18:27, 11/08/2026, mardi
Pourquoi Ceuta et Melilla sont-elles toujours espagnoles ?
La crise migratoire de Ceuta a relancé le débat sur la présence espagnole en Afrique du Nord. Cet article revient sur l'histoire de Ceuta et Melilla, la résistance menée en Algérie avec le soutien des frères Barberousse et de l'Empire ottoman, ainsi que les raisons géographiques et stratégiques qui ont permis à l'Espagne de conserver plusieurs enclaves au nord du Maroc jusqu'à aujourd'hui.
La crise migratoire qui a frappé Ceuta à la fin du mois de juillet a relancé une vieille question géopolitique: pourquoi Ceuta et Melilla, situées sur le continent africain et revendiquées par le Maroc, demeurent-elles sous souveraineté espagnole ?
Le 30 juillet, des dizaines de milliers de personnes, principalement de jeunes Marocains, ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta. Selon les autorités espagnoles, environ 72 000 personnes seraient entrées dans la ville en quelques jours avant qu'une grande partie d'entre elles ne retourne au Maroc.
Cette crise est survenue dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Quelques jours auparavant, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'était rendu à Alger, officialisant le rapprochement entre l'Espagne et l'Algérie après plusieurs années de tensions liées notamment à la question du Sahara occidental.
Selon des informations relayées par plusieurs médias espagnols, citant des sources sécuritaires, le contrôle des frontières marocaines aurait été temporairement relâché. Pour certains observateurs, cette situation pourrait avoir constitué un moyen de pression politique sur Madrid. D'autres y voient une tentative de fragiliser l'Espagne sur la scène européenne.
Au-delà de la crise migratoire, l'épisode a remis en lumière un héritage historique qui remonte à plus de cinq siècles.
De l'expansion espagnole au Maghreb à la résistance algérienne
Au XVIᵉ siècle, l'Espagne contrôle plusieurs positions stratégiques sur les côtes du Maghreb. Parmi elles figurent Melilla, Oran, Mers el-Kébir, Béjaïa ainsi que le Peñon d'Alger.
L'objectif de la monarchie espagnole est alors de sécuriser les routes maritimes méditerranéennes et de contenir l'influence croissante des puissances musulmanes après la Reconquista.
En Algérie, la situation évolue rapidement. En 1516, les élites d'Alger sollicitent l'aide des frères Barberousse afin de lutter contre la présence espagnole. Arouj Barberousse s'installe à Alger et transforme la ville en centre de résistance.
Après sa mort en 1518, son frère Khayreddine Barberousse poursuit son action et obtient l'appui de l'Empire ottoman. Des janissaires, des navires et des renforts militaires sont envoyés afin de soutenir Alger.
Cette alliance entre les populations locales, les frères Barberousse et l'Empire ottoman modifie profondément l'équilibre des forces en Méditerranée occidentale. Le Peñon d'Alger est repris en 1529. D'autres positions espagnoles tombent progressivement.
Après plusieurs siècles d'affrontements, Oran et Mers el-Kébir sont finalement récupérées en 1792 sous l'autorité du Bey Mohamed El-Kebir.
L'Algérie parvient ainsi à mettre fin à la présence espagnole sur son territoire grâce à une combinaison de résistance locale, de soutien ottoman et de campagnes militaires prolongées.
Pourquoi Ceuta et Melilla n'ont-elles jamais été reprises ?
La situation marocaine est sensiblement différente. Ceuta est conquise par le Portugal en 1415 avant d'être intégrée à la souveraineté espagnole en 1668. Melilla est occupée par la Castille dès 1497.
Le premier facteur expliquant leur maintien sous contrôle espagnol est géographique. Les deux villes sont situées à proximité immédiate de la péninsule Ibérique et à l'entrée du détroit de Gibraltar, l'un des passages maritimes les plus stratégiques au monde.
Contrairement à Oran, elles peuvent être ravitaillées rapidement par voie maritime. L'Espagne a ainsi pu maintenir une présence militaire permanente et mobiliser des ressources importantes pour leur défense.
Le second facteur est politique et militaire. Contrairement à Alger, le Maroc n'a jamais bénéficié du soutien direct de l'Empire ottoman dans sa lutte contre les enclaves espagnoles. Les dynasties marocaines ont préservé leur indépendance vis-à-vis d'Istanbul et ont mené seules leurs tentatives de reconquête.
Parmi les épisodes les plus marquants figure le siège de Ceuta entre 1694 et 1727. Malgré plus de trente années de combats, les forces marocaines ne parviennent pas à reprendre la ville.
Ceuta et Melilla ne constituent d'ailleurs pas les seules possessions espagnoles en Afrique du Nord. L'Espagne conserve également les îles Chafarinas, les îles Alhucemas et le Peñón de Vélez de la Gomera, tous revendiqués par le Maroc.
Les îles Chafarinas illustrent particulièrement cette situation. Situé à quelques kilomètres seulement des côtes marocaines, cet archipel demeure sous administration espagnole depuis son occupation en 1848.
Aujourd'hui encore, Ceuta et Melilla restent l'un des principaux contentieux territoriaux entre le Maroc et l'Espagne.
La récente crise migratoire a rappelé que ces territoires ne relèvent pas seulement du passé. À la frontière entre l'Afrique et l'Europe, ils constituent un enjeu stratégique majeur mêlant immigration, sécurité, diplomatie et rivalités régionales.
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