États-Unis: AIPAC reste mobilisée malgré ses revers électoraux
11:40, 06/11/2026, vendrediM: Mise à jour: 12:12, 06/11/2026, vendredi
Yeni Şafak

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Chuck Schumer, chef du groupe démocrate au Sénat depuis 2017, est financé par le lobby israélien AIPAC.Aux Etats-Unis, l'AIPAC, figure de proue du lobby israélien, revendique la victoire de plus de 234 candidats après les élections de mi-mandat américaines et promet d'étendre son activisme. Pourtant, son bilan financier est contrasté. Au Michigan, Abdul El-Sayed a battu le lobby malgré 31 millions de dollars de dépenses hostiles. Il refuse de soutenir Chuck Schumer, lié aux donateurs pro-israéliens, et préfère Chris Van Hollen à la tête des démocrates.
L'AIPAC ne baisse pas les bras. Le principal lobby pro-israélien des États-Unis a revendiqué, mercredi 4 novembre, la victoire de plus de 234 candidats soutenus par ses membres. Il promet aussi d'étendre son activisme dans les prochains cycles électoraux.
Pourtant, les élections de mi-mandat du 3 novembre révèlent aussi ses limites. Un homme incarne cette fracture: Abdul El-Sayed, élu sénateur du Michigan. Il refuse de soutenir Chuck Schumer, le chef des démocrates au Sénat, très lié aux donateurs pro-israéliens.
L'AIPAC reste mobilisée après les élections de mi-mandat
Dans un message publié sur X, l'AIPAC félicite des centaines de démocrates et de républicains. Elle affirme que plus de 234 candidats soutenus par ses membres ont déjà gagné. De nombreuses courses restaient alors trop serrées pour être tranchées.
Ce chiffre appelle une précision. L'organisation ne publie aucune liste des courses concernées. Elle ne dit pas non plus combien de gagnants sont démocrates. Il s'agit donc d'une revendication du lobby, pas d'un décompte indépendant.
Par ailleurs, l'AIPAC conclut son message par une promesse. Ses membres se disent "déterminés à étendre leur activisme politique" dans les cycles à venir. Le lobby veut aussi augmenter son soutien aux élus des deux partis.
Enfin, il félicite Chuck Schumer et Hakeem Jeffries pour les victoires de leurs groupes parlementaires. Or, selon Middle East Eye, les deux chefs démocrates ont reçu des fonds de membres de l'organisation.
Un bilan financier très contrasté pour le lobby pro-israélien
Les chiffres racontent pourtant une autre histoire. Selon un rapport de Responsible Statecraft, repris par Al Jazeera, l'AIPAC et ses comités ont dépensé 84,1 millions de dollars. Environ 55,3 millions sont allés à des candidats battus.
Ainsi, près de deux tiers des dépenses ont soutenu des perdants. En 2022 et en 2024, le super PAC United Democracy Project (UDP) avait fait bien mieux. Il avait alors misé sur des vainqueurs pour 69 % puis 87 % de ses dépenses.
Le lobby change aussi de méthode. En octobre, il a annoncé qu'il cesserait d'afficher publiquement ses soutiens. Il renonce aussi aux contributions directes de son comité d'action politique. L'AIPAC invoque des raisons stratégiques. Pour The New Arab, la contestation grandissante a pesé dans la balance.
De leur côté, les opposants au lobby y voient un tournant. Le site AIPAC Tracker recense 30 élus du Congrès qui ont gagné sans lien avec l'organisation, d'après Middle East Eye.
Michigan: Abdul El-Sayed gagne malgré l'AIPAC
Le Michigan illustre ces limites. Selon Responsible Statecraft, l'UDP a dépensé 31,47 millions de dollars contre Abdul El-Sayed. Cette somme couvre la primaire et l'élection générale. Il a pourtant remporté les deux scrutins.
Dès juin, l'UDP avait déjà versé près de 8 millions de dollars en faveur de sa rivale, Haley Stevens, rapporte l'Associated Press. Cela n'a pas suffi à la sauver. Elle a reconnu sa défaite le soir de la primaire.
Abdul El-Sayed défend une ligne claire. Il demande la fin de l'assistance militaire américaine à Israël, selon Al Jazeera. Des experts cités par la chaîne estiment que ce message rejoint celui de nombreux républicains "America First".
