18:23, 13/07/2026, lundi
Srebrenica, 31 ans après : "Commémorer, c'est lutter contre l'oubli"
Trente et un ans après le génocide de Srebrenica, Nicolas Abdussalam Pjecevic, membre de la communauté bosniaque, livre à Nouvelle Aube un témoignage exclusif sur le devoir de mémoire. Il rappelle que plus de 8 000 Bosniaques musulmans furent exécutés en juillet 1995, au cœur de l'Europe, après des décennies d'invisibilisation. Il appelle les musulmans et les associations d'Europe à commémorer chaque année ces martyrs, car "l'oubli pave la voie de l'injustice".
Trente et un ans après le génocide de Srebrenica, la commémoration du massacre de plus de 8 000 Bosniaques musulmans reste un impératif de mémoire. À l'occasion du 31e anniversaire de la tragédie, Nouvelle Aube a recueilli le témoignage exclusif de Nicolas Abdussalam Pjecevic, membre de la communauté bosniaque, qui appelle les musulmans d'Europe à ne jamais oublier ce qui s'est produit "à nos portes", au cœur du continent.
Un génocide au cœur de l'Europe
Entre le 11 et le 16 juillet 1995, plus de 8 372 hommes et adolescents bosniaques musulmans sont exécutés par les forces serbes de Bosnie, puis dispersés dans des fosses communes. Un crime reconnu comme génocide par la justice internationale, perpétré dans une enclave pourtant déclarée "zone protégée" par les Nations unies.
"Srebrenica, c'est au cœur de l'Europe. C'est à peine deux heures d'avion de Paris"
, rappelle Nicolas Abdussalam Pjecevic. "Le génocide de Srebrenica a eu lieu il y a 31 ans. À l'échelle de l'histoire de l'humanité, c'est comme si c'était arrivé hier."
Srebrenica, c'était hier à l'échelle de l'histoire.
Il souligne une amertume particulière: les massacres se sont déroulés sous les yeux du monde.
"Une professeure d'histoire nous disait au collège que s'il y avait eu la télé, les journalistes, Internet à l'époque de la Seconde Guerre mondiale, les massacres de Juifs n'auraient jamais eu lieu. Malheureusement, dans les années 90, malgré les médias, la télé, les journalistes, les massacres de Bosnie, Srebrenica, Prijedor, Višegrad et j'en passe, ont eu lieu."
L'aboutissement d'un siècle d'invisibilisation
Pour Nicolas Abdussalam Pjecevic, le génocide n'est pas survenu
"comme un cheveu sur la soupe"
. Il est "l'aboutissement de dizaines d'années, presque un siècle, d'invisibilisation du peuple bosniaque"
, longtemps considéré comme de simples "Serbes ou Croates de confession musulmane".
"Si la communauté bosniaque n'existe pas dans les textes, vous ne pouvez pas la faire disparaître, vu qu'elle n'existe pas"
, explique-t-il. "C'est pour ça que les nationalistes de l'armée de la République serbe de Bosnie ne les appelaient pas les Bosniaques. Ils les appelaient les Turcs, pour légitimer leur combat. Ils ne sont pas serbes, ils ne sont pas croates, ils ne sont surtout pas bosniaques: ce sont des étrangers, nous allons les chasser."
Une rhétorique qui, selon lui,
"doit faire écho à la situation des musulmans en Europe occidentale"
aujourd'hui."Commémorer, c'est honorer les martyrs"
Membre de la communauté bosniaque, Nicolas Abdussalam Pjecevic inscrit ce devoir de mémoire dans une dimension spirituelle.
"Le Prophète Mohamed (paix et salut sur lui) nous a appris que la communauté musulmane était comme un seul corps. Quand l'un des membres souffre, c'est l'ensemble du corps qui en ressent les symptômes."
"Commémorer, c'est honorer les martyrs. Ce sont plus de 8 000 Bosniaques musulmans qui furent lâchement exécutés parce qu'ils croyaient en Allah"
, insiste-t-il. "Se souvenir, c'est lutter contre l'oubli, car l'oubli pave la voie de l'injustice."Il rappelle que cette mémoire est encore vivante:
"On peut malheureusement oublier des événements tragiques qui se sont déroulés il y a 200, 300, 500 ans. Srebrenica, c'était il y a 31 ans. C'est de la mémoire vive. Peut-être même que vous connaissez des Bosniaques qui l'ont vécu d'une manière ou d'une autre."
Un appel à toute la communauté musulmane
L'interviewé appelle chaque musulman à s'emparer de cette commémoration, chacun à son échelle.
"Chaque musulman est appelé à faire une publication sur ses réseaux sociaux afin de partager cet événement tragique."
Il en appelle également aux structures communautaires:
"On appelle aussi les associations musulmanes à en parler, à l'enseigner sur la période de juillet. Ça peut être lors d'une khutba, mais ça peut être des cours. Contacter des associations bosniaques qui pourraient dispenser un cours, un séminaire."
Et de conclure:
"C'est quelque chose qui doit se faire pour que l'ensemble de la communauté musulmane soit informée et prenne conscience de l'importance du sujet. C'est un rappel que nous devons entretenir tous les ans, pour les années à venir."
David Bizet
A lire également:

International
Ils ont encore oublié Srebrenica

Société
Srebrenica : 31 ans après, une survivante cherche père et frère

International
Srebrenica: 10 victimes inhumées 31 ans après le génocide









