France: L’imam Noureddine Aoussat interdit de circuler pendant la visite du pape

La rédaction
17:37, 16/09/2026, mercredi
Yeni Şafak
France: L’imam Noureddine Aoussat interdit de circuler pendant la visite du pape
David BizetNouvelle Aube
L'imam Noureddine Aoussat, brandissant sa MICAS l'interdisant de se rendre dans Paris lors de la visite du Pape Léon XIV.

Le 12 septembre 2026, l'ancien imam et conférencier Noureddine Aoussat a reçu une MICAS du ministère de l'Intérieur. Cette mesure antiterroriste lui interdit plusieurs zones de Paris, Saint-Denis, Lourdes et Moselle pendant la visite du pape Léon XIV, du 25 au 28 septembre. Il doit aussi pointer chaque jour au commissariat. Jamais poursuivi, il dénonce des accusations fallacieuses, une islamophobie d'État et une sanction de son soutien à la Palestine. Il annonce un recours.

Samedi 12 septembre 2026, des policiers ont remis une notification à Noureddine Aoussat. L'ancien imam, conférencier et auteur fait désormais l'objet d'une MICAS. Cette mesure antiterroriste lui interdit plusieurs lieux de Paris, de Saint-Denis, de Lourdes et de Moselle.

La période visée correspond à la visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre. Ainsi, un homme de 65 ans, ancien enseignant à la Sorbonne, devient officiellement une "menace" pour la sécurité publique.

Dans une interview vidéo accordée à Nouvelle Aube, il dénonce
"un tissu de tromperies, de calomnies et d'accusations fallacieuses"
. Selon lui, la vraie raison de cet acharnement tient en un mot: la Palestine.
Notre interview exclusive de Noureddine Aoussat

Ce que contient la MICAS notifiée à Noureddine Aoussat

Le document tient en plusieurs pages. Il reprend une formule type du ministère de l'Intérieur, que l'ancien imam a lue face caméra.

"Dès lors qu'il existe des raisons sérieuses de penser que votre comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité publique"
, indique la notification. Suit ensuite une liste de motifs.

Noureddine Aoussat résume la situation avec ironie. En effet, l'enseignant du supérieur pendant près de vingt ans se voit soudain présenté comme un danger pour un voyage pontifical.

Des zones interdites à Paris, Saint-Denis, Lourdes et en Moselle

La mesure s'accompagne de cartes détaillées. Elles listent des rues, des quais, des boulevards et des places interdits entre le 25 et le 28 septembre.

Quatre secteurs sont concernés: Paris, Saint-Denis, Lourdes et la commune de Goin, en Moselle. Ces lieux recoupent le programme officiel du pape.

Le souverain pontife doit en effet présider des vêpres à Notre-Dame de Paris et une veillée au Stade de France, à Saint-Denis. Il célébrera par ailleurs une messe sur les Champs-Élysées, puis se rendra à Lourdes et à Metz.

Un pointage quotidien au commissariat

La MICAS impose aussi une obligation de présence. Pendant ces quatre jours, Noureddine Aoussat devra pointer à 14 heures au commissariat le plus proche de son domicile.

L'objectif affiché est simple. Il s'agit de prouver qu'il se trouve près de chez lui, et non dans les zones interdites.

Pour l'intéressé, la contrainte est
"très, très scandaleuse".
De plus, elle vise un citoyen qui, selon ses mots, n'a
"jamais eu de problèmes avec la justice ni avec l'administration".

Qu'est-ce qu'une MICAS, cette mesure antiterroriste ?

Le sigle signifie
"mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance"
. La loi SILT du 30 octobre 2017 l'a créée pour remplacer certains outils de l'état d'urgence.

Concrètement, le ministre de l'Intérieur décide seul. Aucun juge n'intervient avant la notification. Le texte se trouve aux articles L228-1 à L228-7 du code de la sécurité intérieure.

Deux conditions sont en principe requises. D'abord, le comportement de la personne doit représenter une menace
"d'une particulière gravité".
Ensuite, elle doit fréquenter des milieux liés au terrorisme ou adhérer à des thèses qui l'encouragent.

