Raşid Ghannouchi et Jawhar Ben Mbarek : la dignité en grève de la faim

Parmi les figures des mouvements islamiques contemporains, peu ont autant défendu la démocratie, les droits humains, la coexistence et le dialogue que Raşid Ghannouchi. Il a bâti un discours islamique singulier en intégrant ces valeurs souvent perçues comme "occidentales" dans sa propre rhétorique religieuse, brisant ainsi les réflexes de méfiance traditionnels.
Après le déclenchement du Printemps arabe à Tunis, Ghannouchi n’a pas abandonné ces principes au moment d’accéder au pouvoir ; au contraire, il les a renforcés. Son approche intellectuelle et sage traduisait une volonté sincère de bâtir la Tunisie avec tous les Tunisiens.
Alors qu’il aurait pu briguer la présidence, il soutint son ami de gauche Moncef Marzouki, facilitant ainsi son élection. Ensemble, ils s’efforcèrent de reconstruire le pays sur la base de la démocratie et de la dignité humaine.
Ghannouchi savait combien les régimes laïcs autoritaires avaient empoisonné la société tunisienne par leurs mythes contre les islamistes. Il voulait purifier ce climat sans occulter les blessures du passé.
La solidarité silencieuse de la faim
Mon père a rejoint la grève pour soutenir Jawhar Ben Mbarek. Malgré son âge, il résiste de tout son corps, de toute son âme et de toute sa volonté. Il refuse de se soumettre à ce coup d’État insensé et traître.
Jawhar Ben Mbarek : la conscience juridique d’une démocratie confisquée
Peu connaissaient Ben Mbarek avant cet acte de solidarité. Juriste constitutionnaliste reconnu, universitaire et homme politique, il s’est imposé par ses critiques frontales du régime d’exception instauré par Kaïs Saïed depuis le 25 juillet 2021.
- "La démocratie trahie ne parle plus au nom du peuple."
- "Nous faisons opposition non par goût du conflit, mais parce que nous refusons le silence."
- "La liberté ne se donne pas, elle se conquiert."
- "Une politique sans morale n’est qu’un marché."
- "Le peuple est plus fort que la peur."
- "La légitimité vient des urnes, non du canon d’un fusil."
- "Chaque prisonnier politique est le miroir de l’État."
- "Nous continuerons, car s’arrêter, c’est accepter la défaite."
Deux voix, une même cause
Ben Mbarek n’appartient pas au mouvement Ennahda, mais comme Moncef Marzouki et Ghannouchi, il défend la souveraineté populaire confisquée. Ces hommes incarnent une même cause : celle d’une Tunisie libre, démocratique et fidèle à l’esprit du Printemps arabe.
Et tandis que les puissants festoient, c’est un vieil homme, seul dans sa cellule, qui rappelle au monde que la liberté exige parfois le prix du corps et de la faim.

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