Mairies RN : les décisions controversées des nouveaux maires
15:34, 07/09/2026, lundi
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Ces mesures ne sont pas l'apanage des communes conquises en 2026, des villes dirigées de longue date par le RN ou l'extrême droite apparentée ayant procédé à des choix comparables par le passé. Cinq mois après les élections municipales de mars 2026, les équipes du Rassemblement national à la tête de quelque 74 communes ont pris des décisions contestées dans les transports scolaires, la culture et les relations syndicales, provoquant de vives réactions.
Suppressions de services publics
À Hayange, dans la Moselle, la municipalité a supprimé pour la rentrée 2026 les navettes scolaires qui desservaient depuis trois décennies les écoles du centre-ville et des quartiers de Marspich et Saint-Nicolas-en-Forêt, affectant environ 85 enfants âgés de 6 à 11 ans.
Les familles ont été informées par courrier daté du 6 août, soit une vingtaine de jours avant la reprise des classes, tandis que la mairie invoque l'augmentation des coûts et un redécoupage des compétences pour justifier cette mesure.
Une vingtaine de parents ont manifesté le 27 août devant l'hôtel de ville, dénonçant notamment les risques liés aux trajets à pied le long de la nationale pour les plus jeunes.
Par ailleurs, à Montargis dans le Loiret, la nouvelle majorité a gelé dès son installation deux projets hérités de l'équipe sortante : un pôle éducatif regroupant école et crèche dans le quartier prioritaire de La Chaussée, ainsi que l'institut pluridisciplinaire Rafaël destiné aux malades du cancer.
Le maire Côme Dunis, ancien porte-parole des "gilets jaunes", a justifié ces blocages par des finances dégradées et des factures impayées chiffrées à plusieurs millions d'euros, avant d'annoncer le 5 août sa démission pour raisons de santé, laissant le sort de ces projets à son successeur à élire le 7 septembre.
Coupe budgétaire dans la culture
Le secteur culturel constitue une autre cible privilégiée des restrictions budgétaires.
De plus, plusieurs municipalités ont déprogrammé des spectacles ou réduit des subventions, comme à Castres où le maire Florian Azéma a annulé la pièce "Passeport" d'Alexis Michalik au motif qu'elle ferait la
"promotion des clandestins"
. L'auteur, connu pour son succès "Edmond", a dénoncé une décision politique et une atteinte à la liberté de création, affirmant :
"C'est la première fois alors qu'on avait une date qui était clairement confirmée en phase de contractualisation, qui était annoncée dans le programme, il n'y a vraiment aucun doute sur le fait que c'est un choix politique".
D'autres communes ont procédé à des réductions similaires : à Vauvert dans le Gard, le maire Nicolas Meizonnet a annulé l'exposition d'un photographe qualifié de
"mélenchoniste convaincu"
et supprimé une subvention de 65 000 euros à une association de jazz, tandis qu'à La Flèche dans la Sarthe, la scène conventionnée Le Carroi a renoncé à une partie de son festival de théâtre de rue après une ponction de 71 000 euros. À Agde dans l'Hérault, Aurélien Lopez-Liguori a ramené un festival de cinéma de six à quatre jours, les élus mettant en avant la maîtrise des dépenses tandis que les structures culturelles déplorent des programmations amputées.
Tensions avec les syndicats
Plusieurs municipalités sont entrées en conflit ouvert avec les organisations syndicales, comme à Carcassonne dans l'Aude où Christophe Barthès, surnommé le "Trump occitan", a mis fin à la mise à disposition gratuite des locaux de la Bourse du travail occupée par l'union locale de la CGT depuis près de 90 ans.
Le conseil municipal a voté le 30 avril la fin de cette occupation, la mairie évoquant une
"occupation sans titre"
dont elle chiffre le coût à plus de 28 000 euros annuels en charges, et proposant aux syndicats de racheter le bâtiment pour 300 000 euros.En outre, les tensions sont montées d'un cran le 25 juin lorsque le maire a arrosé au jet d'eau depuis le balcon de la mairie des manifestants réunis en contrebas, diffusant lui-même la vidéo sur les réseaux sociaux, après avoir fait déposer des cartons de déménagement devant les syndicalistes le 28 mai.
La CGT, qui dénonce une atteinte aux libertés syndicales et a annoncé des recours judiciaires, indique recenser une soixantaine de Bourses du travail en difficulté sur le territoire et met en cause plusieurs maires RN élus au printemps, alors qu'une pétition intersyndicale a dépassé 10 000 signatures et qu'une manifestation avait rassemblé 600 personnes le 6 juin selon les organisateurs.
Gestes symboliques et antécédents
Des décisions symboliques marquent également ces prises de fonctions, plusieurs maires ayant retiré le drapeau européen du fronton de leur mairie dès leur installation, notamment Christophe Barthès à Carcassonne, Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer et Anthony Garénaux-Glinkowski à Harnes.
Interrogé sur ces choix, Jordan Bardella a estimé que ses maires n'étaient
"pas sous [sa] tutelle"
, tout en indiquant vouloir, en cas de victoire en 2027, ne conserver que le drapeau français à l'Élysée.Ces mesures ne sont pas l'apanage des communes conquises en 2026, des villes dirigées de longue date par le RN ou l'extrême droite apparentée ayant procédé à des choix comparables par le passé.
À Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais, Steeve Briois avait retiré dès 2014 sa subvention à la Ligue des droits de l'Homme et menacé d'expulsion le Secours populaire, tandis que selon une enquête collective menée sur dix villes du Sud-Est, plusieurs associations comme le Planning familial à Fréjus ou le MRAP à Marignane ont perdu leurs financements, et que Louis Aliot à Perpignan a attribué 50 000 euros au cercle algérianiste.
Justifications budgétaires et contestations
Les maires concernés mettent en avant la rigueur budgétaire et la lutte contre le gaspillage, invoquant systématiquement l'état des finances héritées pour justifier ces suppressions de services.
Toutefois, pour les oppositions, les syndicats et une partie du monde associatif, ces décisions traduisent une orientation politique visant prioritairement la culture engagée, les corps intermédiaires et certaines associations, tandis que des crédits seraient réaffectés à d'autres causes.
Plusieurs de ces élus ont par ailleurs eu affaire à la justice
, Louis Aliot ayant été condamné en première instance le 31 mars 2025 dans l'affaire des assistants parlementaires européens avant de voir sa peine allégée en appel le 7 juillet 2026, lui permettant de conserver la mairie de Perpignan, tandis que Robert Ménard doit être jugé le 30 septembre 2026 pour avoir refusé de célébrer un mariage mixte. Cinq mois après les municipales, l'appréciation de ces premiers mois reste largement fonction du point de vue politique, et pour plusieurs dossiers, des décisions de justice sont encore attendues.
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