Chuck Schumer, un chef démocrate lié à l'AIPAC
Chuck Schumer dirige les démocrates au Sénat depuis 2017. Il l'a dit sans détour à Politico: il se représente comme chef de son groupe. Il n'envisage donc pas de partir, quel que soit le résultat du scrutin.
Son financement nourrit la critique. Selon OpenSecrets, cité par Sludge en 2024, Schumer avait reçu au moins 1,7 million de dollars de donateurs pro-israéliens. Il était alors le premier bénéficiaire au Sénat.
Cette précision compte. Ces sommes regroupent les dons de donateurs pro-israéliens, pas seulement ceux passés par l'AIPAC. Le lien avec le lobby reste néanmoins étroit, comme le montre son message de félicitations.
Schumer avait aussi soutenu Haley Stevens à la primaire. Après la victoire d'El-Sayed, il a apporté son soutien au nouveau candidat, rapporte JNS.
Abdul El-Sayed refuse de soutenir Chuck Schumer
Ce soutien n'est pas réciproque. Selon Fox News, Abdul El-Sayed ne rejoint pas le camp de Schumer. Il a dit qu'il soutiendrait le sénateur Chris Van Hollen pour diriger les démocrates.
En avril, il avait précisé sa position sur CNN, rapporte Jewish Insider. D'après ce média, il juge que Van Hollen doit remplacer Schumer. Il cite le soutien constant de ce dernier à l'aide américaine à Israël.
Van Hollen a de son côté appuyé El-Sayed en juin. Il rompait alors avec la direction démocrate, d'après l'Associated Press. Jewish Insider le décrit comme l'un des sénateurs les plus critiques envers Israël.
El-Sayed n'est pas seul dans cette position. Selon Fox News, Peggy Flanagan, au Minnesota, reste elle aussi évasive sur Schumer. Pourtant, tous deux ont accepté l'argent du Senate Majority PAC, proche du chef démocrate.
Les démocrates contrôlent désormais les deux chambres, selon Al Jazeera. La question du chef du groupe au Sénat devient donc centrale. Elle pourrait peser sur la place de la Palestine dans l'agenda du parti.
Van Hollen soutenu par J Street, un "AIPAC démocrate"
Chris Van Hollen n’est pas l’homme de l’AIPAC. En mars, il a déclaré que l’organisatio
n "n’est ni pro-américaine ni pro-israélienne"
, selon le Washington Examiner. Depuis juin, l’AIPAC mène une campagne contre lui, qui l’accuse d’alimenter des "tropes antisémites"
.Le sénateur du Maryland a en revanche des alliés dans le camp pro-israélien libéral.
Il est proche de J Street, le rival de l’AIPAC. Selon le site de suivi AIPAC Tracker, il a reçu environ 134 000 dollars (133 660 dollars) de PAC pro-israéliens, principalement de J Street PAC.
Cela le place au 76e rang sur 100 sénateurs.
Pourquoi cette fracture compte pour la Palestine
Cette bataille dépasse les personnes. Elle mesure le poids du lobby pro-israélien sur la politique américaine. Elle touche directement les armes livrées à Israël et la guerre contre Gaza.
Le centre de gravité bouge chez les démocrates. Le groupe J Street, rival de l'AIPAC, affirme que près des deux tiers des démocrates du nouveau Congrès auront son soutien, selon JTA.
Les républicains, eux, se divisent. D'après Middle East Eye, le vice-président JD Vance impute la défaite de son camp à la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Il rappelle que l'AIPAC a soutenu cette guerre.
Pour autant, l'AIPAC reste puissante. Un analyste cité par Al Jazeera souligne qu'elle peut encore dépenser assez pour garder des élus dans son camp. Son poids financier reste donc considérable.
Une influence contestée, mais toujours active
L'AIPAC sort de ces élections affaiblie sur le terrain, mais pas désarmée. Elle revendique plus de 234 candidats élus et annonce qu'elle redoublera d'efforts. Ses adversaires, eux, gagnent du terrain.
Le cas d'Abdul El-Sayed le prouve. Un candidat qui réclame la fin de l'aide militaire à Israël a battu des dizaines de millions de dollars de dépenses hostiles. Désormais, la bataille pour la direction des démocrates au Sénat sera un test majeur.
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