Israël parle d’une "Gaza 2.0" pour la Syrie

Yahya Bostan
Yahya BostanAuteur Nouvelle Aube
09:23, 30/06/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Israël parle d’une "Gaza 2.0" pour la Syrie

Israël est en train de franchir une nouvelle étape en Syrie. Les signes indiquant qu’il souhaite ouvrir un nouveau front dans le sud du pays se multiplient. Le terrain est en pleine effervescence. Que se passe-t-il exactement ? Commençons par dresser le tableau d’ensemble.


Premièrement
.
Depuis plusieurs mois, Israël ambitionnait de devenir la puissance hégémonique de l’architecture régionale de l’après-États-Unis.
Si les événements en Iran avaient évolué comme Tel-Aviv l’espérait, le pays aurait considérablement accru son offensive. Mais cela ne s’est pas produit. Un accord, certes fragile, a finalement été trouvé. Les responsables israéliens sont furieux que Trump ait accepté de négocier avec l’Iran.

L’objectif assumé d’Israël


Deuxièmment
. La vision régionale d’Israël ne coïncide plus avec celle des États-Unis. La première rupture est apparue en Syrie. Nous avions d’ailleurs écrit très tôt qu’Israël avait pris une décision stratégique en cherchant à s’émanciper de Washington dans les domaines de la défense et des alliances (voir : Les coulisses de cette démission qui révélait que quelque chose changeait au Moyen-Orient, novembre 2025).
En renouvelant son accord de coopération militaire, qui expire en 2028, Israël souhaite réduire sa dépendance envers les États-Unis.
En parallèle, il tente de bâtir son propre système d’alliances régionales. La relation développée avec l’administration chypriote grecque et la Grèce s’inscrit dans cette logique. Le retour de Chypre au premier plan aujourd’hui n’est pas indépendant de cette stratégie.

Troisièmement
. La cible principale de ce système d’alliances est la Türkiye. La Türkiye et Israël incarnent deux axes distincts dans l’ordre régional de l’après-États-Unis. La tension actuelle trouve son origine dans l’opposition entre l’axe de stabilité représenté par Ankara et l’axe du chaos incarné par Tel-Aviv.

Quatrièmement
. Lorsqu’Israël construit ses alliances, il s’appuie sur les fragilités existantes dans la région. Il n’est donc pas surprenant que les partenaires qu’il choisit concernent, d’une manière ou d’une autre, la sphère d’influence de la Türkiye. Le Somaliland en est un exemple.
Sa reconnaissance des événements de 1915 comme un génocide constitue un message adressé à la Türkiye (après cette décision, l’Azerbaïdjan devrait sérieusement réfléchir à sa position).
Plus étonnant encore est l’implication croissante de Tel-Aviv dans les Balkans. La rencontre entre Benyamin Netanyahou et Željka Cvijanović, membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine, en l’absence du drapeau de Bosnie-Herzégovine lors de l’entretien, est préoccupante. Nous avions déjà évoqué les tensions grandissantes dans les Balkans ainsi que l’initiative de la Plateforme de paix des Balkans lancée par la Türkiye pour tenter de les prévenir (voir : Les cartes d’Ankara : attention aux Balkans, septembre 2025).

Il ne s’agit pas d’un retrait, mais d’un redéploiement

Cinquièmement
. Le Liban constitue le point de convergence de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran. L’objectif d’Israël est d’avancer jusqu’au fleuve Zahrani, de vider cette région de sa population et de relier ce territoire aux zones qu’il occupe en Syrie. Pourtant, l’accord entre Washington et Téhéran prévoit également une désescalade au Liban.
Malgré cela, Israël fera tout pour ne pas se retirer du Liban.
Car le Liban représente un levier dont Israël dispose pour influencer l’accord américano-iranien. Le Liban constitue aussi une étape essentielle dans les objectifs poursuivis en Syrie.
Enfin, un retrait du Liban placerait Netanyahou dans une situation politique intérieure particulièrement difficile.
Sous la pression des États-Unis, le Liban et Israël sont parvenus à un accord. Selon celui-ci, Israël évacuera deux zones occupées tout en maintenant sa présence dans le sud du Liban. Les deux secteurs dont Israël a annoncé le retrait ont été choisis de manière à ne pas compromettre ses projets concernant la Syrie.

