Tchad : neuf opposants graciés, dont Succès Masra
10:35, 15/08/2026, samedi
AFP

XAFP
L'opposant tchadien Succès Masra.Neuf dirigeants de l'opposition tchadienne, dont l'ancien Premier ministre Succès Masra, ont été libérés vendredi après avoir été graciés par le président Mahamat Idriss Déby, a indiqué la présidence.
Libération des dirigeants de l'opposition
Selon le décret présidentiel publié vendredi sur les réseaux sociaux officiels, la grâce accordée par Mahamat Idriss Déby entraîne une remise totale des peines privatives de liberté pour les condamnés. Succès Masra, ancien Premier ministre et chef du parti Les Transformateurs, a quitté la maison d'arrêt de Klessoum en fin d'après-midi avant de se rendre directement au siège de sa formation politique à N'Djaména, où l'attendaient ses partisans.
Par ailleurs, huit autres responsables politiques, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont également regagné la liberté dans le cadre de cette mesure de clémence. Ces dirigeants avaient été condamnés en mai à huit ans de réclusion pour fomenter une insurrection, tandis que M. Masra écopait en août 2025 d'une peine de vingt ans pour incitation à la haine et complicité de meurtre, selon des sources judiciaires.
Conditions de la libération et réactions
Toutefois, cette libération s'accompagne d'une condition majeure : les intéressés ont dû se désister de l'appel de leur jugement, une demande à laquelle tous ont consenti à l'exception de Nassour Koursami, ont précisé les protagonistes. Contrairement à une amnistie, la grâce présidentielle laisse subsister les condamnations, les peines civiles et pécuniaires, prive les bénéficiaires de leurs droits civiques et les rend inéligibles.
De plus, Abdelnasser Ngarboa, porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), a salué une démarche salutaire.
"Nous remercions le président de la République d'avoir bravé les obstacles et choisi d'avancer dans l'esprit de l'unité nationale qui est en train de naître. Nous espérons enfin nous asseoir autour d'une table pour faire avancer la paix"
, a déclaré Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti Les Transformateurs.Critiques et analyse politique
En outre, Hissein Abdoulaye, porte-parole du GCAP, a vigoureusement dénoncé cette procédure, affirmant :
"arrêter les leaders politiques arbitrairement, les traduire devant les tribunaux, les condamner avec des chefs d'accusation imaginaires et les gracier quelques mois plus tard tout en confisquant leurs droits civiques et politiques: c'est tout simplement abject et un recul démocratique très grave".
Cette position illustre les tensions persistantes entre la majorité présidentielle et les formations d'opposition.Selon l'analyste politique Ahmat Yacoud Dabio, cette mesure crée une situation paradoxale :
"certains leaders sont libérés ou bénéficient d'une mesure de clémence, mais restent exclus du jeu électoral",
a-t-il souligné. Par ailleurs, le même analyste a estimé que cette grâce pourrait marquer le début d'une décrispation sans pour autant régler seule la question de confiance entre pouvoir et opposition.Ainsi, le chercheur Yamingue Bétinbaye a estimé que sans loi d'amnistie complémentaire, cette décision risquait d'être perçue comme une manœuvre visant à apaiser ponctuellement le climat sociopolitique. Selon le même expert, cette mesure condamne les opposants libérés à une inéligibilité de fait, les privant de tout rôle futur dans les compétitions électorales.
Pour rappel
Le Tchad, pays d'Afrique centrale comptant près de vingt millions d'habitants, est dirigé depuis 2021 par Mahamat Idriss Déby, qui avait pris la tête d'une transition militaire à la mort de son père Idriss Déby Itno, tué par des rebelles après plus de trente ans au pouvoir. Succès Masra, économiste de quarante-deux ans, avait été contraint à l'exil au Cameroun fin 2022 après une répression sanglante d'une manifestation, avant de rentrer en 2023 et d'être nommé Premier ministre puis candidat à l'élection présidentielle de mai 2024 où il avait recueilli près de vingt pour cent des voix contre soixante pour cent pour M. Déby.
Par ailleurs, une révision constitutionnelle adoptée en octobre 2025 a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable sans limite. Cette disposition, selon Human Rights Watch, affaiblit davantage les perspectives d'un changement démocratique significatif dans cette ancienne colonie française indépendante depuis 1960.
À lire également:

International
Yémen: 27 Houthis tués dans des frappes à Taïz

Actualités Turquie
Hakan Fidan dénonce une alliance sécuritaire sioniste en Méditerranée

International
Afflux de migrants à Ceuta: les accusations d'une opération organisée
Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.