Moussa Hissein Moussa
09:55, 25/09/2026, vendredi

Gabon: Ali Bongo rompt le silence sur l’affaire des "biens mal acquis"

Après plusieurs mois de discrétion médiatique, Ali Bongo Ondimba reprend publiquement la parole. L’ancien président gabonais, renversé par le coup d’État du 30 août 2023, s’est exprimé le 19 septembre 2026 sur l’affaire dite des "biens mal acquis", une longue procédure judiciaire menée en France autour du patrimoine de plusieurs membres de la famille Bongo.

Cette fois, Ali Bongo ne conteste pas directement le principe de la procédure judiciaire. Son intervention porte principalement sur la position récemment défendue par la République gabonaise devant la justice française et sur la manière dont son père, Omar Bongo Ondimba, y est présenté.

Dans sa déclaration, l’ancien chef de l’État affirme qu’il est possible de juger l’action politique d’un ancien président sans pour autant, selon ses termes, "bafouer sa mémoire". Sa réaction intervient après le dépôt, le 8 septembre, d’observations des avocats de l’État gabonais dans le cadre de la procédure française.

La sortie d’Ali Bongo remet ainsi au premier plan une affaire judiciaire ancienne, mais aussi un débat politique plus large sur l’héritage de la famille Bongo, qui a dirigé le Gabon pendant plus d’un demi-siècle.

L’affaire des "biens mal acquis" entre dans une nouvelle phase judiciaire

Le volet gabonais de l’affaire des "biens mal acquis" trouve son origine dans des procédures engagées en France à la fin des années 2000. Une plainte avec constitution de partie civile avait notamment été déposée en décembre 2008 par Transparency International France et un ressortissant gabonais, avec le soutien de l’association Sherpa. Une information judiciaire avait ensuite été ouverte en novembre 2010.

Les investigations se sont concentrées sur un important patrimoine immobilier constitué en France et dont la justice cherche à déterminer les conditions de financement.

Entre mars et juillet 2022, neuf enfants d’Omar Bongo ont été mis en examen. Ils sont soupçonnés d’avoir bénéficié d’un patrimoine immobilier constitué en France par leur père et évalué par la justice à au moins 85 millions d’euros. Les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.

L’affaire a franchi une nouvelle étape durant l’été 2026. Le Parquet national financier français a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de 18 personnes physiques et de cinq sociétés dans le volet gabonais du dossier. Parmi les personnes visées figurent notamment plusieurs enfants d’Omar Bongo. Des sociétés, dont BNP Paribas, sont également concernées par les réquisitions rapportées par la presse.

Cette étape ne signifie toutefois pas qu’un procès est déjà définitivement programmé. Il appartient désormais aux juges d’instruction de décider s’ils ordonnent ou non le renvoi des personnes concernées devant le tribunal correctionnel.

C’est dans ce contexte que les avocats de la République gabonaise ont transmis, le 8 septembre 2026, leurs propres observations à la justice française.

La position défendue par Libreville est particulièrement sensible car le Gabon dispose lui-même du statut de partie civile dans cette procédure. L’État peut donc faire valoir les préjudices qu’il estime avoir subis et défendre ses intérêts dans le dossier.

Un statut de partie civile obtenu sous la présidence d’Ali Bongo

La réaction d’Ali Bongo prend une dimension particulière lorsqu’elle est replacée dans la chronologie de la procédure.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le contexte politique actuel, la participation de la République gabonaise au dossier n’a pas commencé après le renversement d’Ali Bongo en août 2023.

L’État gabonais avait déjà entrepris des démarches pour être reconnu comme partie civile alors qu’Ali Bongo était encore président.

Dans un premier temps, cette demande avait été rejetée. Une ordonnance du 7 février 2022 avait refusé à la République gabonaise le statut de partie civile. Libreville avait alors contesté cette décision.

Le 14 mars 2023, la cour d’appel de Paris a finalement reconnu l’État gabonais comme partie civile dans l’enquête sur le patrimoine immobilier de la famille Bongo en France. Cette décision a donc été rendue plus de cinq mois avant le coup d’État du 30 août 2023.

Ce rappel ne signifie pas que la position défendue aujourd’hui par Libreville est identique à celle adoptée à l’époque. Le désaccord exprimé par Ali Bongo porte précisément sur les arguments et les termes utilisés par les représentants de l’État gabonais dans la phase actuelle de la procédure.

L’ancien président cherche ainsi à distinguer deux questions : d’un côté, le droit de l’État gabonais à défendre ses intérêts dans une procédure judiciaire ; de l’autre, la manière dont la responsabilité et l’héritage politique d’Omar Bongo sont présentés devant la justice.

Cette distinction apparaît également dans la réaction du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancienne formation au pouvoir. Le parti a défendu la mémoire de son fondateur Omar Bongo, tout en reconnaissant le droit de la République gabonaise à rechercher la restitution d’éventuels avoirs lui appartenant.

Ali Bongo replace donc son père au cœur d’un débat qui dépasse désormais la seule procédure judiciaire. Omar Bongo a dirigé le Gabon de 1967 jusqu’à sa mort en 2009, avant que son fils ne lui succède quelques mois plus tard. Ali Bongo est resté au pouvoir jusqu’au coup d’État militaire du 30 août 2023.

Sa sortie du 19 septembre constitue ainsi l’une de ses interventions publiques les plus remarquées depuis sa chute.

Pour l’ancien chef de l’État, l’enjeu affiché est la défense de la mémoire de son père. Pour les autorités gabonaises, la procédure pose avant tout la question des intérêts patrimoniaux de la République dans une affaire instruite depuis plus de quinze ans en France.

La prochaine étape décisive sera désormais judiciaire: les juges d’instruction devront déterminer quelles personnes et quelles sociétés seront effectivement renvoyées devant le tribunal correctionnel.

En attendant, l’affaire des
"biens mal acquis"
s’impose de nouveau dans le débat public gabonais, à la croisée de la justice française, de l’héritage d’Omar Bongo et de la place qu’Ali Bongo entend encore occuper dans la vie publique après la fin de ses quatorze années à la tête du pays.

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