Accord de La Mecque : qu’est-ce qui retient l’Égypte ?

09:37, 15/08/2026, samedi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Accord de La Mecque : qu’est-ce qui retient l’Égypte ?

La Türkiye a toujours souhaité que l’Égypte rejoigne l’Accord de La Mecque, autrement dit l’axe Ankara-Riyad-Islamabad.

Lorsque l’accord bilatéral entre le Pakistan et l’Arabie saoudite a été signé, et même avant cela, Ankara voulait déjà que cette structure soit établie sous la forme d’un
"noyau à quatre"
. Elle a toujours recherché une base plus large. C’est encore le cas aujourd’hui. L’Égypte a pris part aux différentes étapes du processus, mais elle n’a pas adhéré. Nous reviendrons sur les raisons. Mais lors des entretiens menés en Égypte par le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, cette question figurait aussi à l’ordre du jour et elle a été largement discutée.

Lors de la conférence de presse, interrogé sur une éventuelle participation à l’accord, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a donné des réponses évasives, sans pour autant éluder complètement la question. Il a évoqué des détails techniques, comme la Constitution, les lois et les examens en cours. Nous avons senti que Le Caire ne souhaitait pas,
"pour l’instant"
ou
"dans les conditions actuelles"
, entrer dans l’accord. Mais il ne dit pas non plus :
"Nous n’y entrerons pas"...

M. Fidan a également formulé cette remarque :
"Existe-t-il dans la région d’autres alliances dirigées contre nous ? Oui. Avant même que nous signions l’Accord de La Mecque, vous le savez, Israël, la partie chypriote grecque et la Grèce se sont réunis pour former une alliance de sécurité en Méditerranée. Personne ne l’a vraiment souligné ni porté à l’agenda. Mais nous savons tous quel est l’objectif de cette alliance. Au nord de la Méditerranée, il y a la Türkiye, au sud, l’Égypte. Et au milieu, il y a une alliance qui trace une ligne. Son objectif est clair, tout comme la direction qu’elle prend."

Il a finalement renouvelé à la fois son souhait et son invitation en déclarant :
"L’Égypte est notre partenaire naturel, et, si Dieu le veut, elle deviendra bientôt aussi notre partenaire officiel."

Les raisons de la prudence égyptienne


Alors, pourquoi l’Égypte n’a-t-elle pas adhéré à l’accord, et pourquoi n’en juge-t-elle pas le
"timing"
approprié ? Commençons par noter ceci : il est encore trop tôt pour affirmer que
"l’Égypte est restée en dehors"
. L’évolution régionale et la direction que prennent les événements peuvent aussi conduire Le Caire vers La Mecque.

Décrivons maintenant la situation actuelle.

Le facteur israélien :
l’Égypte entretient avec Israël une relation sécuritaire délicate. Il existe des zones de tension instables, aussi bien à Gaza que dans le Sinaï. Le Caire peut penser qu’entrer dans une obligation de défense
"automatique"
réduirait sa marge de manœuvre opérationnelle.

Le facteur iranien : l
’Accord de La Mecque n’est pas dirigé contre l’Iran. Les pays parties l’ont répété à de nombreuses reprises. Téhéran a lui aussi déclaré ne pas s’en inquiéter, mais d’autres peuvent malgré tout le percevoir ainsi. L’Égypte peut ne pas vouloir se retrouver en confrontation directe avec l’Iran.

Le leadership régional et les équilibres arabes :
Le Caire peut aussi ne pas vouloir se voir, ni être perçu, comme le quatrième pays rejoignant une alliance conçue par d’autres. Depuis des années, l’Égypte défend l’idée d’une architecture de défense commune centrée sur l’unité arabe.

L’Inde :
l’Égypte entretient également d’importantes relations avec l’Inde, qui ne voit pas d’un bon œil l’alliance Pakistan-Türkiye-Arabie saoudite. Est-ce un facteur assez déterminant pour peser sur la décision du Caire ? Je ne le pense pas. Mais la première composante de l’axe Israël-Grèce-partie chypriote grecque évoqué par le ministre Fidan était l’Inde. Au minimum, ce paramètre sera pris en compte.

La clause de l’accord :
si l’Accord de La Mecque ne comportait pas une clause comparable à l’article 5 de l’OTAN, du type
"un pour tous, tous pour un",
l’Égypte rejoindrait-elle cette coalition ?

