La Syrie se libère de sa chape de plomb

Dire que "la vie reprend normalement en Syrie" après la chute d’un régime de soixante ans d’occupation et de despotisme serait inexact.
Car pendant toutes ces décennies, rien n’a jamais été normal. Damas, joyau du monde islamique, était privée de son rôle historique et condamnée à une torpeur artificielle. Jadis, à l’époque ottomane, résider à Damas impliquait même le paiement d’un impôt spécial : une preuve du statut singulier de cette cité où chaque ruelle porte la mémoire de compagnons du Prophète et de grands savants musulmans.
Le défi du retour et la reconstruction
Les mosquées au cœur de la vie
Symbole du sunnisme, la grande mosquée des Omeyyades avait été défigurée par le régime, transformée en lieu de cérémonies chiites, presque interdite aux fidèles. Aujourd’hui, elle retrouve sa vocation : espace spirituel, lieu de rencontre, d’enseignement et de sociabilité. Les prêches, abandonnés depuis longtemps, réapparaissent dans toutes les mosquées. Le grand mufti, Usame el-Rufaï, a lancé une campagne pour redonner aux mosquées toutes leurs fonctions naturelles dans une société islamique. Même une simple célébration religieuse, naguère soumise à la censure et aux autorisations humiliantes du régime, peut désormais se tenir librement. Cette liberté retrouvée est vécue comme un immense bienfait.
Une vie sans peur de la Muhaberat
Depuis neuf mois, les Syriens respirent sans la terreur d’être arrêtés sur dénonciation pour une phrase prononcée dans une conversation. Ils commercent sans craindre que leurs biens soient confisqués par le régime. Car sous le Baas, réussir économiquement faisait de vous une cible pour les sbires de la Muhaberat.
La Syrie n’a pas fini de panser ses plaies, mais une chose est certaine : elle s’arrache enfin à l’emprise d’un régime mafieux pour renaître.

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