16:43, 23/07/2026, jeudi
L'Algérie et l'Espagne réactivent leur traité d'amitié : la fin d'une crise diplomatique ?
L’Algérie et l'Espagne cherchent à tourner définitivement la page de quatre années de tensions diplomatiques. La visite officielle du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez à Alger marque une étape majeure dans le rapprochement entre les deux pays, dont les relations s'étaient fortement dégradées en 2022 à la suite du changement de position de Madrid sur le Sahara occidental.
Au-delà du symbole diplomatique, cette rencontre traduit des intérêts stratégiques communs, notamment dans les domaines de l'énergie, du commerce et de la sécurité régionale. Reste à savoir si cette normalisation sera durable ou si le dossier du Sahara occidental continuera de peser sur les relations bilatérales.
Une crise née du dossier du Sahara occidental
Pendant plusieurs décennies, l'Espagne avait maintenu une position relativement prudente sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole dont le statut reste contesté. Cette posture a été bouleversée en mars 2022 lorsque Madrid a officiellement soutenu le plan marocain d'autonomie, présenté par Rabat comme la solution la plus réaliste au conflit.
Cette décision a été perçue par Alger comme une rupture majeure. L'Algérie, qui soutient politiquement et diplomatiquement le Front Polisario, considère le Sahara occidental comme un territoire non autonome dont le peuple doit exercer son droit à l'autodétermination sous l'égide des Nations unies.
En réaction, Alger a rappelé son ambassadeur à Madrid, suspendu le traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2002 et limité plusieurs échanges économiques avec l'Espagne. Cette crise a profondément affecté les relations politiques entre les deux pays, même si les livraisons de gaz n'ont jamais été interrompues.
Gaz naturel et intérêts économiques au cœur du rapprochement
La visite de Pedro Sánchez intervient dans un contexte très différent de celui de 2022. Les échanges commerciaux ont progressivement repris et les deux gouvernements affichent désormais leur volonté de reconstruire une relation de confiance.
Lors de son déplacement à Alger, le chef du gouvernement espagnol a rappelé que l'Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz naturel de l'Espagne en 2026. Cette coopération énergétique revêt une importance stratégique pour Madrid, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements depuis la guerre en Ukraine et la recomposition des marchés européens de l'énergie.
L'Algérie, de son côté, demeure l'un des principaux exportateurs africains de gaz naturel grâce à ses importantes réserves d'hydrocarbures et à son réseau d'infrastructures reliant directement le pays au marché européen.
Au-delà du secteur énergétique, les deux capitales souhaitent renforcer leur coopération dans les domaines des investissements, du commerce, des infrastructures et de la sécurité en Méditerranée occidentale.
À l'issue de leurs entretiens, le président Abdelmadjid Tebboune a qualifié les discussions de “fructueuses” et estimé que cette visite ouvrait un nouveau chapitre dans les relations entre Alger et Madrid.
La réactivation du traité d'amitié, annoncée cette année, constitue également un signal fort de cette volonté de normalisation. Ce texte encadre les relations politiques, économiques, culturelles et sécuritaires entre les deux États et représente l'un des principaux piliers de leur coopération bilatérale.
Pour Madrid comme pour Alger, l'objectif est désormais de restaurer une relation stable entre deux partenaires séparés par quelques centaines de kilomètres en Méditerranée.
Toutefois, plusieurs observateurs estiment que le rapprochement reste fragile.
L'Espagne n'a pas renoncé à son soutien au plan marocain d'autonomie, tandis que l'Algérie continue de défendre la position du Front Polisario et les résolutions des Nations unies sur le Sahara occidental. Les divergences de fond demeurent donc inchangées.
La coopération économique pourrait néanmoins contribuer à limiter les tensions futures. Les intérêts énergétiques, les échanges commerciaux ainsi que les défis communs liés aux migrations, à la sécurité régionale et à la stabilité du Sahel poussent les deux gouvernements à privilégier le dialogue.
Cette visite historique apparaît ainsi comme une étape importante dans la reconstruction de la confiance entre Alger et Madrid. Si elle ne règle pas les désaccords politiques sur le Sahara occidental, elle montre que les intérêts stratégiques peuvent favoriser une reprise durable des relations diplomatiques.
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