18:36, 04/11/2026, mercredi
Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman : CNews relance l'amalgame
Abdul El-Sayed devient le premier sénateur musulman de l'histoire des États-Unis. Au lendemain de son élection dans le Michigan, CNews le présente comme un "quasi-Frère musulman". Cette formule insinue un lien sans preuve et réduit l'élu à sa religion. Nouvelle Aube revient sur son parcours, sur la rhétorique antimusulmane qui l'accompagne depuis la primaire et sur la frontière entre critique politique légitime et stigmatisation.
Abdul El-Sayed vient de faire l'histoire. Le démocrate du Michigan devient le premier
sénateur musulman
des États-Unis. Pourtant, CNews l'a présenté comme un "quasi-Frère musulman"
au lendemain de son élection. Cette formule pose une question simple: pourquoi sa religion passe-t-elle avant son programme ?Abdul El-Sayed, sénateur musulman : une victoire historique
Abdul El-Sayed est médecin et ancien responsable de la santé publique à Detroit. Il est le fils d'un immigré égyptien. Il a grandi dans le sud-est du Michigan.
En août, il a remporté la primaire démocrate face à la représentante Haley Stevens. Le scrutin a été très serré : environ 48,5 % contre 47,5 %, selon La Presse de Tunisie. Par ailleurs, plus de 60 millions de dollars ont été dépensés contre lui, surtout par des groupes pro-israéliens, d'après Al Jazeera.
Il affrontait ensuite le républicain Mike Rogers lors du scrutin du 3 novembre. L'Associated Press a déclaré la course tranchée dès le 4 novembre. Jusqu'ici, aucun musulman n'avait siégé au Sénat américain, rappelle Gulf News. Keith Ellison avait ouvert la voie à la Chambre des représentants en 2006.
Un programme social, pas religieux
Son programme est pourtant connu. Il défend l'assurance maladie pour tous. Il veut sortir l'argent des grandes entreprises de la politique. De plus, il soutient les syndicats et les travailleurs.
Ces propositions auraient dû dominer le débat. En revanche, une partie des médias préfère parler de sa foi.
"Quasi-Frère musulman" : une formule qui insinue
Sur le plateau de CNews, le nouvel élu a donc été présenté comme un
"quasi-Frère musulman"
. Cette étiquette ne s'appuie sur aucun fait précis. Elle évoque pourtant une organisation que beaucoup associent à une menace.Abdul El-Sayed dément tout lien avec les Frères musulmans. Donald Trump l'a pourtant décrit comme
"a Muslim Brotherhood guy, 100 per cent"
, selon The National. Des médias conservateurs ont aussi exhumé d'anciens messages de proches. Ces publications visent son entourage, pas son parcours politique.À la télévision, une formule courte reste en mémoire. Elle circule ensuite sur les réseaux sociaux. C'est pourquoi un simple adjectif peut suffire à salir un élu.
Une rhétorique déjà éprouvée aux États-Unis
Le procédé n'a rien de nouveau. Depuis sa victoire à la primaire, l'hostilité antimusulmane a augmenté, selon le bureau du CAIR au Michigan. Ahram Online le rapporte d'après le Washington Post. Les attaques ont glissé de son programme vers sa religion.
De plus, le Parti républicain l'a qualifié de candidat
"le plus radical"
du pays. Donald Trump l'a même traité de "jihadiste"
. Ces mots visent son identité, pas ses propositions.Ses positions sur Gaza ont aussi alimenté l'offensive des groupes pro-israéliens, selon Al Jazeera. Dans ce contexte, l'accusation de proximité avec les Frères musulmans sert d'arme. Elle disqualifie sans débat. Elle évite surtout de répondre sur le fond.
Un traitement médiatique qui interroge en France
Ce cas dépasse le Michigan. En France, certains plateaux télé associent régulièrement les élus musulmans à des soupçons d'islamisme. Cependant, ces accusations reposent rarement sur des actes précis.
En effet, le procédé suit toujours le même schéma. Un nom, une origine ou une pratique religieuse suffit à déclencher le doute. Ensuite, l'intéressé doit prouver son innocence, alors que l'accusateur ne prouve rien.
C'est pourquoi la formule de CNews mérite d'être examinée. Elle ne décrit pas un parcours. Elle installe une suspicion. De plus, elle intervient au moment précis où l'élu devrait être présenté par son bilan et ses projets.
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