Yémen : les Houthis consolident leur emprise sur Bab el-Mandeb
15:17, 13/09/2026, dimanche
AFP

Photo par MOHAMMED HUWAIS / AFP
Mohammed Ahmed Miftah (au centre), Premier ministre par intérim des autorités houthistes, arrive pour tenir une conférence de presse à Sanaa, la capitale yéménite, le 12 septembre 2026Les combattants Houthis ont établi leur emprise sur l'ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, renforçant ainsi leur rôle clé au sein de la constellation des groupes armés soutenus par la République islamique d'Iran.
Origines et fondation du mouvement
Selon des sources historiques, les Houthis constituent un mouvement armé issu de la minorité zaïdite, branche du chiisme qui demeure majoritaire dans les provinces du nord-ouest du Yémen bien qu'elle représente une minorité à l'échelle nationale. Le groupe, officiellement dénommé Ansar Allah (Partisans de Dieu), a été fondé au cours des années 1990 dans la région pauvre de Saada pour dénoncer les discriminations systémiques subies par cette communauté religieuse longtemps marginalisée par les pouvoirs centraux successifs.
Le mouvement tire son nom de son fondateur spirituel Badreddine al-Houthi ainsi que de son fils aîné Hussein, tombé sous les balles des forces gouvernementales yéménites en 2004 lors d'une répression sanglante. C'est un autre fils, Abdel Malek al-Houthi, qui a succédé à la tête de l'organisation, transformant progressivement ce mouvement autrefois confiné dans ses montagnes du nord-ouest en une puissance politique et militaire de premier plan capable de défier l'ordre régional établi.
Expansion territoriale et conflits majeurs
Entre 2004 et 2010, les insurgés zaïdites ont livré six guerres sanglantes au gouvernement central de Sanaa, avant d'affronter directement l'Arabie saoudite en 2009-2010 suite à des incursions transfrontalières dans le Royaume. Ils se sont par la suite joints au soulèvement populaire de 2011 qui a renversé le président Ali Abdallah Saleh, s'alliant paradoxalement à ce dernier deux ans plus tard pour chasser le gouvernement de transition soutenu par la communauté internationale, avant de l'assassiner brutalement en décembre 2017.
Par ailleurs, leur percée décisive remonte à septembre 2014, lorsqu'ils ont pris le contrôle de la capitale Sanaa puis étendu leur emprise sur les principales régions du pays, y compris les ports stratégiques. Cette avancée fulgurante a déclenché en mars 2015 une intervention militaire de coalition menée par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, conflit qui a fait des centaines de milliers de morts et provoqué l'une des pires crises humanitaires au monde selon les organisations internationales, avant l'instauration d'une trêve fragile en 2022.
De plus, les hostilités ont repris en juillet dernier suite à un incident diplomatique majeur qui a failli dégénérer en confrontation régionale directe. L'Iran avait en effet envoyé un avion transportant une délégation houthie à Sanaa sans solliciter l'autorisation des autorités saoudiennes, contrairement aux pratiques en vigueur depuis dix ans, ce qui a déclenché des frappes aériennes sur l'aéroport de la capitale. En représailles, les combattants houthies ont mené des attaques de drones contre le territoire saoudien, une première depuis la trêve de 2022.
Capacités militaires et particularités idéologiques
Aujourd'hui, le mouvement dispose de dizaines de milliers de combattants aguerris, parfaitement entraînés aux techniques de guérilla dans le relief montagneux et désertique du Yémen. Il contrôle l'essentiel des territoires peuplés du pays, incluant la capitale Sanaa et les régions nordiques, tandis que les forces gouvernementales reconnues par la communauté internationale tiennent une superficie plus vaste géographiquement mais démographiquement moins densément peuplée, privant l'administration houthie de ressources essentielles.
Leur arsenal, composé notamment de missiles balistiques de fabrication locale et de drones kamikazes, constitue une menace directe pour les pays pétroliers du Golfe ainsi que pour Israël, régulièrement visé depuis le début de la guerre à Gaza. Toutefois, contrairement au Hezbollah libanais qui reconnaît l'autorité religieuse suprême du guide iranien, les Houthis maintiennent une indépendance théologique, bien qu'ils aient développé au fil des années des liens idéologiques et militaires étroits avec la République islamique d'Iran.
L'axe de la résistance et les opérations navales
Les combattants yéménites s'inscrivent pleinement dans l'axe de la résistance, alliance informelle de groupes armés pilotée par Téhéran et rassemblant également le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais ainsi que diverses factions chiites irakiennes hostiles à la présence américaine. L'Arabie saoudite et les États-Unis considèrent les Houthis comme un instrument direct de l'Iran, accusant régulièrement la République islamique de leur fournir des missiles et des composants drones avancés, accusations que les autorités iraniennes ont vigoureusement démenties par le passé malgré des preuves matérielles accablantes selon Washington.
En 2024, en solidarité avec la population de Gaza assiégée, ils ont mené des attaques répétées et de plus en plus sophistiquées contre des navires marchands liés à Israël en mer Rouge, obligeant de nombreuses compagnies maritimes internationales à faire un long détour coûteux en contournant l'Afrique australe. En mars, ils ont également revendiqué des frappes de missiles contre l'État hébreu en soutien à l'Iran, récemment visé par des frappes américaines et israéliennes sur son territoire, sans toutefois causer de dommages majeurs ni de victimes civiles.
L'offensive sur le détroit stratégique
Les Houthis ont démontré leur capacité croissante à perturber le commerce maritime mondial à travers des attaques coordonnées dans le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique vital pour les exportations de pétrole saoudiennes et la circulation internationale. En juillet, ils ont décrété un blocus maritime total contre Riyad, ciblant depuis régulièrement des pétroliers et navires marchands saoudiens dans ces eaux troubles, exacerbant les tensions dans une région déjà fragile.
Cette semaine, à l'issue d'une offensive terrestre et navale éclair menée par des unités d'élite bien équipées, les insurgés houthies se sont emparés de l'intégralité de la côte yéménite bordant la mer Rouge, des installations portuaires comprises. Ils contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb dans sa totalité, consolidant ainsi leur emprise sans partage sur cette voie maritime cruciale pour le transport mondial d'hydrocarbures et les intérêts énergétiques stratégiques de l'ensemble de la région.
Pour rappel, le détroit de Bab el-Mandeb relie la mer Rouge à l'océan Indien et représente l'une des artères commerciales les plus importantes du monde, avec près de 12% du commerce maritime international qui transite par ses eaux étroites.
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