C’est possible.

Il apparaît que l’Égypte n’apprécie guère les engagements susceptibles de lui faire porter, contre sa volonté, une mission militaire. À ce stade, elle renvoie au R4 (le format quadrilatéral) et dit en substance :
"J’appartiens déjà à l’architecture à quatre."
Oui, c’est vrai. Mais cette clause n’est pas un détail. Elle semble presque dire :
"Si seulement elle n’existait pas"...

Le facteur saoudien :
il existe aussi des spéculations selon lesquelles Riyad ne voudrait pas de l’Égypte. C’est difficile à vérifier. Il n’existe pas non plus d’information solide en ce sens. Au contraire, dès le mois de juillet, Riyad a tenu des discussions pour approfondir la coopération dans le cadre du format quadrilatéral. Malgré cela, ceux qui affirment que "la raison est là", généralement dans la presse régionale, mettent en avant certains arguments.

Les Émirats arabes unis :
selon eux, la proximité entre l’Égypte et les Émirats arabes unis constituerait un obstacle. Les relations devenues plus tendues entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourraient-elles faire hésiter Le Caire ?

Le leadership de l’accord :
malgré sa puissance actuelle, la Türkiye fait preuve de modestie et se concentre sur l’organisation de la région. Mais, pour des raisons qui remontent probablement à plus d’un siècle, des rivalités persistent entre certains pays de la région. En existe-t-il une entre l’Arabie saoudite et l’Égypte ? La conjoncture mondiale n’exclut pas l’Égypte du jeu régional, mais elle tend à placer davantage l’Arabie saoudite au centre. Comment Le Caire perçoit-il cela ? Malgré tout, je ne pense pas que cette question soit décisive dans le cas précis de l’accord. Mais les commentaires continuent de circuler.

Attention aux pièges :
on ne peut pas dire que personne ne soit dérangé par l’Accord de La Mecque. Les pays auxquels on pense immédiatement peuvent chercher à miner cette coalition et à empêcher de nouvelles adhésions. C’est pourquoi il ne faut pas donner une importance excessive à chaque rumeur ou à chaque information. L’idéal, et c’est ce que nous espérons, serait que l’Égypte transforme ce triangle en quadrilatère.

Une négociation qui reste ouverte


On peut aussi s’interroger sur la manière dont la presse et l’opinion publique égyptiennes regardent l’Accord de La Mecque. Le sujet n’a pas été traité avec autant d’enthousiasme que dans les trois autres pays, mais une coopération de cette ampleur a tout de même suscité de nombreux commentaires. L’impression générale n’est pas que
"l’Égypte a été exclue"
. C’est une bonne chose. Cela tient probablement à la manière dont le gouvernement du Caire gère le dossier. Puisqu’il laisse la porte ouverte, on ne voit pas paraître dans les médias d’articles excessivement hostiles.

On trouve des analyses du type
"Pourquoi devrions-nous y entrer immédiatement ?"
, mais pas de discours affirmant "L’Égypte n’en veut pas". Les observateurs comprennent qu’il s’agira d’une décision stratégique. On lit plus souvent :
"Développons ou approfondissons séparément notre coopération de défense avec chacun des pays de l’accord, mais devons-nous entrer en guerre simplement parce que l’un d’eux y entre ?"
Certains écrivent aussi :
"Si, en cas de conflit, l’Égypte restait passive, elle subirait davantage de critiques dans le monde arabe que les autres partenaires."
D’un autre côté, y compris dans les cercles dirigeants égyptiens, le partenariat quadrilatéral est décrit comme une
"alliance nécessaire pour empêcher les projets de redécoupage de la région"...

Tout cela a été écrit avant la visite de M. Fidan. Après cette visite, l’atmosphère semble avoir quelque peu changé. D’importants journaux ont repris à la une les propos de Fidan :


Nous espérons que l’Égypte deviendra notre partenaire officiel.

Ma lecture est la suivante : lorsque Le Caire dit "nous étudions la question, nous examinons sa dimension juridique", il parle aussi d’une négociation. Il semble qu’une discussion soit en cours autour des obligations militaires. La rencontre tenue jeudi entre les ministres des Affaires étrangères saoudien, turc et égyptien constitue un indice en ce sens.

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