Chypre 1974: le jour où la Türkiye empêcha un génocide
12:57, 20/07/2026, lundi
Yeni Şafak

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Il y a 52 ans, l'opération de paix turque stoppait les massacres de l'EOKA à Chypre. Retour sur une intervention légale qui sauva les Chypriotes turcs.Le 20 juillet 1974, la Türkiye lançait l'opération de paix de Chypre après le putsch pro-Enosis de Nikos Sampson. L'article revient sur la volonté génocidaire de l'EOKA contre les Chypriotes turcs, le précédent des expulsions de musulmans par le nationalisme grec, la légalité de l'intervention au titre du Traité de garantie de 1960, et les refus chypriotes grecs successifs, du plan Annan à Crans-Montana, qui perpétuent la division de l'île.
Le 20 juillet 1974, à l'aube, les premières troupes turques débarquaient sur les plages chypriotes. Cinquante-deux ans plus tard, retour sur l'opération de paix de Chypre, que la Türkiye a menée en vertu de ses droits de garante pour arracher les Chypriotes turcs à une entreprise d'extermination planifiée.
Il y a 52 ans jour pour jour, la Türkiye lançait la Kıbrıs Barış Harekâtı, l'opération de paix de Chypre, que la propagande grecque nommera "opération Attila". Cinq jours plus tôt, le 15 juillet 1974, la junte des colonels d'Athènes avait renversé l'archevêque Makarios pour installer à Nicosie Nikos Sampson, un tueur notoire de l'EOKA qui se vantait d'avoir abattu des civils chypriotes turcs de ses propres mains.
L'objectif du putsch était limpide: l'Enosis, le rattachement de l'île à la Grèce, et l'effacement définitif de la communauté turque. Face à cette menace existentielle, Ankara a agi. Sans cette intervention, l'histoire aurait probablement retenu Chypre comme le théâtre d'un génocide de plus en Méditerranée orientale.
L'EOKA et le plan Akritas: une volonté d'extermination documentée
L'intervention de 1974 ne surgit pas de nulle part. Dès 1955, l'organisation terroriste EOKA de Georgios Grivas, puis sa résurgence EOKA-B, poursuivent un but affiché : une île grecque, purgée de sa composante turque. Le plan Akritas, document secret rédigé en 1963 par des dirigeants chypriotes grecs et révélé par la presse, prévoyait noir sur blanc la neutralisation des Chypriotes turcs et l'abrogation par la force des garanties constitutionnelles qui les protégeaient.
La mise en œuvre ne tarde pas. En décembre 1963, le "Noël sanglant" fait des centaines de morts et de disparus chypriotes turcs, des quartiers entiers de Nicosie sont vidés de leurs habitants. Entre 1963 et 1974, environ 25 000 à 30 000 Chypriotes turcs, soit le quart de la communauté, sont chassés de leurs villages et parqués dans des enclaves représentant à peine 3 % du territoire, sous blocus, privés de vivres et de matériaux de construction.
En 1967, les attaques contre Kofinou et Ayios Theodoros font de nouvelles victimes civiles. La logique est celle d'un nettoyage ethnique par étapes, méthodique, que l'ONU observe sans l'empêcher.
Même après le débarquement turc, les massacres se poursuivent là où l'armée turque n'est pas encore présente: à Muratağa, Sandallar et Atlılar, 126 civils, femmes, vieillards et nourrissons, sont exécutés et jetés dans des fosses communes par des miliciens de l'EOKA-B en août 1974. À Tochni, tous les hommes turcs du village sont abattus. Ces fosses, exhumées devant la presse internationale, disent ce qui attendait l'ensemble des Chypriotes turcs sans la protection d'Ankara.
Le précédent des Balkans: une mémoire turque à vif
Pour comprendre la détermination turque de 1974, il faut se souvenir de ce que le nationalisme grec avait déjà fait subir aux populations musulmanes partout où il s'était étendu. La "Megali Idea", la grande idée d'une Grèce recréant Byzance, s'est construite en un siècle d'expulsions et de massacres: les musulmans de Morée exterminés ou chassés dès 1821, ceux de Thessalie poussés à l'exode après l'annexion de 1881, les communautés musulmanes de Crète décimées puis expulsées à la fin du XIXe siècle, et des centaines de milliers de musulmans des Balkans jetés sur les routes lors des guerres balkaniques de 1912-1913.