Une mesure préventive, sans procès

La MICAS ne sanctionne aucune infraction. Elle repose sur des soupçons, souvent issus de notes des services de renseignement.

C'est pourquoi de nombreux juristes la jugent problématique. En effet, la personne visée doit prouver son innocence face à des éléments qu'elle ne peut pas toujours discuter.

Le gouvernement y avait déjà eu massivement recours autour des Jeux olympiques de Paris 2024. Les grands événements servent donc régulièrement de justification à ces restrictions de liberté.

Un document ni nominatif, ni signé, ni tamponné

L'ancien imam pointe d'abord la forme du courrier. Selon lui, la notification n'est
"pas nominative, pas signée et pas tamponnée".
Il s'étonne d'une telle légèreté pour un sujet
"d'une extrême gravité"
. Par ailleurs, il relève une incohérence de rédaction: le texte passe du "vous" au "il" pour le désigner.
"Le fond rejoint la forme"
, commente-t-il. Autrement dit, un document bâclé traduirait, à ses yeux, un dossier tout aussi fragile.

Trois passages de police, dont un à l'heure de la prière

Les policiers se sont présentés à plusieurs reprises avant de le trouver. D'après son récit, ils sont venus trois fois le vendredi 11 septembre.

Le deuxième passage a eu lieu vers 13 h 30. Or l'imam se trouvait alors à la mosquée, pour la prière du vendredi. Les agents sont revenus vers 17 h 30, sans plus de succès.

La notification lui a finalement été remise le samedi 12 septembre. Pour Noureddine Aoussat, ce calendrier révèle une
"méconnaissance"
de l'islam. Il y voit même du
"mépris"
et du "dédain" envers le culte musulman.

"La hawla wa la quwwata illa billah" : une formule rituelle devenue suspecte

Le passage le plus frappant arrive à la fin de la notification. L'administration y reproche à l'ancien imam d'avoir considéré
"que les lois d'Allah sont supérieures aux lois de la République".
Selon lui, cette accusation repose sur une seule publication Facebook. Il y avait écrit:
"Il n'y a de force et de puissance que par Allah".
Cette phrase, en arabe
"la hawla wa la quwwata illa billah"
, est une formule courante. Les musulmans la prononcent lorsqu'ils se sentent impuissants face à une épreuve.

Une lecture politique d'une invocation religieuse

L'ancien imam rappelle un fait simple. L'islam est présent sur le sol français depuis environ deux siècles, et l'État le connaît comme culte.

"On ne se dit pas : tiens, on va poser la question à un imam"
, déplore-t-il. Une simple consultation aurait pourtant suffi à comprendre le sens de la formule.
De plus, il conteste le principe même du reproche. La hiérarchie entre lois divines et lois humaines relève, selon lui,
"de la conscience, du credo et des principes moraux"
. Aucun ministère n'aurait donc le droit de s'y immiscer.
"On juge les actes des gens"
, insiste-t-il. Un citoyen respecte la loi ou l'enfreint: voilà, pour lui, la seule question légitime.

Le soutien à la Palestine, vraie cible selon l'ancien imam

Noureddine Aoussat ne croit pas à la menace sécuritaire invoquée. Il livre sa propre lecture sans détour.

"Voilà ce qui arrive quand vous osez en France aujourd'hui soutenir un peuple qui subit un génocide"
, affirme-t-il. En effet, l'ancien imam défend publiquement la cause palestinienne depuis des décennies.

Ce constat rejoint celui de nombreux militants en France. Depuis octobre 2023, associations, syndicalistes et personnalités solidaires de Gaza dénoncent des interdictions de manifester, des poursuites et des pressions administratives.

La répression frappe pourtant ceux qui dénoncent les massacres, et non ceux qui les commettent. Pendant ce temps, Israël poursuit sa guerre contre Gaza et sa colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie).

Une accusation de levées pour le Hamas

La notification remonte loin dans le temps. Elle reprocherait à l'ancien imam de participer à des levées de fonds depuis 1997, soit près de trente ans.

