16:28, 22/09/2026, mardiM: Mise à jour: 16:36, 22/09/2026, mardi
Ornela Dulellari : "Je ne reconnais plus mon pays"
Ornela Dulellari, ancienne conseillère municipale d'opposition à Annecy, revient sur son engagement pour la Palestine. Juriste de formation, elle avait réclamé la reconnaissance de l'État de Palestine et des mandats d'arrêt de la CPI contre Benjamin Netanyahou, deux demandes depuis concrétisées. Elle décrit en retour une censure institutionnelle et du cyberharcèlement. Un épisode sur un vote concernant une mosquée, longtemps déformé, est ici rétabli. Elle ne s'est pas représentée en 2026.
Ornela Dulellari a occupé un siège de conseillère municipale d'opposition à Annecy entre 2020 et 2026. Juriste en droit international avant son mandat, elle a pris position très tôt sur la guerre à Gaza. Dans un entretien accordé à Nouvelle Aube, elle raconte la censure, le cyberharcèlement et son retrait de la vie politique locale.
Son témoignage éclaire un phénomène plus large. En effet, plusieurs élus français qui défendent la cause palestinienne décrivent des pressions similaires.
Qui est Ornela Dulellari, ancienne conseillère municipale d'Annecy ?
Ornela Dulellari a été élue en 2020 sur la liste d'opposition de Jean-Luc Rigaut. Elle enseigne également le droit à l'université.
Cette double casquette explique son engagement. Avant la politique, elle exerçait déjà comme juriste en droit international. C'est pourquoi le conflit au Proche-Orient est devenu, selon elle, un sujet naturel de prise de parole publique.
Des positions juridiques sur Gaza, validées depuis par les faits
Durant son mandat, l'élue a porté deux revendications précises. Elle réclamait la reconnaissance de l'État de Palestine par la France. Elle demandait aussi des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre les responsables de la guerre, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahou.
Ces deux demandes se sont concrétisées depuis. La CPI a bien délivré des mandats d'arrêt visant Benjamin Netanyahou. Par ailleurs, la France a fini par reconnaître l'État de Palestine.
"Ces propositions ont pris vie"
, résume Ornela Dulellari. Selon elle, ses prises de position n'avaient donc rien d'isolé sur le plan juridique.La censure, "premier mur"
L'ancienne conseillère décrit d'abord une difficulté institutionnelle. Selon ses propos, ses tribunes et ses vœux liés à Gaza ont été systématiquement bloqués en conseil municipal.
"Le premier mur que j'ai dû confronter, c'est la censure"
, affirme-t-elle. Cette situation persisterait encore aujourd'hui, selon elle: aucun média français ne relaierait ses actions politiques, malgré leur caractère d'intérêt général.Elle inclut dans ce constat un recours électoral qu'elle a elle-même déposé. Ce dossier, lui, est documenté. Ornela Dulellari a en effet saisi le tribunal administratif de Grenoble le 27 mars 2026. Elle conteste la régularité du scrutin municipal remporté par Antoine Armand, en pointant notamment une plainte pour faux et usurpation d'identité visant Jean-Luc Rigaut, déposée quelques jours avant le premier tour.
Cyberharcèlement et tentative de division communautaire
La deuxième difficulté évoquée par Ornela Dulellari relève, d'après elle, de la violence directe. Elle affirme avoir subi des campagnes de cyberharcèlement et des menaces récurrentes sur les réseaux sociaux.
Elle décrit également une manœuvre plus ciblée. Selon elle, certains acteurs auraient cherché à créer un conflit entre elle et la communauté musulmane. Cette tentative n'aurait cependant pas fonctionné, dit-elle, faute de prise.
L'épisode du vote sur la mosquée
Un épisode illustre bien cette tentative de division, et celui-ci est documenté. En février 2026, un article de Librinfo74 relayait un vote
"contre"
la construction d'une nouvelle mosquée à Annecy, attribué à Ornela Dulellari.Ce vote avait en réalité été exprimé en son nom par un autre conseiller municipal, via une procuration, à son insu. Une fois informée, l'élue a demandé la correction de son vote en faveur du projet. Le média a ensuite rectifié son article pour refléter ce choix.
Cet épisode contredit donc, sur ce point précis, l'idée d'une opposition d'Ornela Dulellari au projet de mosquée. Il illustre plutôt, selon elle, la manière dont sa position a pu être détournée.
Un retrait volontaire de la vie politique locale
Ornela Dulellari ne s'est pas représentée aux municipales de 2026. Elle explique ce choix par un désaccord de fond avec l'offre politique actuelle.
"Je ne me reconnaissais pas dans ce que le monde et l'offre politique proposent aujourd'hui"
, explique-t-elle. Selon elle, ce ne sont pas ses valeurs.Elle appelle en revanche à un autre type d'engagement. Les élus devraient, selon elle, porter un message de rassemblement plutôt que d'opposer les communautés entre elles. La priorité devrait aller, dit-elle, au service du pays plutôt qu'aux calculs de politique politicienne.
Ce qu'il faut retenir de ce témoignage
Ornela Dulellari a porté, comme conseillère municipale, des positions juridiques sur Gaza aujourd'hui rejointes par la diplomatie française et la justice internationale. Elle décrit cependant un prix politique lourd: censure institutionnelle, silence médiatique et harcèlement en ligne.
Son cas s'ajoute à d'autres témoignages d'élus locaux confrontés à des pressions similaires sur la question palestinienne. La bataille juridique qu'elle mène désormais contre le résultat des municipales d'Annecy reste, elle, pendante devant la justice administrative.
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