Le tournant décisif du trumpisme

Kadir Üstün
Kadir ÜstünAuteur Nouvelle Aube
07:22, 06/11/2026, vendredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Le tournant décisif du trumpisme

Les résultats des élections au Congrès américain montrent que le trumpisme, qui avait initialement promis de mettre fin aux guerres interminables tout en répondant aux crises socioéconomiques des classes populaires et moyennes, longtemps marginalisées politiquement, a été lourdement sanctionné pour s'être éloigné des priorités de la population.

Né d'une contestation de l'héritage de la crise économique de 2008 et de la guerre en Irak, opposé aux délocalisations d'emplois vers l'étranger et promettant de garantir la sécurité des frontières, le mouvement trumpiste donne désormais l'impression de privilégier les intérêts de la famille Trump et des élites milliardaires qui l'entourent.

Cette perception semble avoir suscité une forte réaction de la population américaine, confrontée à la hausse du coût de la vie.

Il est généralement considéré comme normal que le parti au pouvoir perde des voix lors des élections de mi-mandat, et l'on s'attendait également à ce phénomène cette fois-ci.

Cependant, lors des élections du 3 novembre, le fait que toutes les catégories d'électeurs, à l'échelle nationale, se soient éloignées des républicains pour se tourner vers les démocrates a révélé à quel point la déception et la colère s'étaient approfondies dans le pays.


Anatomie de la défaite républicaine


Comme on pouvait s'y attendre, le président Trump n'a pas assumé la responsabilité de la défaite, affirmant que son nom ne figurait pas sur les bulletins de vote et que les résultats auraient pu être différents s'il avait été candidat.

Techniquement, cet argument peut être considéré comme juste.

Mais politiquement, le fait que toutes les catégories de la population se soient détournées des républicains montre que le trumpisme a échoué à l'échelle nationale et que les républicains qui ont exécuté les volontés de Trump ont été sanctionnés.

La victoire électorale de Trump en 2024 avait partiellement surpris ceux qui considéraient les mouvements populistes comme des phénomènes éphémères, semblables à des feux de paille.
Cependant, la position de l'administration Biden-Harris face au génocide commis par Israël avait joué un rôle déterminant.

L'incapacité de Trump à tenir ses promesses de lutte contre l'inflation et de mettre fin aux guerres interminables, formulées avant sa deuxième victoire, et surtout l'impression qu'il ne se souciait même plus de ces engagements, ont constitué le principal ressort de la défaite écrasante de 2026.

Les arguments selon lesquels les problèmes économiques étaient hérités de l'ère Biden et découlaient indirectement de la guerre en Ukraine trouvaient encore un certain écho en 2025.

Mais l'intervention militaire de Trump contre l'Iran en juin 2025 a conduit à un débat beaucoup plus ouvert sur la question israélienne, notamment parmi les républicains.

Le fait que cette intervention ait été limitée à douze jours avait empêché l'installation du sentiment que les États-Unis étaient véritablement entrés en guerre.

En revanche, l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Iran en février 2026, sous l'impulsion du gouvernement Netanyahu et du lobby israélien, a constitué un tournant décisif.

Trump, qui pensait remporter rapidement la victoire contre l'Iran, n'est pas parvenu à résoudre la crise du détroit d'Ormuz.

Le maintien des prix du pétrole à des niveaux élevés pendant plusieurs mois a eu des répercussions directes sur l'économie américaine.

L'image d'un Trump incapable de maîtriser l'inflation et revenu sur sa promesse de ne pas engager les États-Unis dans une nouvelle guerre a lourdement pesé sur les républicains jusqu'aux élections de novembre.


Immigration et santé


Trump avait promis de mettre fin à la vague d'immigration irrégulière observée sous l'administration Biden.

Mais au lieu de se concentrer sur la sécurité des frontières, il s'est lancé dans une chasse aux migrants dans les grandes villes américaines comme dans les zones rurales, avec un coût politique considérable.

Les opérations menées par l'ICE, qui agit pratiquement comme une organisation paramilitaire, et ses pratiques faisant fi des procédures judiciaires ont entraîné la mort de personnes disposant de documents en règle, de titulaires de la carte verte et même de citoyens américains.

Ces événements ont contribué à installer dans l'opinion publique le sentiment que l'administration Trump était allée trop loin.

Dans les régions rurales où l'électorat républicain est particulièrement présent, la difficulté à recruter des travailleurs saisonniers, la séparation de familles latino-américaines et d'autres familles immigrées, ainsi que les descentes effectuées sans décision judiciaire ont renforcé l'impression que la véritable préoccupation de l'administration Trump n'était pas la sécurité des frontières.

Pendant ses deux mandats, les tentatives de Trump d'affaiblir les dispositifs d'aide à la couverture médicale adoptés sous Obama ont également entraîné une hausse des dépenses de santé pour la population.

L'augmentation des frais médicaux et pharmaceutiques supportés par les électeurs de plus de 45 ans, ainsi que par les retraités de plus de 65 ans, généralement considérés comme plus conservateurs, a accentué ce problème.

Le refus des compagnies d'assurance de prendre en charge de nombreux actes médicaux et la réduction des subventions de santé par les républicains, au nom de la réforme, ont également transformé cette question en risque politique pour Trump.

Dès son retour au pouvoir, l'administration Trump s'est efforcée de réduire la taille du gouvernement fédéral, entraînant la suppression de nombreux services sociaux dans les domaines de la santé et de l'éducation.

