Sommet de l'UA: conflit en RDC et élection d'un nouveau président de Commission au menu

09:48, 12/02/2025, mercredi
AFP
Sommet de l'UA: conflit en RDC et élection d'un nouveau président de Commission au menu
Michele SpatariAFP
Un agent de sécurité se tient à côté d'un logo de l'UA à l'entrée de la salle plénière principale lors de la deuxième journée de la 37e session ordinaire de la Conférence de l'Union africaine (UA) au siège de l'UA à Addis-Abeba, le 18 février 2024.

Les chefs d'État africains se réunissent ce week-end à Addis-Abeba pour le sommet annuel de l'Union africaine (UA), qui désignera un nouveau président de sa Commission, en pleine escalade du conflit en République démocratique du Congo (RDC).

Dans l'est de la RDC, le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, a pris fin janvier le contrôle de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, avant de progresser dans la région voisine du Sud-Kivu. En face, l'armée congolaise est notamment appuyée par des troupes sud-africaines et burundaises.


Cette crise s'ajoute à une longue liste de défis pour l'UA, une organisation représentant près de 1,5 milliard d'Africains, siégeant à Addis-Abeba et régulièrement critiquée pour son manque d'efficacité et ses prises de position timorées.

Depuis la récente intensification du conflit, et alors que Kinshasa réclame en vain des sanctions internationales contre Kigali, les appels de la communauté internationale à une désescalade et à un cessez-le-feu se sont multipliés.


Certains pays et l'ONU demandent également le retrait des troupes rwandaises de l'est de la RDC. L'UA a aussi demandé l'arrêt des combats, mais sans mentionner le Rwanda.


"Le risque que cette guerre se transforme en une confrontation entre plusieurs pays de la région des Grands Lacs, rappelant les horreurs des années 1990, est élevé",
s'alarme dans un rapport l'International Crisis Group (ICG).

Situation "désastreuse"


Les récents combats dans l'est congolais, secoué par des violences depuis 30 ans, ont fait au moins 2 900 morts selon l'ONU.


Dans cette situation
"désastreuse",
l'UA
"a les capacités d'être à l'avant-garde des négociations de paix et de faire pression sur tout le monde pour éviter une nouvelle escalade",
estime Liesl Louw-Vaudran, chercheuse à l'ICG et spécialiste de l'UA.

La RDC sera au menu d'une réunion des chefs d'État du continent prévue vendredi, avant le sommet formel samedi et dimanche, a précisé Paschal Chem-Langhee, coordinateur en charge de la communication du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA.


Il n'a pas précisé si le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame y assisteraient ensemble en personne, ce qui serait une première depuis plusieurs mois.

Le président angolais João Lourenço, très impliqué depuis plusieurs années dans les tentatives de médiation entre la RDC et le Rwanda, prendra ce week-end la présidence tournante de l'UA, un rôle honorifique.


À l'issue du sommet, un nouveau président de la Commission de l'UA sera désigné pour succéder au Tchadien Moussa Faki Mahamat, qui a atteint la limite des deux mandats pour ce rôle exécutif.


Trois candidats se disputent le poste tournant de plus haut représentant de l'organisation panafricaine, réservé cette fois à un représentant de l'Afrique de l'Est : le ministre des Affaires étrangères djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, le vétéran de l'opposition kényane Raila Odinga et l'ancien ministre des Affaires étrangères malgache Richard Randriamandrato.


"Il y a tellement de paramètres que c'est impossible de dire qui va remporter l'élection",
a expliqué à l'AFP Benjamin Augé, chercheur au centre Afrique de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

"De nombreux dirigeants africains ont promis publiquement de soutenir Raila Odinga, mais en fin de compte, cela reste un vote secret",
abonde Liesl Louw-Vaudran.

L'élection se fait à la majorité des deux tiers des États membres ayant le droit de vote, ce qui exclut six pays actuellement suspendus à la suite de coups d'État, comme le Gabon, le Mali ou le Niger.

Clivantes réparations


Les chefs d'État du continent discuteront également des "réparations" des crimes de la colonisation, thème prévu de ce 38ᵉ sommet.


En novembre 2023, le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait appelé ses homologues africains à faire front commun sur le sujet, y compris sur l'esclavage transatlantique.


Récemment, certains chefs d'État occidentaux ont commencé à reconnaître des torts, et des musées ont amorcé la restitution de trésors et d'œuvres d'art africains volés.

Mais jusqu'à présent, les dirigeants du continent divergent sur les montants et les formes de ces réparations financières.


"Le thème de l'année ne reçoit généralement pas beaucoup d'attention",
note Liesl Louw-Vaudran. Pour Paul-Simon Handy, directeur régional Afrique de l'Est à l'Institut des études de sécurité (ISS), le sujet des réparations risque de
"cliver"
à un moment où les tensions géopolitiques mondiales requièrent
"du consensus"
et des
"plateformes de discussions".

Un contexte notamment marqué par les récentes annonces de Donald Trump de suspendre les programmes d'aide étrangère américains ou de retirer les États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui inquiètent nombre de gouvernements et d'ONG sur le continent.


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