Report des élections palestiniennes : revers pour Paris
17:38, 10/10/2026, samedi
AFP

Photo par QUENTIN DE GROEVE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Le ministre français chargé de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, arrive au palais de l’Élysée pour le dîner d’État entre le président de la République française et le président de la République fédérale d’Allemagne, à Paris, en France, le 8 octobre 2026. Le report des élections législatives et présidentielles palestiniennes au 11 septembre 2027 constitue un revers majeur pour la diplomatie française, qui avait fait de ce scrutin un pilier de sa stratégie pour la solution à deux États, selon des sources concordantes.
Report du scrutin et justification officielle
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a publié samedi un décret reportant les élections législatives et présidentielles au 11 septembre 2027, alors que les scrutins devaient initialement se tenir le 28 novembre prochain et début 2027. Dans ce texte, il a invoqué les
"obstacles imposés par les mesures israéliennes qui empêchent la tenue des élections à la date initialement prévue, ainsi que la nécessité de créer des conditions politiques, sécuritaires et concrètes appropriées afin de garantir des élections libres, équitables et inclusives".
Cette décision frappe de plein fouet la diplomatie française, qui avait fait du renouvellement démocratique de l'Autorité palestinienne l'un des piliers de sa stratégie en faveur de la solution à deux États.La reconnaissance d'un État palestinien annoncée l'an passé par Emmanuel Macron n'était pas formellement conditionnée à la tenue du scrutin, mais les autorités françaises avaient largement présenté ces élections comme une étape-clé. Elles avaient également rappelé à maintes reprises ces derniers mois qu'il s'agissait d'un engagement personnel du président Abbas, soulignant l'importance capitale de ce processus électoral pour la crédibilité internationale de la cause palestinienne.
Pressions diplomatiques et silence de Paris
Le ministère français des Affaires étrangères n'a pas réagi dans l'immédiat à l'annonce du report, maintenant un silence qui contraste avec ses semaines de pression intense. Toutefois, depuis plusieurs semaines, le chef de la diplomatie Jean-Noël Barrot exhortait publiquement à la tenue de ces élections, estimant qu'un leadership palestinien renouvelé contribuerait de manière significative à la relance de la solution à deux États.
"Ces élections permettent à la direction palestinienne de pouvoir porter, avec une légitimité renouvelée, les aspirations légitimes de son peuple en préservant la solution à deux États",
avait répété jeudi Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay, insistant sur la nécessité d'un mandat démocratique frais. Par ailleurs, Paris s'était félicité cette semaine de la mise en place d'une mission européenne d'observation chargée de superviser le bon déroulement des futurs scrutins.Critiques sur le décalage avec la réalité
Pour Agnès Levallois, chercheuse à l'Institut de recherche et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, ce report illustre
"le décalage total entre les grands principes de la diplomatie française et la réalité sur le terrain".
Elle a estimé que réclamer des élections alors que la bande de Gaza est dévastée, qu'une grande partie de la population déplacée "vit sous des tentes"
et que la Cisjordanie connaît une très forte détérioration sécuritaire est "totalement absurde",
mettant en lumière l'irréalité des calendriers diplomatiques face aux catastrophes humanitaires.La priorité devrait être de créer les conditions politiques et sécuritaires permettant un scrutin, et non de faire du scrutin un préalable, a souligné la spécialiste du Proche et Moyen-Orient. Elle a également regretté que la France ait cherché à retrouver une influence sur le dossier palestinien en s'accrochant au mantra des élections, sans tenir compte du consensus émergeant entre certaines forces palestiniennes en faveur d'un report du scrutin.
Implications politiques et coût pour Paris
Denis Bauchard, ex-ambassadeur et expert à l'Institut français des relations internationales, a analysé que si le report est avant tout la conséquence logique de l'impossibilité matérielle d'organiser un vote dans les Territoires palestiniens,
"c'est un revers"
qui aura un coût politique certain pour Paris. Selon le même expert, cette situation pourrait profiter à Israël en alimentant les critiques récurrentes sur le déficit de légitimité de l'Autorité palestinienne, renforçant ainsi la position de ceux qui contestent la représentativité des dirigeants de Ramallah.Samer Sinijlawi, fondateur du parti New Path, a rappelé que la France a été l'un des alliés les plus solides de l'Autorité palestinienne, déployant d'énormes efforts diplomatiques pour la reconnaissance de l'État palestinien et le soutien à la solution à deux États. Il a déploré que le report constitue un sérieux camouflet à cet appui et à l'engagement que notre direction avait pris en faveur d'un renouveau démocratique, tout en appelant Paris à maintenir la pression pour que les engagements pris soient tenus, notamment face aux risques d'une succession interne privilégiée par certains dirigeants comme le vice-président Hussein al-Sheikh plutôt qu'une confrontation électorale.
Ce report place désormais la France dans une position délicate, obligée de choisir entre maintenir son exigence de renouvellement démocratique au risque d'apparaître déconnectée des réalités du terrain, ou reconnaître l'impossibilité d'un scrutin à court terme au risque d'affaiblir l'argument de légitimité qu'elle cherche à conférer à l'Autorité palestinienne. Pour rappel, l'Autorité palestinienne n'a pas organisé d'élections en Cisjordanie depuis 2006.
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