Alors que ces secteurs subissaient des coupes budgétaires, l'augmentation du budget militaire, les milliards de dollars consacrés à l'ICE, le coût de la guerre contre l'Iran et les affaires de corruption entourant Trump ont renforcé l'impression que l'administration ne se préoccupait pas des difficultés quotidiennes des Américains confrontés à la hausse du coût de la vie..


Le trumpisme populiste touche-t-il à sa fin ?


Après les élections, Trump a reconnu la défaite des républicains, sans toutefois l'assumer personnellement.

Tout en évoquant son pouvoir de veto, il a également déclaré qu'il pourrait travailler avec les démocrates.

De son côté, le vice-président J. D. Vance a attribué la défaite à la guerre contre l'Iran.

Ces réactions laissent penser que le redressement du populisme trumpiste sera difficile.

Faire porter toute la responsabilité de la défaite à la guerre contre l'Iran, en ignorant les messages socioéconomiques envoyés par les électeurs, constituerait une erreur majeure pour les républicains.

Mais le populisme trumpiste ne semble pas disposer de beaucoup d'autres options.

Autrement dit, il n'est pas réaliste d'attendre d'un mouvement populiste centré sur un dirigeant que celui-ci reconnaisse son propre échec.

Dans ces conditions, pour un candidat républicain potentiel à la présidence comme Vance, qui cherche à obtenir le soutien de la base trumpiste, il paraît plus pratique de réduire les causes de la défaite à la guerre contre l'Iran.

Vance représente le courant favorable à un accord avec l'Iran et à une sortie du conflit.

Il défend l'idée que le populisme trumpiste doit prendre ses distances avec Israël et revenir à sa devise
"L'Amérique d'abord".

La défaite manifeste de la marque Netanyahu et du lobby israélien lors des élections offre au populisme trumpiste une occasion de s'éloigner de la guerre.

Cependant, il ne s'agirait pas tant d'une renaissance ou d'une nouvelle orientation que d'une correction des erreurs commises au cours de l'année écoulée.

Mettre fin à la guerre contre l'Iran, qui a provoqué de profondes fractures au sein du mouvement MAGA, constitue une nécessité incontournable pour tout candidat républicain à l'approche de la présidentielle de 2028.

Mais la fin de la guerre ne suffira pas.

Les républicains devront également expliquer ce qu'ils comptent faire de l'héritage politique de Trump.

Ils devront montrer comment ils entendent améliorer la vie quotidienne des Américains des classes populaires et moyennes.

La force contestataire des mouvements populistes peut enthousiasmer les foules et leur permettre d'incarner une révolte contre l'ordre établi.

Mais une fois au pouvoir, l'impression qu'ils se sont éloignés des problèmes de la population peut leur porter un coup décisif.

Il sera particulièrement difficile pour le populisme trumpiste de tirer les bonnes leçons de cette défaite et de se renouveler.


Les risques pour les démocrates et la course à la présidentielle


Le choix des démocrates de se concentrer sur les préoccupations de la population et de présenter des candidats issus de différents milieux, plutôt que des personnalités excessivement idéologiques, a joué un rôle important dans leur succès.

Ayant réussi à transformer l'image d'un Parti républicain déconnecté de la population en une arme électorale efficace, les démocrates devront désormais trouver le bon équilibre entre une politique d'opposition et une politique constructive.

Si, au nom de la nécessité de demander des comptes à l'administration Trump, ils paralysent les institutions et empêchent l'adoption de lois concernant directement la vie quotidienne des Américains, ils risquent d'être à leur tour sanctionnés en 2028.

Même s'ils ont pris le contrôle du Congrès, ils devront travailler avec l'administration Trump et les républicains, car le président conserve son droit de veto et les démocrates ne disposeront pas des 60 sénateurs nécessaires pour surmonter les obstacles parlementaires.

Ils devraient utiliser leur pouvoir budgétaire pour entreprendre plusieurs initiatives, notamment mettre fin à la guerre contre l'Iran, augmenter les subventions de santé et limiter la marge de manœuvre de l'ICE.

Mais consacrer l'essentiel de leur temps aux enquêtes du Congrès et aux poursuites contre les ministres de Trump serait une erreur.

À l'approche de la présidentielle de 2028, la compétition pour l'investiture dans les deux partis pourrait provoquer de nouvelles fractures.

J. D. Vance devrait apparaître comme le candidat d'une version réformée du trumpisme.

Cependant, après le rejet aussi sévère exprimé le 3 novembre, il sera loin d'être facile de réhabiliter le populisme trumpiste au cours des deux prochaines années.

Des personnalités comme Marco Rubio pourraient émerger en tant que candidats plus centristes et pragmatiques.

Mais elles devront, elles aussi, parvenir d'une manière ou d'une autre à obtenir les voix de l'électorat trumpiste.

Chez les démocrates également, la coalition entre le centre et l'aile progressiste pourrait engendrer de nouvelles crises si elle n'est pas correctement gérée.

Le choix d'un candidat à la présidence et d'un candidat à la vice-présidence représentant chacun l'une de ces deux sensibilités pourrait constituer un avantage pour 2028.

Cependant, oublier que les Américains sont attirés par des personnalités extérieures au système politique traditionnel pourrait représenter une erreur majeure.

Si les candidats centristes donnent l'impression d'être trop étroitement liés à l'establishment de Washington, les électeurs pourraient refuser de leur accorder leur soutien.

Il est évident que les deux partis traversent une crise d'identité et que leurs programmes politiques devront répondre aux préoccupations de la population.

Le parti qui parviendra à transformer cette crise d'identité en avantage politique, sans oublier les problèmes des électeurs, obtiendra les meilleurs résultats.

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