L’Assemblée générale des Nations unies s’ouvre aujourd’hui. Est-ce important ? Oui. Mais cette importance ne réside pas dans les débats sur l’avenir de l’ONU.
Les Nations unies ont été créées après la Seconde Guerre mondiale et structurées de manière à permettre aux vainqueurs de la guerre de contrôler l’ordre mondial ou de gérer les crises par l’intermédiaire du Conseil de sécurité. Il s’agit d’une institution appartenant à l’ancien ordre, celui de la guerre froide. Elle a perdu sa fonction.
Aujourd’hui, elle est totalement absente aussi bien en Ukraine qu’à Gaza ou dans la guerre contre l’Iran.
Nous connaissons son problème fondamental : la structure du Conseil de sécurité avec ses cinq membres permanents et leur droit de veto. Lorsque le président Erdoğan déclarait que "le monde est plus grand que cinq"
, il dénonçait précisément ce mécanisme injuste. Désormais, un nombre croissant de dirigeants, parmi lesquels le Premier ministre indien Narendra Modi et le président français Emmanuel Macron, estiment eux aussi qu’une réforme de la structure du Conseil de sécurité est nécessaire.Mais il existe aussi l’autre face de la médaille. Même si l’ONU a perdu de son efficacité, l’ouverture de l’Assemblée générale reste une plateforme très prisée par les dirigeants. La tribune des Nations unies permet en effet de faire entendre au monde entier les positions nationales et de souligner les sensibilités propres à chaque pays. L’ouverture de l’Assemblée générale offre également un terrain particulièrement propice à une intense activité diplomatique. Le président Erdoğan transforme notamment la Maison turque, située juste en face du siège de l’ONU, en un centre de rencontres diplomatiques. Nous connaissons les priorités stratégiques sur lesquelles Ankara se concentrera lors de ces discussions.
Trump veut la paix en octobre
Premièrement
, parvenir au plus vite à la paix en Ukraine et garantir la sécurité en mer Noire. Ankara a proposé aux parties une formule destinée à assurer la sécurité de la navigation en mer Noire, reposant sur un itinéraire à deux corridors, mais les signaux sont négatifs. Après le sommet de l’OTAN à Ankara, Trump a pris ses distances avec la Russie. Les dernières sanctions annoncées en témoignent également. Mais il exerce aussi une pression sur l’Ukraine pour parvenir à la paix. Il souhaite que Kiev accepte les conditions posées par la Russie lors des négociations d’Istanbul. Pourtant, le conflit continue de s’intensifier.J’ai entendu ceci :
"Trump fait pression pour qu’un accord de paix soit signé en Ukraine au mois d’octobre. Car il ne pourra pas refermer le dossier iranien avant novembre. Il a besoin d’un succès. Un sommet trilatéral pourrait être organisé le mois prochain."
Deuxièmement
, mettre fin à la crise iranienne. Mais le conflit s’étend. La crise se déplace du détroit d’Ormuz vers le détroit de Bab el-Mandeb. Les avertissements adressés ces derniers jours par les États-Unis à leurs ressortissants présents dans la région avaient attiré l’attention. Tout le monde s’attendait à une attaque contre l’Iran, mais un article du New York Times a révélé que la question concernait en réalité le Yémen : dimanche, Trump envisageait une attaque contre les Houthis au Yémen, avant d’y renoncer au dernier moment.Le déplacement du conflit du détroit d’Ormuz vers Bab el-Mandeb, autrement dit son passage d’une dimension États-Unis-Iran à une dimension Arabie saoudite-Iran, soulagerait les États-Unis.
C’est aussi pour cette raison que Trump reste à l’écart. Et, dans une certaine mesure, pour parvenir à convaincre l’Arabie saoudite de rejoindre les accords d’Abraham.
Entre-temps, les Houthis ont pris pour cible, pour la deuxième fois, l’oléoduc Est-Ouest de l’Arabie saoudite. Riyad n’a encore entrepris aucune démarche pour réparer le pipeline. Un retard dans les réparations pourrait probablement affecter également les marchés européens, car les livraisons de pétrole aux raffineries européennes pourraient ne pas être assurées en octobre. Cette situation pourrait pousser les pays concernés à agir en mer Rouge.
Syrie-Israël, le dossier le plus brûlant
Troisièmement
, de nombreux dossiers restent ouverts sur la table d’Ankara : le dilemme S-400/F-35, la paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, Chypre et les îles de la mer Égée, l’extension du modèle somalien à certains autres pays africains, entre autres. Mais le sujet le plus brûlant reste la Syrie. Et, par extension, la question israélienne.
Les tensions entre la Türkiye et Israël autour de la Syrie sont entrées dans une nouvelle phase avec l’attaque d’Abou Douhour du 18 août. Alors qu’Israël se dirige vers les élections, les autorités cherchent à amplifier dans le pays la perception d’une
"menace turque"
. Netanyahu se rend sur le mont Hermon occupé pour y prononcer un discours à la nation.Mais les élections ne sont pas le seul enjeu. La question s’est également invitée au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous avons lu les déclarations du représentant permanent d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, qui, lors d’une session du Conseil de sécurité consacrée à la Syrie, a pris pour cible la Türkiye et la présence militaire turque en Syrie.
Nous avons également lu la réponse que lui a adressée Ahmet Yıldız, représentant permanent de la Türkiye auprès des Nations unies.
Yıldız a déclaré que la présence turque en Syrie résultait d’une invitation de l’administration de Damas et s’inscrivait dans le cadre de la coopération entre les deux pays. Danon n’a pas su répondre aux journalistes lorsqu’ils lui ont rappelé que
"le gouvernement syrien ne se dit pas dérangé par la présence militaire turque, mais considère Israël comme une puissance occupante".
En portant devant le Conseil de sécurité une polémique dans laquelle il se trouve en position injustifiable, Israël marque contre son propre camp.Des dépôts visés par des sabotages ?
Nous savons que les États-Unis exercent des pressions sur Israël concernant la Syrie. Washington ne veut pas voir ses
"investissements"
en Syrie compromis. Après l’attaque d’Abou Douhour, cette pression a probablement augmenté. Depuis cette date, un changement de ton est perceptible en Israël. Les responsables israéliens ne ciblent plus directement la Syrie ni Al-Charaa. Mais ils n’ont pas pour autant renoncé à leurs politiques.
Après avoir perdu l’élément FDS, ils ont tourné leur attention vers Soueïda. Le week-end dernier, des médias locaux ont rapporté que des armes avaient été transportées par hélicoptère vers des groupes séparatistes à Soueïda. Parallèlement, Israël ne mène plus d’attaques ouvertes ces derniers jours, mais a intensifié ses opérations clandestines en Syrie.
Le 9 septembre, une importante explosion s’est produite dans un dépôt de munitions à Idlib. La première interprétation était la suivante :
"Il peut s’agir d’un sabotage, mais l’explosion peut également avoir été provoquée par les conditions météorologiques et les conditions de stockage."
Mais d’autres explosions ont ensuite eu lieu : à Doumeir, dans la campagne de Damas, puis à Deir ez-Zor le 18 septembre, et enfin hier matin dans une installation militaire ou un dépôt de munitions à Alep.
Désormais, la conviction selon laquelle ces explosions résultent de sabotages s’est fortement renforcée. Il ne fait également aucun doute que leur auteur est Israël. Tel-Aviv explique probablement à Washington :
"Nous ne visons ni la stabilité ni l’économie de la Syrie, mais uniquement les capacités militaires susceptibles de constituer une menace pour nous."
Les Américains sont-ils convaincus par cette explication ? Je ne le pense pas.

