Soudan: le pape Léon XIV réclame un cessez-le-feu immédiat
11:21, 10/08/2026, lundi
AA

Filippo MONTEFORTEAFP
Le pape Léon XIV réclame un cessez-le-feu au Soudan et des corridors humanitaires.Le pape Léon XIV a appelé dimanche à un cessez-le-feu immédiat au Soudan. Après l'Angélus, il a réclamé des corridors humanitaires pour les civils et cité la ville assiégée d'El-Obeid. L'ONU y redoute des atrocités de masse comparables à El-Fasher. Le conflit entre l'armée et les Forces de soutien rapide dure depuis 2023. Il a déplacé près de 8,69 millions de personnes à l'intérieur du pays selon l'OIM.
Le pape Léon XIV a haussé le ton dimanche 9 août 2026. Depuis la place Saint-Pierre, il a dénoncé la situation
"tragique"
qui perdure au Soudan. Il a surtout demandé à la communauté internationale de soutenir les efforts en faveur d'un arrêt des combats.Son appel intervient alors que la ville d'El-Obeid subit un siège meurtrier. Par ailleurs, l'ONU redoute désormais un massacre de grande ampleur dans cette région du Kordofan.
Le pape Léon XIV appelle à un cessez-le-feu au Soudan
Le souverain pontife s'est exprimé après la prière de l'Angélus, selon Vatican News. Ses mots ont été directs.
"Je renouvelle mon appel aux autorités afin qu'elles garantissent des corridors humanitaires pour la population civile"
, a-t-il déclaré. Il a ensuite exhorté la communauté internationale "à soutenir les efforts visant à parvenir à un cessez-le-feu immédiat".
Le pape a aussi demandé l'arrêt de la
"spirale de la violence"
. De plus, il a plaidé pour un retour rapide à la diplomatie et au dialogue.Ce message vise un pays largement absent des grands agendas diplomatiques. En effet, le Soudan reste l'angle mort des chancelleries occidentales depuis plus de trois ans.
El-Obeid, ville assiégée au bord du gouffre
Le pape a explicitement cité El-Obeid, capitale de l'État du Kordofan-Nord. Ce choix n'a rien d'anodin.
La ville est coupée du monde depuis des mois. Les Forces de soutien rapide (FSR) la bombardent par drones de manière quasi continue. Ainsi, environ un demi-million de personnes s'y trouvent piégées.
Un demi-million de civils pris au piège
Les conditions de vie s'y effondrent. L'eau manque cruellement. Une épidémie de choléra progresse dans les quartiers surpeuplés.
La plupart des familles mangent un seul repas par jour, quand elles y parviennent. Cependant, l'aide n'arrive plus : la majorité des organisations humanitaires ont suspendu ou réduit leurs opérations. Les déplacés récemment arrivés ne reçoivent quasiment rien.
Des violences sexuelles contre les femmes et les filles sont par ailleurs signalées à un rythme alarmant.
L'ONU redoute un scénario à la El-Fasher
Les experts des Nations unies tirent la sonnette d'alarme. Ils évoquent un risque d'atrocités de masse à El-Obeid.
Le précédent inquiète. L'an dernier, la prise d'El-Fasher au Darfour par les FSR s'est soldée par le massacre d'environ 6 000 civils.
Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a employé des mots rares.
"Ceci n'est pas un exercice. C'est une alerte rouge qui doit atterrir sur les bureaux des chefs d'État et de gouvernement du monde entier"
, a-t-il averti.C'est pourquoi l'appel du pape prend un relief particulier. Il rejoint un consensus d'experts que les capitales ignorent encore.
Une guerre née d'une rivalité entre généraux
Le conflit a éclaté en avril 2023. Il oppose l'armée soudanaise aux Forces de soutien rapide, un groupe paramilitaire.
Le désaccord portait officiellement sur l'intégration des FSR dans l'armée régulière. En réalité, deux généraux se disputaient le contrôle de l'État.
Depuis, la guerre a fait des dizaines de milliers de morts. Elle a aussi déplacé des millions de personnes. En revanche, aucune médiation internationale n'a produit de résultat durable.
Des chiffres de déplacement vertigineux
Les données humanitaires donnent la mesure du désastre. À la fin du mois de juin 2026, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) recensait environ 8,69 millions de déplacés internes au Soudan.
L'organisation comptabilisait par ailleurs plus de 4,64 millions de retours. Ces personnes sont revenues dans leur région d'origine ou depuis l'étranger.
Ces retours ne signifient pourtant pas un apaisement. Ils traduisent souvent l'épuisement des familles et la saturation des zones d'accueil.
L'Ukraine également évoquée
Le pape a ensuite abordé la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Il a souligné que les "épisodes tragiques" se poursuivaient et se multipliaient.
Cette escalade entraîne une hausse du nombre de victimes civiles. "Je suis aux côtés des familles des victimes, des blessés et de tous ceux qui souffrent en raison du conflit qui se poursuit", a-t-il ajouté.
Un appel qui interroge le silence international
La sortie du pape met en lumière une hiérarchie des indignations. Certaines guerres mobilisent des sommets d'urgence. D'autres, comme celle du Soudan, se déroulent presque sans témoins.
Ce deux poids, deux mesures rappelle celui observé à Gaza. Là aussi, les appels au cessez-le-feu ont longtemps buté sur l'inaction des mêmes puissances. Dès lors, la question dépasse le seul cas soudanais.
Türkiye figure parmi les rares États à maintenir une présence diplomatique et humanitaire active sur ce dossier africain. Ankara a proposé à plusieurs reprises sa médiation entre les belligérants.
Ce qu'il faut retenir
L'appel du pape Léon XIV pose trois exigences claires. D'abord, l'ouverture de corridors humanitaires. Ensuite, un cessez-le-feu immédiat. Enfin, un retour à la négociation.
Ces demandes restent modestes au regard de l'urgence. Cependant, elles constituent aujourd'hui le minimum vital pour un demi-million de civils encerclés à El-Obeid.
La réponse appartient désormais aux États capables de peser sur les belligérants. Le temps, lui, joue contre les habitants du Kordofan.
A lire également:

International
Soudan : le pape exige des couloirs humanitaires

International
Soudan: le choléra continue de se propager, 2 000 cas au Kordofan

International
Soudan : ONU Femmes alerte sur les violences contre les femmes à El-Obeid


