L’avenir des soldats turcs au Liban

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
09:37, 04/08/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
L’avenir des soldats turcs au Liban

Vous l’aviez d’ailleurs lu ici en premier. Le mandat de la mission de l’ONU au Liban, la FINUL (UNIFIL), arrive à échéance à la fin de l’année. Si la force de l’ONU se retire, comme le prévoit la décision prise l’année dernière de prolonger son mandat pour la dernière fois, ce pays fragile, soumis à l’occupation et aux attaques israéliennes, se retrouvera livré à lui-même.

Dans ce contexte, Ankara cherchait une solution permettant de maintenir une force internationale au Liban. Des contacts avaient été établis avec plusieurs pays européens. J’avais également écrit que ces pays européens n’étaient pas disposés à agir sur ce dossier.
(Voir "La proposition cruciale de l’OTAN à Ankara et les recherches d’une solution pour le Liban", 10 avril, et "Alors que le dossier iranien se referme, où Israël ouvrira-t-il un nouveau front ?", 16 juin.)

LE LIBAN, TREMPLIN D’ISRAËL


Premièrement
. À mesure que la fin de l’année approche, le dossier connaît une nouvelle effervescence. Même si Israël conserve son ambition d’occuper le Liban, les pressions exercées sur lui afin qu’il se retire du pays augmentent. Sous l’impulsion des États-Unis, Israël et le Liban ont signé un accord-cadre. En vertu de celui-ci, l’armée israélienne s’est retirée de deux zones du Liban sous couvert de
"repositionnement"
. Elle conserve toutefois les positions stratégiques et sa liberté d’action. Le plus grave est que le Liban accepte cette situation.

L’armée libanaise s’est déployée dans les deux secteurs évacués par les soldats israéliens. Les États-Unis et Israël font pression sur le gouvernement libanais afin qu’il désarme le Hezbollah. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam se retrouvent pris en étau entre le Hezbollah et Israël.


Alors que des progrès importants ont été accomplis en vue du lancement de la deuxième phase à Gaza, le désarmement du Hamas et le retrait de l’armée israélienne devant être menés progressivement et de manière coordonnée, le blocage au Liban pourrait lui aussi s’atténuer relativement.


Cela ne signifie cependant pas qu’Israël s’arrêtera.
Netanyahou fait tout son possible pour ne pas se retirer du sud du Liban. La raison en est qu’il considère le Liban comme un tremplin vers la Syrie. Dans ce contexte, il s’opposera fermement à la présence d’une force internationale. La seule marge qu’il pourrait accepter serait le déploiement au Liban d’éléments qui n’entraveraient pas ses objectifs, comme dans le cas de la Force de stabilisation de Gaza.

(Note : L’écart entre les États-Unis et Israël se creuse. La décision d’Israël de produire, en dehors du F-35, un avion de combat national de nouvelle génération afin de réduire sa dépendance à l’égard de la puissance militaire américaine constitue une information majeure.)

LA MISSION DE LA FORCE INTERNATIONALE


Deuxièmement
. Une nouvelle architecture régionale concernant la Syrie, l’Irak et le Liban se dessine. La Türkiye, les États-Unis et les pays de la région, notamment le R4
(Regional Four, cadre de concertation réunissant la Türkiye, l’Égypte, le Pakistan et l’Arabie saoudite),
se concertent depuis longtemps à ce sujet. Selon cette architecture, Israël doit se retirer du Liban.

Le Liban souhaite également faire partie de cette nouvelle architecture. Les autorités libanaises veulent que l’oléoduc Kirkouk-Baniyas, au sujet duquel l’Irak et la Syrie ont signé un accord, soit prolongé jusqu’à Tripoli. Les États-Unis soutiennent eux aussi ce projet, tout en menant une politique ambiguë.


D’un côté, Washington encourage Al-Charaa à prendre des mesures contre le Hezbollah en Syrie.
Les États-Unis n’ont toujours pas renoncé à cette orientation. Il est évident qu’une telle initiative dérangerait Israël. D’un autre côté, Washington estime qu’une force internationale doit soutenir la stabilité du Liban pendant le processus de désarmement du Hezbollah.
Dans le même temps, à la demande d’Israël, les États-Unis empêchent le Liban d’acquérir des armements avancés. Comment une armée libanaise affaiblie pourrait-elle assurer la sécurité du pays ?

LA POLITIQUE D’ENDIGUEMENT D’ISRAËL


Troisièmement
. Le président libanais Joseph Aoun a décrit, dans les grandes lignes, la mission de la force qui devrait succéder à la FINUL :

"Cette force accompagnera l’armée libanaise dans le nettoyage des régions du Sud, l’enlèvement des munitions non explosées et l’application de la Formule-cadre convenue avec Israël."

Joseph Aoun a également demandé que cette force soit constituée par des pays européens.


Quatrièmement
. La déclaration du président Erdoğan selon laquelle
"la sécurité de la Türkiye commence à Damas et à Beyrouth"
, prononcée le 10 juin, signifiait qu’Ankara commençait à s’exprimer ouvertement après que les travaux menés en coulisses avaient atteint un certain stade.

Cette déclaration a eu un grand retentissement en Israël. Les responsables israéliens ont compris ce qu’Ankara cherchait à accomplir.
La Türkiye veut endiguer la politique israélienne de chaos régional en agissant à travers le Liban et la Syrie.

Dans ce contexte, Erdoğan a exposé pour la première fois l’approche d’Ankara lors de la conférence de presse organisée à l’occasion de la visite de Joseph Aoun :


"En tant que Türkiye, nous voulons prendre part à toutes les initiatives qui seront lancées afin de garantir la souveraineté du Liban."

UNE FORMULE POSSIBLE AU LIBAN


Quelle formule pourrait donc émerger au Liban à partir du début de l’année prochaine ?

Voici ma prévision : je pense que les États-Unis déploieront directement leurs propres soldats au Liban afin de rassurer Israël, tout en gardant Tel-Aviv sous contrôle. Toutefois, pour ne pas assumer seuls l’ensemble des responsabilités, ils transformeront cette mission en une force internationale.


Qu’en sera-t-il des soldats turcs ?

Israël avait déployé beaucoup d’efforts pour empêcher la participation de la Türkiye à la force internationale prévue à Gaza. La Türkiye faisait partie des quatre pays garants du cessez-le-feu, mais Netanyahou était parvenu, d’une manière ou d’une autre, à convaincre Trump.


Tel-Aviv savait que le déploiement de soldats turcs à Gaza risquait de l’éloigner de ses objectifs. La situation aurait pu échapper à son contrôle.

Un processus similaire devrait se dérouler au Liban. À mesure que les discussions sur la nature de la future force internationale au Liban arriveront à maturité, Israël s’opposera une nouvelle fois à la présence turque.


Une différence majeure distingue toutefois le Liban de Gaza : les soldats turcs sont déjà présents au Liban dans le cadre de la FINUL.


Cette fois, Ankara a une position de force.
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