La FIFA d'Infantino favorise-t-elle l'Argentine ? Enquête sur un soupçon tenace
11:56, 13/07/2026, lundi
Yeni Şafak

Odd ANDERSENAFP
La FIFA favorise-t-elle l'Argentine et Lionel Messi ? Analyse des polémiques, statistiques, arbitrages, déclarations d'Infantino et contre-enquête.Depuis le sacre de l'Argentine à la Coupe du monde 2022, une accusation revient à chaque compétition: la FIFA de Gianni Infantino favoriserait-elle la sélection de Lionel Messi ? Le soupçon de favoritisme, longtemps cantonné aux réseaux sociaux, a repris de la vigueur pendant le Mondial 2026, entre penaltys record, plaintes officielles et propos maladroits du président. Enquête sur ce que disent réellement les faits et sur ce qui relève du fantasme.
Au 13 juillet 2026, l'Argentine a remporté ses six matches du tournoi et affrontera l'Angleterre en demi-finale le 15 juillet, poursuivant la défense de son titre.
La petite phrase d'Infantino qui a tout relancé
Le déclencheur est venu du président lui-même. Après la victoire arrachée par l'Argentine face au Cap-Vert (3-2 après prolongation) le 3 juillet, Gianni Infantino a lâché face à une caméra:
"Ce soir, j'ai souffert avec l'Argentine… mais je suis neutre."
Il s'est repris dans la seconde, mais la formule était lancée.Pour des millions de supporters qui accumulent depuis des années les indices d'un traitement de faveur, cette sortie a moins ressemblé à une gaffe qu'à un aveu. La séquence est devenue virale en quelques heures.
Les penaltys, l'argument statistique le plus solide
C'est le chiffre qui fait le plus mal à la FIFA. Sur le seul Mondial 2022, l'Argentine a obtenu cinq penaltys, un record pour une équipe sur une édition. En cumulant 2022 et 2026, la sélection totalise huit penaltys en sa faveur, le double du deuxième, l'Angleterre (quatre penaltys sur les deux tournois).
À titre de comparaison, la France a été championne du monde en 2018 avec trois penaltys sur le tournoi. Le Brésil, la France et le Portugal plafonnent à trois sur le cycle 2022-2026.
La statistique appelle toutefois une nuance importante: Lionel Messi a tiré sept de ces huit penaltys et en a manqué plusieurs, dont un contre l'Égypte en huitième et un contre l'Autriche cette année. Un penalty obtenu n'est pas un but garanti. La fréquence interroge. L'efficacité, beaucoup moins.
2022: trois séquences qui nourrissent le doute
Trois moments du Mondial qatari alimentent toujours le dossier.
Contre la Pologne, l'arbitre Danny Makkelie accorde à Messi un penalty jugé très généreux après un contact de gant du gardien Szczesny au visage. La plupart des observateurs l'ont estimé sévère.
En quart de finale contre les Pays-Bas, l'arbitre espagnol Mateu Lahoz distribue un record de 18 cartons jaunes et un rouge. Le Néerlandais Frenkie de Jong qualifie l'arbitrage de "scandaleux". Mateu Lahoz est renvoyé chez lui après ce match et n'arbitrera plus. La FIFA n'a jamais commenté cette décision.
En finale enfin, des remplaçants argentins pénètrent sur le terrain avant que le ballon du 3-0 ne franchisse la ligne. Selon les propres règles de la FIFA, le but pouvait être annulé. Il a été validé.
2026: la plainte de l'Algérie et la colère de l'Égypte
Le Mondial en cours n'a rien apaisé, bien au contraire.
Dès le premier match, l'Algérie a déposé une plainte formelle auprès de la commission des arbitres de la FIFA après sa défaite 3-0, selon Reuters. Elle visait notamment un geste de Messi, qui pose son crampon sur le mollet du capitaine Aïssa Mandi sans être sanctionné, avant d'inscrire un triplé. Fait notable: la rencontre était arbitrée par le Polonais Szymon Marciniak, déjà au sifflet de la finale 2022.
En huitième de finale, l'élimination de l'Égypte (3-2, après avoir mené 2-0) a déclenché un tollé. La Fédération égyptienne a publié un communiqué affirmant ne pas pouvoir
"rester silencieuse"
sur l'arbitrage de l'arbitre français François Letexier et sur l'usage de la VAR. Un but égyptien avait été refusé pour une faute décelée seulement par la VAR, tandis qu'un penalty réclamé par l'Égypte n'a pas été revu. Le sélectionneur Hossam Hassan a lancé:
"Peut-être voulaient-ils que Messi reste en lice."
José Mourinho aurait, lui, parlé de "vol en plein jour".
Face aux Cap-Verdiens, l'arbitre canadien Drew Fischer a par ailleurs été accusé d'avoir suspendu le jeu près de 90 secondes pour soigner un défenseur argentin, privant le Cap-Vert d'un corner à jouer en supériorité numérique.
Le tirage, le tableau et le "chemin favorable"
Autre grief: le parcours. L'Argentine a évité la France et l'Espagne jusqu'aux dernières marches du tournoi, un tableau perçu comme clément.
