à des promesses de paiement de plusieurs milliers de dollars. Les sommes réellement versées auraient parfois été très inférieures aux montants annoncés.
D’autres témoignages évoquent des réseaux opérant entre le Soudan et l’Égypte. Certaines connexions seraient également liées à des réseaux présents dans les pays du Golfe.
La guerre, la pauvreté et l’exil peuvent ainsi créer un environnement particulièrement favorable à l’exploitation des personnes vulnérables.
Dans les cas les plus graves, le corps humain lui-même devient une marchandise.
Des accusations qui nécessitent encore des preuves
Il est essentiel de distinguer deux réalités.
D’un côté, l’exploitation de migrants vulnérables et les accusations de trafic d’organes en Égypte ont fait l’objet de recherches universitaires et de témoignages documentés.
De l’autre, les accusations concernant des prélèvements systématiques d’organes sur des détenus dans des prisons contrôlées par les FSR au Soudan restent à vérifier.
Aucune conclusion définitive ne peut donc être tirée sans enquête indépendante, notamment sur les accusations visant des personnels médicaux étrangers.
Si ces faits étaient confirmés, ils constitueraient une dimension particulièrement atroce des crimes commis pendant la guerre au Soudan.
Car lorsque la guerre transforme les êtres humains en marchandises, le corps lui-même devient un champ de bataille.
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