Frais en hausse, bâtiments délabrés et cantines surchargées: les étudiants serbes excédés
14:19, 07/04/2024, dimanche
AFP

ANDREJ ISAKOVICAFP
Un étudiant étudie dans la rue alors qu'ils bloquent l'une des rues principales lors d'une manifestation à Belgrade, le 25 décembre 2023.Confrontés à la hausse des frais d'inscription, à des salles de cours délabrées et des repas qu'ils jugent exécrables, les étudiants serbes se défoulent sur TikTok. Quand ils ne sont pas en train d'échanger des tickets restaurants au marché noir.
Slobodan Todosijevic, étudiant en génie civil à Belgrade, en sait quelque chose. L'an dernier, les frais d’inscription de sa faculté sont passés de 108.000 à 130.000 dinars (920 à 1.110 euros), soit près de deux fois le salaire médian en Serbie (629 euros).
"Les fenêtres sont dans un tel état que lorsque le vent souffle un peu fort, vous ne pouvez plus entendre le prof. La fac ressemble au plateau d'un film d'horreur"
, dit-il un peu amer."Du coup, je pense que la hausse des frais d'inscription est injustifiée, surtout si on regarde nos conditions d'études"
, ajoute-t-il, en expliquant que la plupart des manuels disponibles ont au moins quelques décennies.Rien que le mois dernier, les frais d'inscription ont augmenté dans plus d'une dizaine de filières en Serbie. Un pays frappé par une inflation qui a atteint 12% en 2023 par rapport à 2022.
Ces frais ne couvrent pas les manuels scolaires, et certains étudiants doivent aussi payer de leur poche des coûts supplémentaires pour passer les examens.
Avec pas ou peu de ressources, les étudiants - qui votent ce mois-ci à travers le pays pour élire leurs représentants - sont las.
"Je ne vois aucune amélioration. Aucune. Je ne sais pas sur quelle base les frais de scolarité ont été augmentés"
, déplore Dorotea Antic, membre de l'organisation étudiante de gauche STAV de l'Université de Novi Sad, dans le nord de la Serbie.Dans cette ville où étudient environ 50.000 personnes, un seul restaurant universitaire est ouvert.
En début d'année, le STAV a organisé un sondage pour alerter sur l'état déplorable de ce restaurant universitaire. Sur les 1.356 étudiants qui ont répondu, 81% avaient déjà sauté un repas à cause de la foule.
"Nous avons publié les résultats du sondage sur les réseaux sociaux, puis on a imprimé des affiches qu'on a collées un peu partout sur le campus, là où passent les étudiants"
, précise Dorotea Antic.Tout le monde n'a pas apprécié.
"Quand on a collé les affiches, cela a provoqué... un grand émoi, disons. Il y a même une vidéo où on voit un militant du parti au pouvoir [SNS, droite nationaliste] arracher nos affiches et nous insulter"
, ajoute-t-elle.Le Centre étudiant de Novi Sad – une branche de l'université chargée de superviser le bien-être des étudiants – a balayé les critiques dans un communiqué lapidaire.
Il y
"rejette les résultats de la prétendue enquête sur l'insatisfaction des étudiants à l'égard de la qualité de la nourriture et de l'hygiène dans le restaurant universitaire publiée par une organisation appelée STAV"
, qui ne sont que "mensonge et pure invention".
Hausse des loyers
Pour protester, les étudiants se tournent vers les réseaux sociaux, utilisant surtout Tiktok pour décrire avec humour les plateaux servis dans ce restaurant, se transformant en critiques gastronomiques de plateaux repas. Les commentaires vont du dégoût à l'humour noir.
"J'ai décidé de faire ces vidéos parce que d'autres le faisaient déjà, je me suis dit que ce serait intéressant"
, explique Teodora Slavkovic, dont les vidéos atteignent régulièrement les 20.000 vues.C'est aussi sur les réseaux sociaux que les étudiants ont organisé un petit marché noir, où, en échange de quelques centaines de dinars, on peut avoir une carte d'étudiant boursier qui permet de payer ses repas moins cher.
Pour les boursiers, un repas coûte entre 56 et 120 dinars (de 0,50 à 1 euro), contre 310 dinars (2,60 euros) pour les non-boursiers.
Les étudiants doivent aussi faire face aux hausses des loyers - surtout dans la capitale, Belgrade, et à Novi Sad.
Depuis l'arrivée de centaines de milliers de Russes en Serbie, après l'invasion de l'Ukraine, les prix de l’immobilier ont bondi, rendant la location inabordable pour de nombreux jeunes.
"Je vis à nouveau chez mes parents et je fais la navette presque tous les jours en fonction de mes cours"
, raconte Anja Gvozdenovic, étudiante de l'Université de Belgrade qui a dû retourner chez elle l'an dernier à cause de la flambée des prix. Elle fait désormais près de 200 km chaque jour en train pour aller en cours.
"C'est la fatigue mentale qui devient dure à vivre. J'arrive de moins en moins à vraiment étudier, à trouver la force de me concentrer."
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