Les élections auront lieu en Israël vers la fin du mois d’octobre. Pour Netanyahu, accusé de génocide, ce scrutin est bien plus important que les précédents. Alors qu’il a jusqu’ici échappé à une condamnation dans les affaires de corruption qui le visent, Netanyahu semble arriver au bout du chemin. Les élections d’octobre pourraient être les dernières de Netanyahu.
Pourtant, pour le bloc sioniste opposé à Netanyahu, la victoire électorale est loin d’être acquise.
Ces derniers temps, le rôle que joueront aux élections les Juifs ayant fui Israël fait beaucoup parler de lui dans les publications sionistes.
Il est indiqué que ces Juifs ayant quitté le pays appartiennent majoritairement aux milieux libéraux, séculiers et laïcs.
Cette vague d’émigration serait favorable à Netanyahu. Selon les lois israéliennes, les électeurs ne peuvent pas voter depuis l’étranger. Pour pouvoir voter, ils doivent se rendre en Israël.Depuis octobre 2023, le nombre de Juifs ayant fui Israël serait d’au moins 250 000.
Ce chiffre est loin d’être négligeable au regard de la population israélienne. Même si cette vague d’émigration vers d’autres pays peut servir les intérêts politiques de Netanyahu, elle est considérée comme un signe de la faillite du sionisme. Cette situation provoque des affrontements au sein des milieux sionistes.Une vague d’émigration qui fragilise le sionisme
Les sionistes soutenaient qu’Israël, établi de force sur les terres palestiniennes par les puissances occidentales, constituait le refuge le plus sûr au monde pour les Juifs. Le
"sionisme"
est désormais discrédité aussi bien en Israël que parmi les Juifs vivant hors d’Israël. Aux États-Unis, le nombre de Juifs affirmant avoir rompu avec le sionisme augmente progressivement. De nombreux Juifs qui disent "Je ne suis plus sioniste"
ne veulent pas partager la malédiction liée au génocide des Palestiniens. Cette position est particulièrement exprimée parmi les jeunes Juifs dans le pays qui est le principal soutien d’Israël, les États-Unis.Alors que Netanyahu tente, en s’appuyant sur la puissance américaine, d’étendre les frontières au nom du prétendu
"Grand Israël"
, cette vague d’émigration met en évidence la faillite du sionisme. Le fait qu’Israël soit qualifié d’État paria dans les opinions publiques occidentales érode également le soutien extérieur au sionisme.Dans les publications sionistes, il est indiqué que la majorité des Juifs ayant émigré d’Israël sont des médecins, des ingénieurs, des universitaires, des professionnels du secteur des hautes technologies ainsi que des personnes titulaires d’un master ou d’un doctorat. Cette vague d’émigration n’est donc pas une migration ordinaire :
Israël perd une grande partie de sa population laïque et libérale éduquée, qui constitue une part importante de sa puissance scientifique, médicale et culturelle.
Qualifiée également de "migration du désespoir"
, cette vague d’émigration est mise en relation avec le fait qu’une partie importante de la population ne voit désormais plus d’avenir pour elle-même en Israël.En Israël, alors que les étudiants des
"écoles de la Torah"
appartenant aux Juifs haredim sont exemptés du service militaire, la prolongation des périodes de service des autres catégories de la population en tant que réservistes constitue l’une des causes de cette vague d’émigration. Certains auteurs sionistes affirment que Netanyahu ne se contente pas d’accepter le départ des électeurs de l’opposition d’Israël, mais qu’il facilite également leur fuite vers l’étranger.
Selon eux, Netanyahu construit délibérément un environnement dans lequel les professionnels séculiers se sentent politiquement impuissants, économiquement exploités et culturellement indésirables. Alors que Netanyahu continue de financer les secteurs fidèles à la coalition actuelle, il cherche à se maintenir au pouvoir en faisant peser l’essentiel de la charge militaire et financière sur ceux qui s’opposent à cette coalition.
Les privilèges accordés aux yechivas, les écoles religieuses juives, irritent les milieux éduqués, séculiers et laïcs. Les tentatives d’enrôler les étudiants des yechivas provoquent quant
à elles fréquemment des affrontements entre la police et les Haredim.De même, selon de nombreux auteurs sionistes, cette vague d’émigration est le signe avant-coureur d’un désastre pour Israël. Ces auteurs affirment que Netanyahu sacrifie les ressources humaines les plus productives d’Israël pour assurer sa survie politique. Selon eux, Netanyahu tente d’influencer le résultat des élections en modifiant la structure démographique du pays par le biais de l’émigration. Ils estiment que Netanyahu a convaincu les secteurs libéraux et éduqués d’Israël que leur pays ne leur appartenait désormais plus. Ces auteurs avertissent que le changement spectaculaire de la structure démographique pourrait aider Netanyahu à rester au pouvoir, mais que le prix à payer serait de mettre en péril l’avenir d’Israël.
Le "Grand Israël" pourrait se retourner contre le sionisme
Alors que l’équilibre des forces dans la région est en train de se reconfigurer, Israël tente de créer un
"axe du mal"
afin d’entraver cette évolution. Or Israël s’enfonce dans une audace qui dépasse de très loin les limites de sa puissance. Le rêve du "Grand Israël"
pourrait aboutir à l’effondrement du sionisme.En résumé, un grand affrontement interne est en cours entre les sionistes en Israël. Par conséquent, les
"élections d’octobre"
montreront également vers quoi évoluera ce conflit interne.