Sixièmement
. Israël ne veut pas d’une Syrie située à sa frontière nord qui coopère avec la Türkiye. Avec le désarmement des FDS, le projet du corridor de David a été mis entre parenthèses.
Mais après l’accord avec l’Iran, une nouvelle phase s’ouvre, dans laquelle Israël menace ouvertement la Syrie.
L’exemple le plus frappant est l’article publié dans le Washington Post par le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli. Tout en critiquant l’accord entre les États-Unis et l’Iran, Chikli écrit à propos de la Syrie :

"Syrie représente le test le plus clair et le plus urgent. Elle est en train de devenir rapidement une version Gaza 2.0 : un avant-poste 'djihadiste', soutenu militairement par la Türkiye, à la frontière d’Israël."

Le tournant décisif pourrait se jouer en Syrie


Septièmement
. Cette évolution du discours israélien se reflète désormais sur le terrain. Depuis plusieurs mois, aucun contact n’a eu lieu dans le cadre des discussions menées sous médiation américaine entre les deux pays.
L’armée israélienne a étendu les territoires qu’elle occupe dans le sud de la Syrie en prenant position dans un nouveau village.
Elle installe des postes de contrôle — onze positions militaires sont désormais recensées —, procède à des arrestations et empoisonne les cultures. L’objectif est de rendre ces territoires inhabitables et de les vider de leurs habitants, comme cela s’est produit à Gaza dans le cadre du génocide en cours.
La prochaine étape sera probablement l’établissement de nouvelles colonies.

Un autre développement important est intervenu ce week-end. Pour la première fois depuis plusieurs mois, l’armée israélienne a lancé une attaque dans le sud de la Syrie.
Elle a affirmé avoir éliminé des
"terroristes"
qui étaient entrés dans sa
"zone tampon".
Le Jerusalem Post a analysé cette opération en écrivant :
"Alors que des cessez-le-feu sont en vigueur sur les autres fronts, le gouvernement israélien cherche encore des espaces où il peut attaquer et démontrer sa force."

Pour ma part, j’y vois autre chose. J’estime qu’Israël, dont la marge de manœuvre se réduit progressivement, cherche à ouvrir le nouveau front qu’il préparait depuis longtemps.
Peut-être pas immédiatement, mais à moyen terme, c’est en Syrie que se jouera le véritable tournant.
Commentaires
Avatar

Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.

Fin de page
Le patrimoine de la Turquie. Groupe de médias international.

Bienvenue sur la source d'information qui façonne l’actualité en Turquie ! Avec son approche journalistique impartiale, dynamique et approfondie, Nouvelle Aube – Yeni Şafak offre à ses lecteurs bien plus que de simples actualités. Des sphères politiques et économiques à l’univers de la culture, de l’art et du sport, accédez instantanément à tout ce qui se passe en Turquie et dans le monde. Grâce à ses plateformes numériques, restez informé à tout moment, où que vous soyez. Suivez l’actualité avec Nouvelle Aube – Yeni Şafak !

Suivez nous sur les réseaux sociaux
Télécharger les applications mobiles

Emportez l’actualité partout avec vous ! Grâce aux applications mobiles de Nouvelle Aube – Yeni Şafak, accédez instantanément aux dernières nouvelles. De la politique à l’économie, du sport à la culture et aux arts, une vaste sélection de contenus est à portée de main ! Téléchargez l’application facilement sur vos appareils iOS, Android ou Huawei, et restez informé en temps réel, où que vous soyez. Téléchargez dès maintenant et ne manquez rien de ce qui se passe dans le monde !

Catégories
Albayrak Medya

Maltepe Mah. Fetih Cad. No:6 34010 Zeytinburnu/İstanbul, Türkiyeiletisim@yenisafak.com+90 212 467 6515

AVERTISSEMENT LEGAL

Le nom et le logo de BIST sont protégés par un « Certificat de Marque Déposée » et ne peuvent être utilisés, reproduits ou modifiés sans autorisation. Tous les droits d’auteur relatifs aux informations publiées sous le nom de BIST appartiennent entièrement à BIST et leur reproduction est interdite. Les données de marché sont fournies par iDealdata Technologies Financières S.A. Les données boursières de BIST sont affichées avec un délai de quinze minutes.

© Net Medya, tous droits réservés. 2026