On savait les Américains friands de sanctions économiques mais Donald Trump a le don de dépasser toutes les prévisions. De retour à la Maison Blanche après son premier mandat entre 2016 et 2020, le républicain a marqué son territoire dès les premiers jours de son nouveau mandat. Il a implémenté des sanctions contre le Canada et le Mexique -qu’il accuse de ne pas lutter suffisamment contre la drogue et l’émigration vers les Etats-Unis- avant de se rétracter.
Pour la Chine, Trump n’a pas tardé à mettre 10% de taxes sur les produits chinois entrant aux Etats-Unis. Pékin n’a pas manqué d’y répondre avec une augmentation des droits de douane sur un certain nombre de produits américains et une enquête antitrust sur l'entreprise américaine high-tech Google.
En plus des menaces sur le Panama pour la gestion du Canal de Panama, le président américain cible aussi l’Europe. En ligne de mire, les cotisations au sein de l’OTAN et le pétrole américain qu’il veut forcer les Européens à acheter davantage. Si ces cibles ne surprennent personne, Trump a aussi cette fois-ci l’Afrique dans son collimateur.
L’aide suspendue
Le premier mandat de Donald Trump a été marqué par une presque "ignorance" de l’Afrique. Le continent n’a pas vraiment été un élément déterminant de sa politique étrangère même s’il avait lancé l’initiative PROSPER Africa. Si cette perspective n’a pas changé, l’Afrique est désormais devenue l’une des principales victimes de la politique mercantiliste et unilatérale du Président des Etats-Unis d’Amérique. Celui-ci a en effet décidé, de façon assez brutale, de suspendre l’aide américaine durant trois mois pour un audit, en particulier, celui de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).
Donald Trump et le milliardaire Elon Musk, l’homme qui parle désormais à l’oreille du président, accusent notamment l’agence de corruption et d’ingérence politique à l’étranger. Dans la foulée, toujours sous l’influence de Musk (nommé à la tête du nouveau département américain de l'Efficacité gouvernementale (DOGE)), le Président américain s’en est pris à l’Afrique du Sud, qu’il accuse d’avoir passé une réforme agraire, discriminatoire selon lui, puisqu’elle est en défaveur, semble-t-il de la population blanche sud-africaine. Cette loi vise notamment à réparer les torts de l’apartheid en réattribuant certaines terres sans compensation, qui sont inutilisées ou laissées à l’abandon.
Etats-Unis, un partenaire désormais imprévisible
Cependant, l’Afrique du Sud pourrait encore faire l’objet de sanctions venant de Trump, connu pour son soutien indéfectible à Israël, pour avoir lancé une procédure contre ce-dernier au sein de la Cour Internationale de Justice (CIJ). D’ailleurs, les membres de la Cour Pénale Internationale (CPI), qui a lancé des mandats d’arrêt international contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanhayu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ont été sanctionnés par Trump.
Mais face à ces changements brutaux, l’Afrique doit désormais faire avec un partenaire imprévisible qui finançait une bonne partie de l’aide au développement qu’elle recevait. Parmi les dix premiers pays bénéficiaires de l’aide américaine, six sont africains, à savoir l’Ethiopie, le Soudan du Sud, le Nigeria, l'Ouganda, le Kenya et la République démocratique du Congo.
Pour chacun de ces six pays, l'aide américaine constitue plus de la moitié de l'assistance étrangère perçue selon l’OCDE. L’aide américaine couvre en Afrique plusieurs secteurs d’aide, de l’énergie à la faim, en passant par la santé, l’eau, l’éducation, les catastrophes naturelles ou encore les programmes pour la lutte contre le VIH Sida, notamment chers à l’Afrique du Sud. Même si on ne parle actuellement que d’une suspension, les conséquences pourraient être déjà désastreuses avec son lot de projets stoppés.
Quelles leçons ?
Donald Trump avait déjà montré à quel point il pouvait militariser l’économie à des fins politiques et combien il avait une vision mercantiliste (jeu à somme nulle) de la politique et de l’économie internationale lors de son premier mandat. La brutalité de ses sanctions installe un nouveau paradigme politique qui pourrait favoriser davantage d’ingérence américaine dans les affaires africaines contrairement à ce que Trump semblait montrer. L’AGOA (l'African Growth and Opportunity Act) qui épargne de paiement de droits de douanes certains produits africains exportés aux Etats-Unis, pourrait être un peu plus un levier de coercition, alors qu’il expire (au mauvais moment sans doute) en septembre 2025.
Comme il l’a fait concernant le Panama contraint désormais de revoir sa coopération avec la Chine dans le cadre des nouvelles routes de la soie, Donald Trump ne manquerait pas d’outils pour contraindre certains pays africains à revoir leurs relations avec Pékin si la rivalité sur le continent gagne davantage d’importance à ses yeux.
Quoi qu’il en soit, la brutalité de la suspension de l’assistance américaine et ses conséquences doivent être comprises par les pays africains comme un appel à un renforcement de l’endogénéisation de leurs économies.
Bien que la pauvreté rende encore plusieurs États africains dépendants des aides extérieures, la question de la souveraineté économique doit être remise sur la table pour chaque pays. Toute dépendance devient un moyen de puissance et rend vulnérables les autorités africaines face aux politiques impérialistes de certaines puissances.
La diversification des partenaires, la coopération Sud-Sud et la coopération intra-africaine surtout dans le contexte de la ZLECAF, peuvent être des moyens de s’affranchir davantage de l’unilatéralisme et de l’imprévisibilité de Donald Trump dans ce contexte.
Les alternatives à Washington ?
La coercition américaine pourrait surtout laisser le champ africain à la Chine, première alternative commerciale des pays du continent. Pékin dont la politique d’aide reste pour le moment un des éléments phares de son soft power, pourrait désormais clamer sa constance et sa prévisibilité, éléments majeurs pour continuer à bâtir une coopération de confiance avec l’Afrique. Alors qu’elle est déjà le premier partenaire commercial et un investisseur majeur, la Chine a tout à gagner d’un retrait des Etats-Unis du continent, surtout si cela venait à s’étendre à l’AGOA. L’accès aux métaux critiques, les investissements dans les secteurs stratégiques, ou encore les partenariats militaires sont des enjeux à suivre face au recul des Etats-Unis sur le continent.
La Russie et d’autres partenaires comme la Türkiye pourraient davantage monter en puissance dans leur quête d’influence en Afrique si Trump venait à s’éterniser dans sa révision des outils d’influence américaine. Peu importe comment ces puissances émergentes se positionnent désormais face à l’unilatéralisme américain, c’est aux Etats africains de comprendre les enjeux géopolitiques du moment et de se préparer à un monde ou les leviers et les dépendances économiques seront de plus en plus militarisées à des fins politiques. Donald Trump pourrait bien donner des idées à d’autres puissances en perte de vitesse sur le continent…
A lire également:

International
Trump et Musk s'en prennent à l'Agence américaine pour le développement (USAID)

International
Trump assure que Musk va permettre de mettre au jour des "centaines de milliards de dollars de fraude"

International
Les employés de l'Agence américaine pour le développement mis en congé

International
Côte d’Ivoire: l’USAID va appuyer un laboratoire de santé animale

International
Sénégal: lancement d’un nouveau projet de soutien à l’agriculture
Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.