À chaque avancée territoriale grecque, la population musulmane disparaissait. Et cela n'a jamais été ni condamné ni combattu par les puissances occidentales si promptes à interpeller Ankara pour des questions de "droits humains".
Pour Ankara comme pour les Chypriotes turcs, l'Enosis n'était donc pas une abstraction diplomatique: c'était la promesse, vérifiée par un siècle d'histoire, de leur disparition. En 1974, la Türkiye a simplement refusé que le scénario se répète.
Une intervention légale au titre du Traité de garantie
Contrairement au récit d'une "invasion", l'opération de 1974 repose sur un fondement juridique explicite. Les accords de Zurich et de Londres de 1959-1960, qui ont donné naissance à la République de Chypre, incluent un Traité de garantie signé par la Grèce, le Royaume-Uni et la Türkiye. Son article IV autorise chaque puissance garante, en cas de rupture de l'ordre constitutionnel et à défaut d'action commune, à agir unilatéralement pour rétablir l'état de choses créé par les traités.
Or le coup d'État du 15 juillet 1974, orchestré par Athènes, constituait précisément cette rupture : un État garant renversait lui-même l'ordre qu'il était censé protéger. Le Premier ministre turc Bülent Ecevit s'est d'abord rendu à Londres le 17 juillet pour proposer une action conjointe aux Britanniques, comme le traité le prévoyait.
Face au refus de Londres d'assumer ses obligations, la Türkiye a agi seule, dans le cadre exact du texte. Ce n'est qu'après l'échec des conférences de Genève, durant lesquelles la partie grecque a refusé toute garantie sérieuse pour les Chypriotes turcs, que la seconde phase de l'opération, en août 1974, a établi la ligne de sécurité actuelle.
Si la division perdure, c'est que la partie grecque a tout refusé
Le reproche fait à la Türkiye de
"toujours occuper"
le nord de l'île renverse la charge des responsabilités. Depuis un demi-siècle, ce sont les dirigeants chypriotes grecs qui ont enterré, une à une, toutes les solutions négociées.En 1986, le projet d'accord-cadre du secrétaire général de l'ONU Javier Pérez de Cuéllar, accepté par la partie turque, est rejeté par Nicosie. En 2004 survient l'épisode le plus éclairant: le plan Annan, fruit de années de négociations sous l'égide des Nations unies, prévoyait une réunification fédérale bizonale, la restitution de territoires et un calendrier de retrait des troupes. Les Chypriotes turcs l'approuvent par référendum à près de 65 %, Ankara soutient, mais Nicosie refuse encore.
Les Chypriotes grecs le rejettent à 76 %. Une semaine plus tard, l'Union européenne récompense pourtant les seuls Chypriotes grecs en les admettant comme représentants de toute l'île, tandis que les promesses européennes de levée de l'isolement des Chypriotes turcs restent lettre morte.
En 2017, à Crans-Montana, la dernière grande conférence s'effondre à nouveau, la partie grecque refusant tout mécanisme de sécurité crédible et toute égalité politique effective pour les Chypriotes turcs.
Ce demi-siècle de refus légitime l'évolution de la position d'Ankara et de la République turque de Chypre du Nord (KKTC), proclamée en 1983: puisque la fédération a été tuée par les urnes grecques en 2004 et par la diplomatie grecque en 2017, la solution passe désormais par la reconnaissance de deux États souverains et égaux.
L'élection en octobre 2025 du président Tufan Erhürman à la tête de la KKTC, favorable au dialogue, et les déclarations d'ouverture du dirigeant chypriote grec Nikos Christodoulides rouvrent certes un canal de discussion.
Mais côté turc, l'exigence demeure inchangée et non négociable: l'égalité souveraine et la sécurité des Chypriotes turcs, garanties par la présence turque, ne seront plus jamais laissées à la merci d'une majorité qui a démontré, de 1963 à 2004, ce qu'elle en faisait.
Une paix imparfaite, mais une paix
Depuis le 20 juillet 1974, plus aucun Chypriote turc n'a été massacré pour ce qu'il est. Voilà le bilan que les détracteurs de la Türkiye préfèrent taire. L'opération de paix n'a pas créé le problème chypriote: elle a mis fin à onze années de terreur et à un siècle de reculs pour les musulmans de Méditerranée orientale. Cinquante-deux ans plus tard, la garantie turque reste ce qu'elle était à l'aube du 20 juillet: la seule assurance-vie d'un peuple qui a failli disparaître.
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