L'intéressé qualifie cette accusation de
"mensonge éhonté".
Selon lui, le reste du document reprend des griefs qu'il a déjà contestés, pour certains devant un tribunal.
Surtout, il souligne un point décisif. Aucune poursuite n'a jamais été engagée contre lui.
"On t'accuse de choses très graves, mais on n'ose jamais de poursuite"
, résume-t-il. Pour lui, ce silence judiciaire prouve que "c'est du vent".

Près de 40 ans d'imamat, puis l'acharnement

Noureddine Aoussat s'est installé à Aix-en-Provence en 1987 pour ses études doctorales. Il a ensuite exercé comme imam pendant près de quarante ans.

Parallèlement, il a enseigné le marketing et la communication dans le supérieur, notamment à la Sorbonne entre 2004 et 2006. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'islam.

"Depuis 40 ans, je n'ai jamais eu affaire à la police"
, rappelle-t-il. Pourtant, depuis environ un an et demi, il décrit une succession d'
"intimidations".

Le 5 février 2025, la police avait déjà perquisitionné son domicile à l'aube. Nouvelle Aube avait alors relayé sa conférence de presse avec son avocat. Aucune garde à vue ni poursuite n'avait suivi.

Cette pression l'a finalement conduit à renoncer à sa fonction. Il l'a expliqué sur Nouvelle Aube: exercer sereinement comme imam en France serait devenu
"une grande gageure".

Une "islamophobie d'État"

L'ancien imam replace son cas dans un contexte plus large. Il parle sans détour d'
"islamophobie d'État".

Il cite notamment les velléités d'interdire certains recueils de hadiths. Le Sahih d'al-Boukhari et celui de Muslim, qui rassemblent les paroles du Prophète, circulent pourtant en France depuis des décennies.

Ces ouvrages existent dans toutes les langues et dans le monde entier. Cependant, selon lui, la loi dite
"séparatisme"
de 2021 a nourri une "paranoïa islamophobe" qui les rend désormais suspects.

La fermeture de la mosquée de Chanteloup invoquée

La notification évoque aussi une date précise: le 7 août 2026. Elle mentionne une réaction de l'ancien imam à la fermeture administrative de la mosquée Attaqwa, dite de Chanteloup, à Aulnay-sous-Bois.

Le préfet de Seine-Saint-Denis avait ordonné cette fermeture pour six mois, en invoquant la prévention du terrorisme. Le 7 août, le tribunal administratif de Montreuil a validé la décision.

Noureddine Aoussat ironise sur ce motif.
"Je ne sais pas si ce sont les murs, le plafond ou le parterre de cette mosquée qui allaient commettre cet acte de terrorisme"
, lance-t-il. Ainsi, il dénonce la punition collective de tous les fidèles d'un lieu de culte.

Un recours annoncé devant la justice administrative

L'ancien imam refuse de se taire.
"Je ne me laisse pas faire"
, prévient-il.

Il annonce une réponse écrite, point par point, au ministère. Si la mesure est maintenue, il saisira la justice avec son avocat.

La loi lui ouvre plusieurs voies. Il peut demander l'annulation de la MICAS au tribunal administratif, qui doit alors statuer rapidement. Il peut aussi engager un référé pour obtenir une suspension en urgence.

"C'est notre combat à tous"

Pour lui, l'enjeu dépasse sa personne.
"Il y va de notre liberté de conscience, notre liberté de circulation, notre liberté d'expression"
, martèle-t-il.
Sa conclusion résume son analyse.
"Ce qui est jugé, ce ne sont pas des actes, ce sont des mots"
, affirme-t-il. Des mots, ajoute-t-il,
"interprétés de façon biaisée et totalement malveillante".

Ce qu'il faut retenir

Noureddine Aoussat, ancien imam de 65 ans, a reçu une MICAS le 12 septembre 2026. Elle lui interdit plusieurs zones liées à la visite du pape Léon XIV, du 25 au 28 septembre.

L'administration invoque une menace grave pour la sécurité publique. En revanche, aucune poursuite judiciaire n'a jamais visé l'intéressé.

L'ancien imam y voit une sanction de son soutien à la Palestine et une criminalisation de la foi musulmane. Il promet de porter l'affaire devant les tribunaux.

Son cas pose une question simple. Dans une démocratie, peut-on restreindre la liberté d'un citoyen pour une invocation religieuse et un engagement contre un génocide ?

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