13:53, 28/09/2026, lundi
Soudan du Sud: vers une première élection nationale le 22 décembre
Quinze ans après son indépendance, le Soudan du Sud pourrait franchir une étape politique majeure. Le pays, devenu indépendant du Soudan en juillet 2011, n'a encore jamais organisé d'élection nationale depuis sa création. Un scrutin présidentiel et législatif est désormais prévu le 22 décembre 2026.
La décision met fin au gouvernement d'union nationale qui associait notamment Salva Kiir et son principal rival historique, Riek Machar. Cette architecture institutionnelle avait été conçue pour stabiliser le pays après plusieurs années de guerre civile.
Les nouvelles règles permettent désormais au Soudan du Sud d'organiser les élections sans attendre l'achèvement de deux processus longtemps présentés comme des conditions préalables : l'adoption d'une Constitution permanente et la réalisation d'un nouveau recensement national.
Un calendrier électoral désormais accéléré
Le Soudan du Sud devait initialement achever plusieurs grandes réformes institutionnelles avant de se rendre aux urnes. La Constitution permanente, le recensement de la population et différentes réformes liées à la sécurité figuraient notamment parmi les étapes du processus de transition issu de l'accord de paix de 2018.
Mais les retards successifs ont repoussé à plusieurs reprises la tenue des élections.
La Commission électorale nationale a finalement fixé le scrutin au 22 décembre 2026. Afin de permettre son organisation, le Parlement a adopté des amendements à la législation électorale, ensuite promulgués par Salva Kiir.
Le nouveau cadre sépare notamment l'organisation des élections de l'achèvement du processus constitutionnel et du recensement. Le président sortant reste par ailleurs en fonctions pendant la période électorale et conserve ses pouvoirs constitutionnels jusqu'à l'entrée en fonctions du président élu.
La dissolution du gouvernement de transition s'est accompagnée de la mise en place d'une administration chargée d'assurer la période précédant les élections. Les vice-présidents du gouvernement d'union nationale ont également quitté leurs fonctions.
Cette transformation institutionnelle intervient toutefois alors que le calendrier électoral reste particulièrement serré.
Au moment de la dissolution du gouvernement, l'inscription des électeurs n'avait toujours pas commencé. Début septembre, la Commission électorale reconnaissait qu'aucun registre électoral national n'avait encore été établi et que les préparatifs nécessaires à l'enregistrement des électeurs étaient toujours en cours.
Autre changement notable : Salva Kiir a remplacé, le 15 septembre, le président de la Commission électorale nationale, Abednego Akok Kacuol, par Gabriel Bol Deng Majok, jusque-là secrétaire général de l'institution.
Aucune raison officielle n'a été rendue publique pour expliquer ce changement intervenu environ trois mois avant le scrutin. L'ancien responsable de la Commission a cependant appelé son successeur à poursuivre les préparatifs engagés pour les élections du 22 décembre.
Riek Machar absent d'un processus électoral contesté
La situation de Riek Machar constitue un autre enjeu majeur.
Ancien chef rebelle devenu premier vice-président dans le cadre du partage du pouvoir, Machar est l'une des principales figures de l'opposition sud-soudanaise et le rival historique de Salva Kiir.
Il est détenu à résidence depuis mars 2025 et a été inculpé notamment pour trahison et meurtre en lien avec des attaques attribuées à la milice White Army contre les forces gouvernementales. Il rejette les accusations portées contre lui. Son procès a débuté en septembre 2025.
Son mouvement, le SPLM-IO, conteste désormais le processus électoral engagé par les autorités. Le 23 septembre, des responsables du mouvement ont rejeté les élections prévues en décembre, estimant que les modifications du cadre électoral avaient été adoptées sans consensus politique suffisant entre les signataires de l'accord de paix.
La South Sudan Opposition Alliance avait également critiqué la méthode utilisée pour modifier les textes régissant la transition, estimant que les changements auraient dû être précédés d'une concertation plus large entre les différentes parties.
Les Nations unies suivent également le processus avec attention. Lors d'un briefing devant le Conseil de sécurité en août, la Mission des Nations unies au Soudan du Sud avait souligné que des interrogations persistaient sur la possibilité de réunir, dans les délais disponibles, les conditions nécessaires à des élections crédibles, pacifiques et inclusives.
Au Conseil de sécurité, plusieurs délégations ont également appelé les acteurs politiques sud-soudanais à privilégier un dialogue inclusif et à régler les questions encore en suspens concernant la sécurité, l'espace politique, la participation des populations déplacées et l'organisation matérielle du scrutin.
L'enjeu dépasse donc la simple tenue d'un vote.
Pour le Soudan du Sud, les élections du 22 décembre constitueraient la première consultation nationale depuis l'indépendance et marqueraient théoriquement la fin d'une transition politique prolongée à plusieurs reprises.
Mais leur organisation dépend encore d'un ensemble de facteurs pratiques et politiques : l'enregistrement des électeurs, le financement du processus, la sécurité, la participation de l'opposition, l'accès des électeurs déplacés aux urnes et la capacité des institutions électorales à fonctionner dans un délai particulièrement court.
Le gouvernement de Salva Kiir affirme vouloir maintenir la date du 22 décembre. Le président a d'ailleurs ouvert, le 24 septembre, un dialogue interpartis consacré aux questions électorales, en présence de représentants politiques, de la société civile et de partenaires internationaux.
Si le calendrier est respecté, le 22 décembre 2026 deviendra ainsi une date historique pour un pays qui attend depuis quinze ans de choisir ses dirigeants à travers des élections nationales.
À moins de trois mois du scrutin, la question n'est cependant plus seulement de savoir si le Soudan du Sud votera, mais dans quelles conditions institutionnelles, sécuritaires et politiques cette première élection pourra se dérouler.
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