Ici, la prudence s'impose. La FIFA ne maîtrise pas la façon dont un tableau se déroule une fois le tirage effectué. En revanche, elle contrôle le format de tirage et le système de têtes de série qu'elle a elle-même conçu pour cette Coupe du monde élargie à 48 équipes. Coïncidence heureuse ou ingénierie plus subtile, personne ne peut le trancher avec certitude.
Inter Miami: quand Infantino a "fabriqué" une place pour Messi
Le dossier dépasse le seul arbitrage. En octobre 2024, Infantino s'est déplacé en Floride pour annoncer lui-même l'entrée d'Inter Miami à la Coupe du monde des clubs 2025, via un billet de
"pays hôte"
créé pour l'occasion.Or l'équipe de Messi n'avait remporté que le Supporters' Shield (première place de la saison régulière), pas le titre nord-américain. Selon des sources citées par Yahoo Sports, la FIFA
"voulait Messi dans le tournoi"
pour compenser l'absence des grands clubs européens et vendre l'événement au public américain. Un précédent qui illustre, au minimum, une gestion taillée pour la star.Un président déjà sous le feu des critiques
L'accusation de partialité s'inscrit dans un mandat marqué par les controverses. Infantino a reçu la médaille de l'Ordre de l'amitié des mains de Vladimir Poutine après le Mondial 2018, défendu le bilan qatari en matière de droits humains en 2022, puis multiplié les gestes envers Donald Trump, jusqu'à créer en décembre 2025 un "Prix FIFA de la paix" décerné au président américain, dénoncé comme un abus de pouvoir par l'ONG FairSquare.
Sur le plan qui intéresse particulièrement notre rédaction, Infantino a refusé de sanctionner Israël malgré la plainte formelle de la Fédération palestinienne concernant des clubs de colonies évoluant dans les championnats israéliens en Palestine occupée (Cisjordanie).
Au Congrès de la FIFA à Vancouver, en avril 2026, sa tentative de mise en scène d'une poignée de main entre dirigeants palestinien et israélien a été rejetée par le président de la Fédération palestinienne Jibril Rajoub, qui a lancé à la salle:
"Nous souffrons."
Une CPI a par ailleurs été saisie d'une plainte accusant la FIFA d'aider à des violations du droit international.Ce contexte n'établit aucun favoritisme sportif envers l'Argentine, mais il nourrit une même question de fond : celle de la neutralité de l'institution et de son président.
Le vrai du faux : ce que la contre-enquête établit
Malgré l'épaisseur du dossier, aucun élément ne prouve un favoritisme organisé.
Le biais arbitral est l'une des choses les plus difficiles à démontrer dans le sport. Affirmer qu'un arbitre entre sur la pelouse avec l'intention d'avantager Messi est une accusation extraordinaire, qui exigerait des preuves extraordinaires.
Prises isolément, la plupart des décisions litigieuses ont une explication défendable: un penalty relève d'un jugement en temps réel, une faute manquée arrive dans chaque match. Qu'une décision profite à l'Argentine ne signifie pas qu'elle a été prise pour l'Argentine.
Les experts eux-mêmes appellent à la mesure. Simon Chadwick, professeur de géopolitique du sport à l'Emlyon (Shanghai), écarte l'idée de matches truqués tout en pointant une réelle inconsistance d'arbitrage. Pierluigi Collina, patron des arbitres de la FIFA, a défendu le but égyptien refusé au nom d'un principe simple:
"une faute est une faute"
, que l'arbitre l'ait vue ou que la VAR la signale. Et comme l'a relevé CNN, l'Égypte menait 2-0 à un quart d'heure de la fin: l'arbitre n'a pas marqué à sa place.
Un dernier facteur brouille le débat : une large part des voix les plus véhémentes provient de la rivalité Messi-Ronaldo. Pour de nombreux partisans du Portugais, présent lui aussi à 41 ans à ce Mondial, l'enjeu n'est pas seulement l'arbitrage, mais la légitimité même du palmarès de Messi.
Verdict
À ce stade, le favoritisme de la FIFA envers l'Argentine relève davantage du faisceau d'indices que de la preuve. Les statistiques de penaltys sont anormales, les polémiques d'arbitrage récurrentes, et l'attitude publique d'Infantino manifestement inappropriée pour un dirigeant censé incarner l'impartialité.
Mais rien, à ce jour, ne démontre une manipulation orchestrée des résultats.
Le vrai problème est peut-être là: moins un complot qu'un président incapable de tenir la posture de neutralité qu'exige sa fonction. Tant que la FIFA laissera prospérer le doute sans y répondre, l'Argentine gagnera sur le terrain et perdra dans l'opinion.
A lire également:

Sports
Scandale à l'AFA: le FBI enquête sur plus de 300 millions de dollars détournés

Sports
Coupe du Monde 2026: Alors qu'il aurait du recevoir un rouge, Messi enfonce l'Algérie (3-0)

Sports
Coupe du monde 2026: pourquoi les indignations contre le Qatar ont disparu lorsqu'il s'agit des États-Unis ?
Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.